登录

免费登录 OpenClassics,即可自动保存阅读进度,下次回到上次读到的段落。

继续上次的阅读?

已为此文本保存了阅读位置。

王子与公主家庭故事仙子与魔法旅行与冒险

阅读约需 90 分钟

La Princesse Miao Shan

文本版本

Cette pagode de l’Oiseau blanc avait été construite par Hoang-ti ; les cinq cents religieuses qui l’habitaientbonzesses qui l’habitaient, avaient pour supérieure I-yeou, femme du royaume de T’ou-louo, aussi vertueuse que distinguée. Au reçu de l’ordre royal, elle avait fait venirmandé Tchen-tchen-tch’ang la maîtresse de chœur, et l’avait informée que la troisième fille du roi Miao-tchoang, la princesse Miao-chan, par suite de désaccord avec son père, allait arriver sous peu ; elle devrait venir l’accueillir,la recevoir, mais faire tous ses efforts pour la dissuader d’embrasser leur genre de vie. Après avoir donné ses ordres, la supérieure, accompagnée d’une novice, alla attendre Miao-chan à la porte du monastèrede la bonzerie et lui fit une prostration au moment où elle entrait. Miao-chan rendit le salut et dit :

— Votre servante vient de quitter le monde pour se mettre à vos ordres, pourquoi venez-vous au-devant de moi pour me saluer à mon arrivée ? Je vous prie de bien vouloir me conduire à la pagode, afin que j’y offre mes hommages à Bouddha. I-yeou la conduisit dans la salle principale, commanda aux religieusesbonzesses d’allumer des bâtonnets d’encens, de sonner la cloche et de battre le tambour. La visite à la pagode terminée, elle se rendit à la salle des conférences, où elle salua ses maîtresses. La supérieure lui adressa la parole en ces termes :

— Altesse, vous êtes de lignée royale, cette montagne sauvage et nos maisons de paille ne sont point faites pour vous servir de palais, nous n’osons pas vous y recevoir. Du reste, nous sommes de pauvres religieusesbonzesses, la plupart sorties des rangs du peuple, nous ne sommes point dignes d’être vos compagnes.

— Quiconque prend à cœur sa perfection spirituelle refusel’étude de sa perfection, veut ignorer ces distinctions de classe, répliqua Miao-chan, si vous refusez d’être mes maîtresses comment pourrai-je me faire religieusebonzesse ?

— Vous vous méprenez, me semble-t-il, reprit la supérieure ; parce qu’il ne vous est pas agréable de vous conformer aux ordres de votre père, le roi Miao-tchoang, vous feignez de vous faire religieusebonzesse. Mais raisonnons ; comment pourrez-vous supporter notre vie pauvre et misérable, vous qui êtes née au sein de l’opulence et des jouissances de la cour, et nos habits déchirés, notre maigre nourriturepitance, le froid, nos pauvres chambres ?chambrettes.

— Les aliments grossiers purifient les affections du cœur, et la pauvreté donne la paix. Du reste, si j’ai bien jugé, sur les cinq cents religieusesbonzesses qui vivent dans cette retraite, il y en a bien quelques-unes au moins d’une famille plus aisée, d’une intelligence plus cultivée, vous n’êtes pas toutes issues d’un rang infime. Puisqu’aujourd’hui je viens me constituer votre compagne, pourquoi essayer de me dégoûter de votre genre de vie ? Me serais-je méprise réellement, n’êtes-vous donc entrées dans ce monastèrecette bonzerie que pour couler des jours heureux, au sein du bien-être et du confortable, sans même vous demander le pourquoi de votre naissance et de votre mort ?

I-yeou lui répondit :

— Je n’oserais pas aller jusque-là, mais un ordre royal nous commande de vous exhorter à retourner à la cour et si nous n’y réussissons pas, peut-être qu’on viendra brûler notre monastèrebonzerie : voilà tout franchement la cause de nos refus.

