Peau d’Âne
Une princesse doit échapper à son père, qui veut l’épouser. Sa marraine la fée lui conseille de demander des cadeaux impossibles pour gagner du temps. Mais cela ne suffit pas : elle doit quitter le palais, cachée sous une peau d’âne. Dans ce conte, les robes merveilleuses côtoient les travaux les plus pénibles. La jeune fille cherche une nouvelle vie, loin d’une maison où elle n’est plus en sécurité.
Papillons, op. 2 — no 8 : Valse en ut dièse mineur
Il était une fois un roi si grand, si aimé de ses peuples, si respecté de tous ses voisins et de ses alliés, qu’on pouvait dire qu’il était le plus heureux de tous les monarques. Son bonheur était encore renforcé par son mariage avec une princesse aussi belle que vertueuseSon bonheur était encore confirmé par le choix qu’il avait fait d’une princesse aussi belle que vertueuse ; et les heureux époux vivaient dans une union parfaite. De leur mariage était née une fille, douée de tant de grâce et de charmes, qu’ils ne regrettaient pas de ne pas avoir plus d’enfantsils ne regrettaient pas de n’avoir pas une plus grande lignée.
Le luxe, le bon goût et l’abondanceLa magnificence, le goût et l’abondance régnaient dans son palais ; les ministres étaient sages et habiles ; les courtisans, vertueux et dévouésles courtisans, vertueux et attachés ; les domestiques, fidèles et travailleursles domestiques, fidèles et laborieux ; les écuries, vastes et remplies des plus beaux chevaux du monde, couverts de riches couvertures d’apparatde riches caparaçons.
Mais ce qui étonnait les étrangers qui venaient admirer ces belles écuries, c’est qu’à l’endroit le plus visible, un grand âneau lieu le plus apparent un maître âne étalait de longues et grandes oreilles. Ce n’était pas un caprice : le roi avait de bonnes raisons de lui donner cette place d’honneur.Ce n’était pas par fantaisie, mais avec raison, que le roi lui avait donné une place particulière et distinguée. Les qualités de cet animal rare méritaient cet honneur. La nature l’avait fait si extraordinaire que sa litière, au lieu d’être sale, était couverte chaque matin de pièces d’or en abondance : de beaux écus au soleil et des louis d’or de toutes sortes. On allait les ramasser à son réveil.Les vertus de ce rare animal méritaient cette distinction, puisque la nature l’avait formé si extraordinaire que sa litière, au lieu d’être malpropre, était couverte, tous les matins, avec profusion, de beaux écus au soleil et de louis d’or de toute espèce, qu’on allait recueillir à son réveil.
Or, les changements de fortune touchent les rois aussi bien que leurs sujets, et quelques malheurs se mêlent toujours au bonheur. Le Ciel permit que la reine tombe soudain gravement malade. Malgré la science et l’habileté des médecins, on ne trouva aucun remède.Or, comme les vicissitudes de la vie s’étendent aussi bien sur les rois que sur les sujets, et que toujours les biens sont mêlés de quelques maux, le Ciel permit que la reine fût tout à coup attaquée d’une âpre maladie, pour laquelle, malgré la science et l’habileté des médecins, on ne put trouver aucun secours. La désolation fut générale. Le roi, sensible et amoureux, malgré le proverbe fameux qui dit que le mariage est le tombeau de l’amourl’hymen est le tombeau de l’amour, se désespérait sans retenue. Il priait avec ardeur dans tous les temples de son royaume et offrait sa vie pour celle de son épouse bien-aimées’affligeait sans modération, faisait des vœux ardents à tous les temples de son royaume, offrait sa vie pour celle d’une épouse si chère ; mais les dieux et les fées étaient invoqués en vain.
