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Neige et hiverVoyages et aventuresTous ensemble

La Reine des neiges

Scènes d’enfants, op. 15 — Des pays et des hommes étrangers

Robert Schumann
Version du texte

Sixième histoire — La Laponnelaponne et la Finnoisefinnoise

Ils s’arrêtèrent près d’une petite maison. Elle était bien misérable, avec son toit qui descendait jusqu’à terre, et sa porte si basse que la famille devait ramper sur le ventre quand elle voulait sortir ou entrer. Il n’y avait là qu’une vieille Laponnelaponne qui cuisait du poisson sur une lampe à l’huile de morue, et le renne raconta toute l’histoire de Gerda, mais d’abord la sienne, car elle lui paraissait beaucoup plus importante, et Gerda était tellement engourdie par le froid qu’elle ne pouvait parler.

— Ah, pauvres de vous ! dit la Laponnelaponne, vous devez encore courir très loinil vous faut courir encore bien loin ! Vous avez plus de cent lieues à faire pour aller dans le Finmark, car c’est là que la reine des neiges a sa maison de campagne, et que les aurores boréales s’allument tous les soirs. J’écrirai quelques mots sur de la morue séchée : je n’ai pas de papier. Je vous donnerai ça pour la Finnoise, là-haut. Elle pourra vous renseigner mieux que moiJ’écrirai quelques mots sur de la morue séchée, je n’ai pas de papier, je vous donnerai ça pour la finnoise, là-haut, elle pourra vous renseigner mieux que moi.

Et lorsque Gerda se fut réchauffée, et qu’elle eut bu et mangé, la Laponnelaponne écrivit quelques mots sur de la morue séchée, recommanda à Gerda d’en prendre bien soin, et l’attacha solidement sur le renne, qui partit d’un bond. Pfut ! Pfut ! En haut, dans l’air, jaillirent de délicieuses aurores boréales bleues; ...et l’on arriva au Finmark, et l’on frappa à la cheminée de la Finnoisefinnoise, car elle n’avait même pas de porte.

La chaleur était telle, chez la Finnoisefinnoise, qu’elle-même était presque toute nue ; elle était petite et très sale ; elle déshabilla tout de suite la petite Gerda, lui enleva ses moufles et ses souliers, car elle aurait eu trop chaud. Elle mitlui ôta ses moufles et ses souliers, car elle aurait eu trop chaud, elle mit un morceau de glace sur la tête du renne, puis elle lut ce qui était écrit sur la morue séchée ; elle le lut trois fois, si bien qu’elle le sut par cœur, après quoi elle jeta la morue dans la marmite, car ça se mange, jamais elle ne laissait rien se perdre.

Alors le renne raconta d’abord son histoire, puis celle de la petite Gerda, et la Finnoisefinnoise cligna de ses yeux intelligents, mais ne dit rien.

— Tu es habile, dit le renne, je sais que tu peux attacher tous les vents du monde avec un fil ; si le capitaine de navire défait un nœud, il a bon vent, s’il en défait un second, la brise est forte, et s’il défait le troisième et le quatrième, il a une tempête à renverser des forêts. Ne veux-tu pas donner à la petite fille une boisson qui lui donnera la force de vingt hommes et lui permettra de l’emporter sur la reine des neiges?

— La force de vingt hommes, dit la Finnoisefinnoise, oui, ça suffira bien !

Elle alla prendre sur une étagèreune tablette une grande peau roulée, qu’elle déroula ; des lettres bizarres étaient écrites dessus ; la femme lut, et des gouttes perlèrent sur son front.

Et le renne l’implora de nouveau pour la petite Gerda, et Gerda regarda la Finnoisefinnoise avec des yeux si suppliants, que la femme cligna encore des siens, et entraîna le renne dans un coin, où, tout en lui mettant un nouveau morceau de glace sur la tête, elle lui dit à voix basse :

— Le petit Kay est en effet chez la reine des neiges et y trouve tout à son goût et conforme à ses idéeset y trouve tout à son goût et à son idée ; il croit qu’il est dans la meilleure partie du monde ; mais cela vient de ce qu’il a reçu un éclat de verre dans le cœur et une poussière de verre dans l’œil; il faut qu’il en soit d’abord débarrassé, sans quoi il ne deviendra jamais un homme, et la reine des neiges conservera son pouvoir sur lui.

— Mais ne peux-tu pas donner à la petite Gerda une potion qui lui permettrait d’agir sur tout celaquelque mixture avec quoi elle pourrait avoir prise sur tout cela ?