— Je vois bien d’après cela que vous n’avez pas encore dit un adieu suprême au monde, car celui qui l’a réellement quitté ne craint ni les adversités, ni la vie, ni la mort. Après tout, si on en vient à brûler la pagode, qu’on la brûle !

— Votre Altesse se tromperaisonne à faux, il n’est pas dans l’ordre que nous soyons toutes les victimes de votre désobéissance aux ordres paternels.

— C’est plutôt vous, mes maîtresses, qui me répondez par un raisonnement fragileargument vulnérable. Un moinebonze doit avoir les cinq vertus et les six perfections, il ne doit plus raisonner comme les gens du monde, par vocation il doit être saint jusqu’à sacrifier ses mains pour aidercouper ses mains pour le service deExplication : Le modernisé conserve l’événement et ses conséquences, mais atténue les détails corporels ou la méthode pour une lecture par les enfants. L’imprimé est conservé dans l’original. son prochain. Vous n’en êtesn’êtes pas là encore, puisque je vous vois effrayées et tremblantes à la seule pensée qu’on pourrait bien venir brûler votre pagode.

La maîtresse de chœur s’adressa alors à la Supérieure et dit :

— D’après le proverbe, quand une vieille vache ne peut plus mettre son veau au monde, on sacrifie la mère pour sauver le petit.vêler, on lui ouvre le ventre pour avoir le veau.Explication : Le modernisé conserve l’événement et ses conséquences, mais atténue les détails corporels ou la méthode pour une lecture par les enfants. L’imprimé est conservé dans l’original. C’est peine perdue de discuter avec elle, à chaque problème sa solutionun trou, une cheville ; venons-en à l’épreuve, et nous verrons bien si sa volonté est sincère. Votre tâcheoffice consistera à faire la cuisine, vous seule préparerez la nourriture pour tout le monastèretoute la bonzerie, vous chaufferez l’eau pour la lessive, vous vous montrerez serviable envers toutes, et si vous ne vous acquittez pas bien de votre charge nous vous renverrons. Acceptez-vous ?

Miao-chan accepta la proposition avec joie.

— C’est bien, reprit Tcheng-tcheng-tch’ang, puisque vous acceptez, venez faire votre soumission à Bouddha.

Miao-chan se mit à genoux devant Jou-lei, et fit l’offrande demandée :

— Grand Bouddha, plein de bonté et de clémence, votre humble servante veut quitter le monde, accordez-lui de ne jamais céder aux sollicitations de la terre qui viendront l’éprouver, je vous le demande avec confiance.

Miao-chan promit encore d’observer les règles du monastèrede la bonzerie et d’obéir à ses supérieures.

Ce généreux sacrificeCette généreuse immolation toucha le cœur de Yu-hoang, le Maître du ciel, qui fit aussitôt venir l’esprit du pôle nord, et lui intima ses ordres ainsi conçus :

— La troisième fille du roi Miao-tchoang renonce aux honneurs du mondedignités du siècle pour se consacrer à la vie parfaite, son père vient de la reléguer dans la pagode de l’Oiseau blanc pour la punir, elle accepte sans maugréer la surcharge de tous les travaux du monastèrede la bonzerie ; si on ne lui vient en aide, qui voudra s’adonner aux pratiques de la vertu ? Va vite commander aux trois Agents, aux cinq dieux des pics sacrés, aux huit ministres du dragon du ciel, à Kia-lan et au gardien local, de lui porter secours sans retard. Commande au dragon des mers de lui creuser un puits à côté de sa cuisine, au tigre de lui apporter du bois de chauffage, aux oiseaux de lui cueillir des légumes pour la communauté, et que les esprits du ciel l’aident dans tous ses travaux, afin qu’elle puisse s’adonner en paix à l’étude de sa perfection. Que mes ordres soient ponctuellement exécutés.

L’esprit du pôle Nord transmit sans retard ces ordres souverains, et tous les esprits célestes s’empressèrent à son service.