La reine, sentant sa dernière heure approcher, dit à son époux qui fondait en larmes : « Permettez-moi, avant de mourir, de vous demander une promesseTrouvez bon, avant que je meure, que j’exige une chose de vous : c’est que s’il vous prenait envie de vous remarier… » À ces mots, le roi poussa des cris déchirantsle roi fit des cris pitoyables, prit les mains de sa femme, les baigna de pleurs, et lui assura qu’il était inutile de lui parler d’un second mariageet, l’assurant qu’il était superflu de lui parler d’un second mariage : « Non, non, dit-il enfin, ma chère reine, parlez-moi plutôt de mourir avec vousparlez-moi plutôt de vous suivre. — L’État, reprit la reine avec une fermeté qui rendait le roi encore plus triste, doit réclamer des héritiers. Comme je ne vous ai donné qu’une fille, il vous pressera d’avoir des fils qui vous ressemblentL’État, reprit la reine avec une fermeté qui augmentait les regrets de ce prince, l’État doit exiger des successeurs et, comme je ne vous ai donné qu’une fille, vous presser d’avoir des fils qui vous ressemblent ; mais je vous demande avec insistance, au nom de tout l’amour que vous avez eu pour moi, de ne céder aux demandes de vos peuplesje vous demande instamment, par tout l’amour que vous avez eu pour moi, de ne céder à l’empressement de vos peuples que lorsque vous aurez trouvé une princesse plus belle et mieux proportionnéemieux faite que moi ; j’exige que vous me le juriez. Alors, je mourrai contentej’en veux votre serment et alors je mourrai contente. »
On suppose que la reine, qui ne manquait pas d’amour-propre, avait exigé ce serment parce qu’elle ne croyait pas qu’on puisse égaler sa beauté. Elle pensait ainsi s’assurer que le roi ne se remarierait jamais.On présume que la reine, qui ne manquait pas d’amour-propre, avait exigé ce serment, ne croyant pas qu’il fût au monde personne qui pût l’égaler, pensant bien que c’était s’assurer que le roi ne se remarierait jamais. Enfin elle mourut. Jamais mari ne fit tant de vacarme : il ne faisait que pleurer et sangloter jour et nuit, ces petits privilèges du veuvagepleurer, sangloter jour et nuit, menus droits du veuvage, furent son unique occupation.
Les grandes douleurs ne durent pas toujours.Les grandes douleurs ne durent pas. D’ailleurs, les grands personnages de l’État se réunirent et vinrent tous ensemble prier le roi de se remarierles grands de l’État s’assemblèrent, et vinrent en corps prier le roi de se remarier. Cette première proposition lui parut dure et lui fit répandre de nouvelles larmes. Il rappela le serment qu’il avait fait à la reine et défia tous ses conseillers de trouverIl allégua le serment qu’il avait fait à la reine, défiant tous ses conseillers de pouvoir trouver une princesse plus belle et mieux proportionnéemieux faite que sa femme défuntefeu sa femme, pensant que cela était impossible. Mais le conseil jugea cette promesse sans importance. Il déclara que la beauté comptait peu, du moment qu’une reine était vertueuse et pouvait avoir des enfantsMais le conseil traita de babiole une telle promesse et dit qu’il importait peu de la beauté, pourvu qu’une reine fût vertueuse et point stérile. L’État demandait des princes pour son repos et sa tranquillité ; que l’État demandait des princes pour son repos et sa tranquillité. La fille du roi avait certes toutes les qualités nécessaires pour devenir une grande reine, mais il fallait lui choisir un époux ; qu’à la vérité, l’infante avait toutes les qualités requises pour faire une grande reine, mais qu’il fallait lui choisir un époux. Alors, soit cet étranger l’emmènerait chez lui, soit il régnerait avec elle. Dans ce cas, leurs enfants ne seraient plus considérés comme appartenant à la même famille royale ; et qu’alors ou cet étranger l’emmènerait chez lui, ou que, s’il régnait avec elle, ses enfants ne seraient plus réputés du même sang. Sans prince portant son nom, les peuples voisins pourraient lui déclarer des guerres qui ruineraient le royaume ; et que, n’y ayant point de prince de son nom, les peuples voisins pourraient lui susciter des guerres qui entraîneraient la ruine du royaume. Le roi, impressionné par ces arguments, promit de réfléchir à un moyen de les satisfaire.Le roi, frappé de ces considérations, promit qu’il songerait à les contenter.
Effectivement, il chercha, parmi les princesses à marier, qui serait celle qui pourrait lui convenir. Chaque jour on lui apportait des portraits charmants, mais aucun n’avait les charmes de la reine défunteaucun n’avait les grâces de la feue reine ; il n’arrivait donc pas à se déciderainsi il ne se déterminait point.