— Je ne peux pas lui procurer un pouvoir plus grand que celui qu’elle a déjà. Ne vois-tu pas comme il est grand ? Ne vois-tu pas comme les gens et les animaux doivent la servir, comment, les pieds nus, elle a si bien avancé ?comment,, les pieds nus, elle a si bien fait son chemin. Ce n’est pas à nous d’augmenter son pouvoir : il est dans son cœur. Sa force vient de sa douceur et de son innocence d’enfant.Il ne faut pas qu’elle accroisse par nous son pouvoir, qui réside dans son cœur. Il consiste en ce qu’elle est une douce enfant innocente. Si elle ne peut pas elle-même parvenir à la reine des neiges et retirer le verre du corps du petit Kayextirper le verre du petit Kay, nous n’y pouvons rien. À deux lieues d’iciA deux lieues d’ici commence le jardin de la reine des neiges, tu peux y porter la fillette. Dépose-latu peux y porter la fillette, dépose-la près du grand buisson qui est là dans la neige avec ses baies rouges. Ne perds passes baies rouges, ne perds pas ton temps à bavarder, et dépêche-toi de revenir.

Et la Finnoisefinnoise prit la petite Gerda pour la mettre sur le renne, qui courut de toutes ses forces.

— Oh, je n’ai pas mes souliers ! je n’ai pas mes moufles ! cria la petite Gerda.

Elle venait de s’en apercevoir à la brûlure du froidau froid cuisant, mais le renne n’osa pas s’arrêter, il courut jusqu’à ce qu’il arriveil courut jusqu’à ce qu’il fût arrivé au grand buisson à baies rouges ; là, il déposa Gerda, lui donna un baiser sur la bouche, et de grosses larmes coururent sur les joues de l’animal, puis il courut le plus vite qu’il put pour repartirpour s’en retourner. La pauvre Gerda resta sans souliers ni gants en plein Finmark terrible et glacial.

Illustration

Elle courut en avant tant qu’elle put ; alors s’avança un vrai régiment de gros flocons de neige ; mais ils ne tombaient pas du ciel, qui était très clair et où brillait une aurore boréale. Les floconsune aurore boréale; les flocons couraient à ras de terre, et plus ils approchaient, plus ils grossissaient. Gerdaplus ils grossissaient ; Gerda se rappelait combien ils lui avaient paru gros et parfaits lorsqu’elle les avait regardés dans la loupe, mais ici, ils étaient beaucoup plus grands et terribles. Ils étaient vivants : c’étaient les gardes avancés de la reine des neiges. Ils prenaient les formes les plus étranges :ils étaient ici autrement grands et terribles, ils étaient vivants, ils étaient les avant-postes de la reine des neiges, ils prenaient les formes les plus étranges ; les uns avaient l’air de grands hérissons affreux, d’autres semblaient des paquets de serpents qui avançaient leurs têtes, et d’autres étaient comme des petits ours rebondis, au poil brillant, tous étaient d’une blancheur éclatante, tous étaient flocons de neige vivants.

Alors la petite Gerda récita la prière du Notre Pèrela petite Gerda dit son Notre-Père, et le froid était si intense qu’elle pouvait voir sa propre haleine sortir de sa bouche comme une épaisse fumée. Cette haleine devint de plus en plus dense et se transforma en petits anges lumineuxsa propre haleine qui lui sortait de la bouche à l’état d’épaisse fumée; cette haleine devint de plus en plus dense et devint des petits anges lumineux, qui grandirent à mesure qu’ils touchèrent terre ; et tous avaient casque sur la tête, bouclier et lance dans les mainsécu et lance dans les mains; leur nombre augmentait sans cesseleur nombre allait croissant, et lorsque Gerda eut terminé son Notre Pèreeut achevé son Notre-Père, ils furent toute une armée autour d’elle. De leurs lances, ils percèrenttoute une légion autour d’elle; de leurs lances ils percèrent les horribles flocons, qui éclatèrent en cent morceaux, et la petite Gerda s’avança d’un pas sûr et courageuxd’un pas sûr et intrépide. Les anges lui tapotèrent les pieds et les mains, elle sentit moins le froidelle sentit moins combien il faisait froid, et elle se dirigea rapidement vers le château.

Mais nous devons d’abord voir où en est Kay. Il ne pensait guère à la petite Gerda, et il se doutait encore moins qu’elle était devant le châteauencore moins se doutait-il qu’elle fût devant le château.