La supérieure I-yeou voyant tous les esprits du ciel empressés à aider la novice dans sa tâcheson office, appela la maîtresse de chœur pour en parlerconférer avec elle.

— Nous avons confié à la princesse le dur travailchargé la princesse du dur labeur de la cuisine, parce qu’elle refusait de rentrer dans le monde : or voici que depuis son entrée en charge les esprits des huit grottes des cieux sont descendus sur cette terre pour lui offrir des fruits, Kia-lan balaie la cuisine, le dragon lui a creusé un puits, l’esprit du foyer et le tigre lui apportent son bois de chauffage, les oiseaux vont lui cueillir des légumes, la cloche du monastèrede la bonzerie, chaque soir au crépuscule, sonne d’elle-même, comme frappée par une main mystérieuse ; il y a là manifestement des faits miraculeux, je te commande d’aller au plus vite trouver le roi, et de le prier de rappeler sa fille.

Tcheng-tcheng-tch’ang se mit en route, et parvint à informer le roi de tout ce qui se passait à la pagode. Le roi promit d’envoyer dès le lendemain des gens qui la ramèneraient au palais. Il fit venirmanda sur-le-champsur l’heure le chef de place Hou-pi-li, et lui ordonna de partir avec un corps d’armée de cinq mille soldats, fantassins et cavaliers pour la sous-préfecture de Long-chou-hien. Il devait cerner la pagode de l’Oiseau blanc et la brûler avec toutes les religieusesbonzesses. Le lendemain dès l’aube, l’armée était en marche ; quand le commandant fut arrivé devant cettela susdite pagode, il la fit cerner et y mit le feu. Les cinq cents religieusesbonzesses, éperdues, suppliaient le ciel et invoquaient la terre, puis, s’adressant à Miao-chan :

— C’est toi, vociféraient-elles, c’est toi qui nous as attiré cet horrible malheur !

Miao-chan répondit :

— C’est bien vrai, c’est moi seule qui suis la cause de votre mort.

Elle se mit à genoux, invoqua le ciel en disant : — Grand souverain de l’univers, votre servante est fille du roi Miao-tchoang et, vous, vous êtes petit-fils du roi Luen ; ne sauverez-vous pas votre sœur cadette ? Vous avez quitté votre palais, moi aussi j’ai quitté le mien ; vous allâtes jadis sur les montagnes neigeuses pour vous livrer à la perfection, moi je suis venue ici dans le même but, pourquoi ne nous sauvez-vous pas de l’incendie ?

Sa prière achevée, Miao-chan se blessa à la bouche et lança quelques gouttes de son sangarracha l’épingle de bambou qui retenait sa chevelure, l’introduisit dans sa bouche, et se piqua le palais, il en sortit du sang qu’elle crachaExplication : Le modernisé conserve l’événement et ses conséquences, mais atténue les détails corporels ou la méthode pour une lecture par les enfants. L’imprimé est conservé dans l’original. vers le ciel. Instantanément des quatre coins du ciel s’élevèrent de gros nuages qui déversèrent une pluie torrentielle, l’incendie s’éteignit dans un moment, et la pagode fut sauvée. Toutes les religieusesbonzesses se précipitèrent à ses genoux et la remercièrent avec effusion de leur avoir sauvé la vie.

Hou-pi-li dut se retirer, et alla en toute hâte informer le roi de cet événement extraordinaire. Miao-tchoang était encore tout en colère quand l’officier vint lui rendre compte de sa mission, il le renvoya sur-le-champsur l’heure avec ordre de lui amener sa fille chargée de fers, et de la conduire au dernier supplice.

Hou-pi-li prit comme aide l’officier Fong-hiong et se disposa à repartir pour l’Oiseau blanc.

La reine eut connaissance de ce qui se tramait ; sans hésiter, elle se précipita dans les appartements du roi pour lui demander une dernière grâce en faveur de sa fille.