Malheureusement il se mit à penser que la princesse, sa filleil s’avisa de trouver que l’infante, sa fille, était non seulement d’une beauté ravissantebelle et bien faite à ravir, mais surpassaitmais qu’elle surpassait encore de beaucoup la reine sa mère par son intelligence et ses charmesen esprit et en agréments. Sa jeunesse et la fraîcheur de son beau teint enflammèrent le roi d’une passion si violente qu’il ne put la cacher à sa fille. Il lui dit qu’il avait décidé de l’épouser, puisqu’elle seule pouvait le libérer de son serment.Sa jeunesse, l’agréable fraîcheur de ce beau teint enflammèrent le roi d’un feu si violent qu’il ne put le cacher à l’infante, et il lui dit qu’il avait résolu de l’épouser, puisqu’elle seule pouvait le dégager de son serment.
La jeune princesse, remplie de vertu et de pudeur, faillit s’évanouirpensa s’évanouir à cette horrible proposition. Elle se jeta aux pieds du roi son père et le supplia, de toutes ses forces, de ne pas la forcerle conjura, avec toute la force qu’elle put trouver dans son esprit, de ne la pas contraindre à commettre un tel crime.
Le roi, qui s’était mis en tête ce bizarre projet, avait consulté un vieux druide pour rassurer la conscience de la princessepour mettre la conscience de la princesse en repos. Ce druide, moins religieux qu’ambitieux, sacrifia l’innocence et la vertu à l’honneur de devenir le confident d’un grand roi. Avec ruse, il gagna sa confiance et minimisa le crime qu’il allait commettre. Il le persuada même qu’épouser sa fille était une bonne action aux yeux des dieux.Ce druide, moins religieux qu’ambitieux, sacrifia, à l’honneur d’être confident d’un grand roi, l’intérêt de l’innocence et de la vertu, et s’insinua avec tant d’astuce dans l’esprit du roi, lui adoucit tellement le crime qu’il allait commettre qu’il lui persuada même que c’était une œuvre pie que d’épouser sa fille. Le roi, flatté par les paroles de ce criminel, l’embrassa et le quitta plus obstiné que jamais dans son projetCe prince, flatté par les discours de ce scélérat, l’embrassa et revint d’avec lui plus entêté que jamais dans son projet : il fit donc ordonner à la princessel’infante de se préparer à lui obéir.
La jeune princesse, accablée de douleur, ne trouva pas d’autre idéeoutrée d’une vive douleur, n’imagina rien autre chose que d’aller trouver la fée des Lilas, sa marraine.
Dans ce butPour cet effet, elle partit la même nuit dans une jolie petite voiture à deux roues attelée à unun joli cabriolet attelé d’un gros mouton qui savait tous les chemins. Elle y arriva sans encombre.Elle y arriva heureusement. La fée, qui aimait la princessel’infante, lui dit qu’elle savait tout ce qu’elle venait lui dire, mais qu’elle ne devait pas s’inquiéter : rien ne pourrait lui nuire si elle suivait fidèlement ses instructionsmais qu’elle n’eût aucun souci, rien ne pouvant lui nuire si elle exécutait fidèlement ce qu’elle allait lui prescrire. « Car, ma chère enfant, lui dit-elle, ce serait une grande faute que d’épouser votre père ; mais, sans le contredire, vous pouvez l’éviter ; dites-lui que, pour satisfaire un de vos capricespour remplir une fantaisie que vous avez, il faut qu’il vous donne une robe de la couleur du cielune robe de la couleur du temps ; jamais, avec tout son amour et son pouvoir, il ne pourra y parvenir. »
La princesse remercia bien sa marraine ; et dès le lendemain matin, elle dit au roi ce que la fée lui avait conseillé et déclara qu’elle ne donnerait pas son accord tant qu’elle n’aurait pas une robe couleur du cielprotesta qu’on ne tirerait d’elle aucun aveu qu’elle n’eût une robe couleur du temps. Le roi, ravi de l’espoir qu’elle lui donnait, réunit les ouvriers les plus réputésLe roi, ravi de l’espérance qu’elle lui donnait, assembla les plus fameux ouvriers et leur commanda cette robe, sous la condition que, s’ils ne pouvaient réussir, il les ferait tous pendre.
Il n’eut pas le chagrin d’en arriver làIl n’eut pas le chagrin d’en venir à cette extrémité : dès le second jour ils apportèrent la robe désirée. Même le ciel entouré de nuages d’or n’a pas un plus beau bleu que cette robe, lorsqu’on la déplia.L’empyrée n’est pas d’un plus beau bleu lorsqu’il est ceint de nuages d’or, que cette belle robe lorsqu’elle fut étalée. La princesse en fut toute contrariéeL’infante en fut toute contrastée et ne savait comment se tirer d’embarras. Le roi voulait hâter le mariage.Le roi pressait la conclusion. Il fallut encore demander de l’aide à sa marraineIl fallut recourir encore à la marraine, qui, étonnée de ce que son secret n’avait pas réussi, lui dit d’essayer d’en demander une de la couleur de la lune.