— Si vous me permettez, dit-elle, je vais faire élever une tour magnifique sur le bord de la route par où devra passer Miao-chan enchaînée et conduite au supplice, je m’y rendrai en personne, avec mes deux autres filles, et nos deux gendres, au moment où elle devra passer ; un festin splendide y sera donné, la musique, les chants, les décors, rien ne manquera pour rendre ce séjour enchanteur ; au moment où elle passera chargée de fers, nous la convierons à ces jouissances royales, peut-être que la comparaison de son malheureux état, avec notre bonheur et nos joies, finira par lui ouvrir les yeux.

— Faites, dit le roi, je consens à retarder l’exécution de mes ordres, jusqu’au jour où tous vos préparatifs seront terminés. Ce quiQui fut dit fut fait ; mais Miao-chan n’eut qu’un regard de dédain pour tout ce luxefaste mondain, et à toutes les avances qui lui furent faites, elle n’eut que cette réponse :

— Je n’aime pas ces vanités fastueuses, je jure que je préfère la mort aux jouissances du siècle.

On la conduisit au lieu de l’exécution, toute la cour était présente, on lui fit des sacrifices, comme à une morte. Un des grands du royaume prononça le discours sacrificiel (tsi-wen). Soudain, arrive la reine ; tous la saluent.

Elle commanda à tous les officiers de retourner à leur poste pour lui permettre d’exhorter une dernière fois sa fille. Miao-chan pendant les exhortations de sa mère ferma les yeux, baissa la tête, et ne répondit pas un mot.

Le roi répugnait horriblement à l’idée de verser le sang de sa propre fille ; il ordonna de l’enfermer dans les appartements du palais, afin de pouvoir l’exhorter une dernière fois, et lui sauver la vie s’il était possible.

— Je suis roi, lui dit-il, mes ordres ne peuvent être transgressés impunément, il faut une sanction, et malgré toute mon affection paternelle pour toi, si tu refuses obstinément de m’obéir, demain tu seras exécutée à la porte du palais.

Le T’ou-ti (gardien local) entendit le verdict royal et sese précipita vers le palais de Yu-hoang pour l’informer de la sentence qui venait d’être prononcée contre Miao-chan. Le dieu du ciel s’écria :

— Dans tout l’Ouest, Bouddha excepté, il n’y a pas de plus noble créature que cette princesse. Demain, à l’heure marquée, va assister au supplice de P’ou-sah, tu briseras les sabres, tu rompras les lances dont les bourreaux se serviront pour lui enlever la vie. Fais en sorte qu’elle ne ressente aucune douleur. Au moment de sa mort, tu te transformeras en tigre et tu emporteras son corps dans la forêt de sapins ; après l’avoir déposé dans un lieu convenable, tu mettras une pilule mystérieuse dans sa bouche afin de prévenir toute corruption. Son âme triomphante, au retour de sa visite des enfers, doit le retrouver en parfait état de conservation, y rentrer, l’animer de nouveau. De là elle doit se rendre à Hiang-chan dans l’île de P’ou-t’ouo où elle atteindra la perfection suprême.

Le jour fixé, le commandant Hou-pi-li alla prendre la condamnée et l’amena au lieu du supplice : un cordon de troupes assurait l’ordre, en attendant l’arrivée de l’édit royal. Le T’ou-ti se trouvait alors aux portes du palais. Miao-chan était rayonnante et riait de tout cœur.

— Aujourd’hui dit-elle, je quitte le monde pour une vie meilleure, hâtez-vous de me mettre à mortm’enlever la vie, mais gardez-vous de blesser mon corps.

L’ordre du roi arrive, soudain le ciel se brouille, la terre s’obscurcit, une vive lumière entoure Miao-chan, le sabre du bourreau tournoie en l’air et va s’abattre sur le cou de la victime, il est brisé en deux : on va la percer d’une lance, la lance tombe en morceaux ; alors le roi ordonne qu’on la mette à mortl’étrangle avec une bande de soieExplication : Le modernisé conserve l’événement et ses conséquences, mais atténue les détails corporels ou la méthode pour une lecture par les enfants. L’imprimé est conservé dans l’original.. Un tigre bondit sur le lieu de l’exécution, disperse les exécuteurs, charge sur son dos le corps inanimé de la victime et disparaît dans la forêt de sapins. Hou-pi-li se sauve au palais, raconte au roi les péripéties du drame qui vient de se passer et reçoit deux lingots d’or en récompense de ses services.