Le roi, qui ne pouvait rien lui refuserqui ne pouvait lui rien refuser, envoya chercher les plus habiles ouvriers, et leur ordonna avec tant d’insistance de faire une robe couleur de la lune qu’ils la lui apportèrent en moins de vingt-quatre heuresleur commanda si expressément une robe couleur de la lune qu’entre ordonner et apporter il n’y eut pas vingt-quatre heures. La princesseL’infante, plus charmée par cette superbe robe que par les attentions du roi son père, se désespéra sans retenue une fois seule avec ses servantes et sa nourriceplus charmée de cette superbe robe que des soins du roi son père, s’affligea immodérément lorsqu’elle fut avec ses femmes et sa nourrice.
La fée des Lilas, qui savait tout, vint au secours de l’affligée princesse, et lui dit : « Si je ne me trompe pas, en demandant une robe couleur du soleil, nous finirons par décourager le roi votre père : personne ne pourra jamais faire une pareille robe. Sinon, nous gagnerons au moins du temps.Ou je me trompe fort, ou je crois que si vous demandez une robe couleur du soleil, ou nous viendrons à bout de dégoûter le roi votre père, car jamais on ne pourra parvenir à faire une pareille robe, ou nous gagnerons au moins du temps. » La princesse approuvaL’infante en convint, demanda la robe, et l’amoureux roi donna, sans regret, tous les diamants et les rubis de sa couronne pour aider à ce superbe ouvrage, avec l’ordre de ne reculer devant aucune dépenseavec l’ordre de ne rien épargner pour rendre cette robe égale au soleil. Aussi, dès qu’elle parut, tous ceux qui la virent furent obligés de fermer les yeux, tant ils furent éblouis. C’est de ce temps que datent les lunettes vertes et les verres noirs. Dans quel état se trouva la princesse à cette vueQue devint l’infante à cette vue ? Jamais on n’avait rien vu d’aussi beau et d’aussi habilement réaliséde si beau et de si artistement ouvré. Elle ne savait plus que faireElle était confondue ; et sous prétexte d’avoir mal aux yeux, elle se retira dans sa chambre où la fée l’attendait, plus honteuse qu’on ne peut dire. Ce fut encore pireCe fut bien pis : car, en voyant la robe du soleil, elle devint rouge de colère.
« Oh ! pour le coup, ma fille, dit-elle à la princessel’infante, nous allons mettre l’indigne amour de votre père à une terrible épreuve. Je le crois bien obstiné à vouloir ce mariage qu’il croit si procheentêté de ce mariage qu’il croit si prochain, mais je pense qu’il sera un peu déconcerté par la demandeun peu étourdi de la demande que je vous conseille de lui faire : c’est la peau de cet âne qu’il aime si passionnément et qui lui fournit largement de quoi payer toutes ses dépensesqui fournit à toutes ses dépenses avec tant de profusion ; allez, et ne manquez pas de lui dire que vous désirez cette peau. » La princesseL’infante, ravie de trouver encore un moyen d’échapper à un mariage qu’elle détestaitd’éluder un mariage qu’elle détestait, et qui pensait en même temps que son père ne pourrait jamais se résoudre à sacrifier son âne, vint le trouver et lui demanda la peau de ce bel animallui exposa son désir pour la peau de ce bel animal. Le roi fut étonné par ce caprice, mais il n’hésita pas à le satisfaire.Quoique le roi fût étonné de cette fantaisie, il ne balança pas à la satisfaire.
Le pauvre âne fut sacrifié et la peau offerte avec empressementla peau galamment apportée à la princessel’infante, qui ne voyait plus aucun moyen d’échapper à son malheur. Elle allait perdre tout espoir lorsque sa marraine accourutqui, ne voyant plus aucun moyen d’éluder son malheur, s’allait désespérer lorsque sa marraine accourut.
« Que faites-vous, ma fille ? dit-elle, en voyant la princesse s’arracher les cheveux et se blesser les belles jouesvoyant la princesse déchirant ses cheveux et meurtrissant ses belles joues ; voici le moment le plus heureux de votre vie. Enveloppez-vous de cette peau, sortez de ce palais, et marchez aussi loin que la terre vous porteraallez tant que la terre pourra vous porter. Lorsqu’on sacrifie tout à la vertu, les dieux savent nous en récompenserles dieux savent en récompenser.