Illustration

Pendant que le T’ou-ti déposait le corps de Miao-chan sur la montagne de sapins, son âme restée intactedemeurée intègre se sentit bercée sur un nuage, puis, se réveillant comme d’un songe, elle lève la tête, regarde et ne voit plus son corps.

— Mon père vient de me faire mettre à mortétrangler, soupira-t-elle, comment suis-je venue dans ces lieux ? Ici, ni montagnes, ni arbres, ni végétation ; pas de soleil, pas de lune, pas d’étoiles ; on n’aperçoit aucune habitation, l’oreille ne perçoit aucun son, pas même le gloussement d’une poule ou l’aboiement d’un chien, comment pourrai-je vivre dans ces régions désolées ?

Subitement, un jeune homme aux habits bleus, resplendissant de lumière, et portant un grand drapeau, s’avança et lui dit :

— De par ordre de Yen-wang, le Dieu des enfers, je viens vous faire visiter les 18 sections infernales.

— Quel est ce lieu maudit où je me trouve maintenantprésentement ?

— C’est le monde inférieur, l’enfer. Le refus de vous marier, et le courage avec lequella magnanimité avec laquelle vous avez préféré une mort ignominieuse plutôt que de renoncer àvous désister de votre engagement vous ont mérité les faveurs de Yu-hoang, et les dix dieux des enfers émerveillés de votre vertu éminente, viennent de me députer vers vous : soyez sans crainte et suivez-moi.

Alors commença la visite détaillée de toutes les sections infernales. Les dix dieux de l’enfer vinrent lui offrir leurs félicitations.

— Qui suis-je, dit Miao-chan, pour que vous daigniez prendre la peine de me présenter vos salutations !

— Nous avons appris, répondirentrépartirent les dieux, que lorsque vous récitez vos prières bouddhiques, tous les maux disparaissent comme par enchantement, nous voudrions vous entendre prier.

— J’y consens, reprit Miao-chan, à condition que tous les suppliciés des dix compartiments de l’enfer seront délivrés de leursleurs chaînes pour m’écouter. Sur l’heure, la Tête de bœuf et le Visage de cheval firent délier tous les damnés et Miao-chan commença ses prières. ÀA peine eut-elle achevé, que l’enfer se changea subitement en un vrai paradisparadis de délices, tous les instruments de torture s’étaient transformés en fleurs de lotus, et les damnés se trouvèrent comme inondés de joie. P’an-koan, le secrétaire qui a la charge du grand registre des vivants et des morts, présenta un mémorial à Yen-wang et l’informa que depuis l’arrivée de Miao-chan dans le royaume des réprouvés, tout supplice avait disparu, et tous les damnés débordaientsurabondaient de joie.

— Comme il a été décrété de tout temps, qu’en toute équité, il devait y avoir un paradis et un enfer, si vous ne renvoyez pas cette sainte sur la terre, dorénavant il ne restera que le paradis et il n’y aura plus d’enfer.

— Puisqu’il est ainsi, répondit Yen-wang, que quarante-huit porte-drapeaux lui servent d’escorte pour le passage du Nai-ho-kiao, qu’on reconduise son âme dans la forêt de sapins pour qu’elle rentre dans son corps, et qu’elle reprenne vie dans le monde supérieur.

Le roi des enfers accompagné de ses officiers alla lui présenter ses hommagesdevoirs sous le kiosque de Mong-p’ouo-niang-niang. Le jeune homme aux habits bleus reconduisit l’âme auprès de son ancien corps qu’elle trouva couché sous un sapin, elle y rentra, et Miao-chan se trouva vivante. Un soupir d’amertume s’échappa de ses lèvres.