« Allez, je veillerai à ce que vos vêtements vous suivent partoutj’aurai soin que votre toilette vous suive partout ; où que vous vous arrêtiez, votre coffre contenant vos habits et vos bijoux suivra vos pas sous terreen quelque lieu que vous vous arrêtiez, votre cassette, où seront vos habits et vos bijoux, suivra vos pas sous terre ; et voici ma baguette que je vous donne : quand vous aurez besoin de ce coffre, frappez la terre et il apparaîtra devant vousen frappant la terre, quand vous aurez besoin de cette cassette, elle paraîtra à vos yeux ; mais hâtez-vous de partir, et ne tardez pas. »
La princesseL’infante embrassa mille fois sa marraine, la pria de ne pas l’abandonner, s’enveloppa dans cette vilaine peaus’affubla de cette vilaine peau, après s’être barbouillée de suie de cheminée, et sortit de ce riche palais sans être reconnue de personne.
La disparition de la princesse provoqua une grande agitation.L’absence de l’infante causa une grande rumeur. Le roi, au désespoir, qui avait fait préparer une fête magnifique, était inconsolable. Il fit partir plus de cent gendarmes et plus de mille mousquetaires pour aller à la recherche de sa filleà la quête de sa fille ; mais la fée, qui la protégeait, la rendait invisible aux plus habiles recherches : il fallut donc se résignerainsi il fallut s’en consoler.
Pendant ce temps, la princesse poursuivait son cheminl’infante cheminait. Elle alla bien loin, bien loin, encore plus loin, et cherchait partout du travailcherchait partout une place ; mais même si on lui donnait à manger par charitémais quoique par charité on lui donnât à manger, on la trouvait si crasseuse que personne n’en voulait.
Cependant, elle entra dans une belle ville, à la porte de laquelle était une fermeune métairie, dont la fermière avait besoin d’une servante chargée de laverd’un souillon pour laver les torchons, nettoyer les dindons et l’auge des cochons. Cette femme, voyant cette voyageuse si malpropre, lui proposa de travailler chez ellelui proposa d’entrer chez elle ; ce que la princessel’infante accepta de grand cœur, tant elle était fatiguée d’avoir marché si longtempstant elle était lasse d’avoir tant marché. On la mit dans un coin reculé de la cuisine, où elle fut, les premiers jours, la cible des plaisanteries grossières des autres domestiquesen butte aux plaisanteries grossières de la valetaille, tant sa peau d’âne la rendait sale et dégoûtante. Enfin, on s’y habituaon s’y accoutuma ; d’ailleurs elle accomplissait son travail avec tant de soinelle était si soigneuse de remplir ses devoirs que la fermière la prit sous sa protection.
Elle conduisait les moutons, les faisait rentrer dans leur enclos au bon momentles faisait parquer au temps où il le fallait ; elle menait les dindons paître avec tant d’habileté qu’elle semblait n’avoir jamais fait autre choseavec une telle intelligence qu’il semblait qu’elle n’eût jamais fait autre chose : aussi tout prospérait sous ses belles mainstout fructifiait sous ses belles mains.
Un jour, assise près d’une fontaine claire où elle pleurait souvent sur son triste sort, elle eut l’idée de regarder son reflet. L’effroyable peau d’âne qui lui couvrait la tête et le corps l’épouvanta.Un jour qu’assise près d’une claire fontaine, où elle déplorait souvent sa triste condition, elle s’avisa de s’y mirer, l’effroyable peau d’âne qui faisait sa coiffure et son habillement l’épouvanta.