— Je me souviens, dit-elle, de tout ce que j’ai vu et entendu dans les enfers, je soupirais après le moment qui me rendrait libre de toute entrave, et voilà que mon âme est rentrée dans mon corps. Ici, pas de montagne solitaire pour m’y livrer à la perfection, que vais-je devenir ? De grosses larmes s’échappèrent de ses yeux. Le bouddha Jou-lai porté sur un nuage se présente devant elle et la salue. Miao-chan lui rendit le salut.

— Pourquoi êtes-vous venue dans ces lieux ? lui dit le nouveau venu.

Miao-chan lui expliqua pourquoi le roi l’avait mise à mort, et comment après sa descente aux enfers, son âme avait repris son corps.

— J’ai grande pitié de votre infortune, reprit Jou-lai, et personne ne viendra vous tirer de ce mauvais pas. Moi aussi je suis seul, pourquoi ne pas nous marier tous deux ? nous bâtirons ici une paillote et nous y coulerons nos jours en paix, que vous en semble ?

— Monsieur, veuillez être convenable dans vos propos. Je suis morte et revenue à la vie, comment pouvez-vous parler si légèrement des lois de la réincarnationmétempsycose ? Faites-moi le plaisir de vous retirer de ma présence.

— Bien ! Bien ! répondit l’interlocuteur, celui qui vous parle n’est autre que Bouddha du paradis de l’Ouest : je viens de mettre votre vertu à l’épreuve, le lieu où vous êtes n’est pas convenable pour vos exercices de dévotion, je viens vous inviter à aller à Hiang-chan.

Miao-chan se jette à deux genoux et lui dit :

— Les yeux de mon corps m’ont trompée, je ne pensais pas que Votre Majesté pût jamais venir dans ce lieu, pardonnez mon manque de respect. Où se trouve Hiang-chan ?

— Hiang-chan est une très ancienne pagode, bâtie sous les premières dynasties, et habitée par les immortels, elle se trouve au milieu de la mer, dans l’île de P’ou-t’ouo, dépendante du royaume d’Annam : là vous pourrez arriver à la perfection suprême.

— ÀA quelle distance se trouve cette île ? — À environ mille cinq cents kilomètres, ou davantage.A trois mille lys et plus.

— Je crains de ne pouvoir supporter les fatigues d’une si longue route.

— Soyez tranquille, j’ai apporté ici une pêche mystérieuse, les vergers de la terre n’en produisent pas de semblables, quand vous l’aurez mangée, vous n’aurez plus jamais ni faim ni soif, la vieillesse et la mort n’auront plus prise sur vous, vous vivrez éternellement.

Miao-chan mangea la pêche mystérieuse, quitta Jou-lai et prit la route de Hiang-chan. Du haut des nuées, l’esprit de la polaire l’aperçut cheminant péniblement à pied, vers P’ou-t’ouo ; il appela le gardien du sol de Hiang-chan et lui dit :

— Miao-chan est en route pour ton pays, le chemin est long et pénible, prends la figure d’un tigre, et porte-la au but de son voyage.

Le T’ou-ti se transforma en tigre, puis se posta au milieu de la route en poussant un miaulement féroce.

— Je suis une pauvre fille sans piété filiale, lui dit Miao-chan, j’ai désobéi aux ordres de mon père, dévore-moi, et que ce soit fini.

Le tigre lui adressa alors la parole :

— Je ne suis point un vrai tigre, mais le gardien du sol de Hiang-chan, j’ai reçu l’ordre de t’y porter, monte sur mon dos.

— Puisque tu as reçu cet ordre alors j’obéis, quand je serai parvenue à la perfection spirituelleperfection je te promets de ne pas oublier ce bienfait.

ÀA peine montée, le tigre disparut comme la foudre, et endans un clin d’œil elle se trouva au pied du rocher de P’ou-t’ouo.