Honteuse de cette tenueHonteuse de cet ajustement, elle se décrassa le visage et les mains, qui devinrent plus blanches que l’ivoire, et son beau teint reprit sa fraîcheur naturelle. La joie de se trouver si belle lui donna envie de se baigner, ce qu’elle fitce qu’elle exécuta ; mais il lui fallut remettre son indigne peau pour retourner à la fermela métairie. Heureusement, le lendemain était un jour de fête ; ainsi elle eut le temps de faire apparaître son coffre, de soigner sa tenueelle eut le loisir de tirer sa cassette, d’arranger sa toilette, de poudrer ses beaux cheveux et de mettre sa belle robe couleur du cielcouleur du temps. Sa chambre était si petite que la traîne de cette belle robela queue de cette belle robe ne pouvait pas s’étendre. La belle princesse regarda son refletLa belle princesse se mira et s’admira elle-même avec raison, si bien qu’elle résolut, pour chasser l’ennuipour se désennuyer, de mettre tour à tour ses belles robes, les jours de fête et les dimanchesles fêtes et les dimanches ; ce qu’elle fitce qu’elle exécuta ponctuellement. Elle mêlait des fleurs et des diamants dans ses beaux cheveux avec un art admirable ; et souvent elle soupirait de n’avoir que ses moutons et ses dindons pour admirer sa beauté. Ils l’aimaient tout autant avec son horrible peau d’âne, qui lui avait donné son nom dans cette fermeelle soupirait de n’avoir pour témoins de sa beauté que ses moutons et ses dindons qui l’aimaient autant avec son horrible peau d’âne, dont on lui avait donné le nom dans cette ferme.
Un jour de fête où Peau d’ÂneUn jour de fête, que Peau d’Âne avait mis la robe couleur du soleil, le fils du roi, à qui cette ferme appartenait, s’y arrêta pour se reposervint y descendre pour se reposer, en revenant de la chasse.
Le prince était jeune, beau et admirablement bien fait, chéri de son père et de la reine sa mèrel’amour de son père et de la reine sa mère, adoré des peuples. On offrit à ce jeune prince un repas léger à la campagneune collation champêtre qu’il accepta ; puis il se mit à parcourir les basses-cours et tous les recoins. En courant ainsi de lieu en lieu, il entra dans un sombre couloir au bout duquelune sombre allée au bout de laquelle il vit une porte fermée. La curiosité lui fit mettre l’œil à la serrure. Mais quel trouble en apercevant la princesse ! Elle était si belle et si richement vêtue qu’à son air noble et modeste, il la prit pour une divinité. ; mais que devint-il en apercevant la princesse si belle et si richement vêtue qu’à son air noble et modeste il la prit pour une divinité.
Son émotion fut si forte qu’il aurait enfoncé la porte, si cette ravissante personne ne lui avait pas inspiré autant de respect.L’impétuosité du sentiment qu’il éprouva dans ce moment l’aurait porté à enfoncer la porte, sans le respect que lui inspira cette ravissante personne.
Il sortit avec peine de ce couloir sombre et obscurcette allée sombre et obscure, mais ce fut pour demander qui était la personne qui habitaitpour s’informer qui était la personne qui demeurait dans cette petite chambre. On lui répondit que c’était une servante chargée des travaux les plus salesc’était une souillon, qu’on nommait Peau d’Âne à cause de la peau dont elle s’habillait, et qu’elle était si sale et si crasseuse que personne ne la regardait ni ne lui parlaitni lui parlait et qu’on ne l’avait prise que par pitié, pour garder les moutons et les dindons.
Le prince, peu satisfait de cette explicationcet éclaircissement, vit bien que ces gens grossiers n’en savaient pas davantage et qu’il était inutile de les questionner.
Il revint au palais du roi son père, plus amoureux qu’on ne peut dire, ayant continuellement devant les yeux la belle image de cette divinité qu’il avait vue par le trou de la serrure.
Il se repentit de n’avoir pas frappé à la porteheurté à la porte et se promit bien de ne pas y manquerde n’y pas manquer une autre fois. Mais son sang, agité par son amour ardent, lui donna la nuit même une fièvre si terrible qu’il fut bientôt à l’article de la mortl’agitation de son sang, causée par l’ardeur de son amour, lui donna, dans la même nuit, une fièvre si terrible, que bientôt il fut réduit à l’extrémité.
La reine, sa mère, qui n’avait que lui d’enfant, se désespérait de ce que tous les remèdes étaient inutiles. Elle promettait en vain les plus grandes récompenses aux médecins ; ils employèrent tout leur savoirils y employèrent tout leur art, mais rien ne guérissait le prince. Enfin ils devinèrent qu’un chagrin mortel provoquait tous ces mauxun mortel chagrin causait tout ce ravage ; ils en avertirent la reine. Pleine de tendresse pour son fils, elle vint le supplier de dire ce qui le faisait souffririls en avertirent la reine, qui, toute pleine de tendresse pour son fils, vint le conjurer de dire la cause de son mal. Elle lui assura que, s’il voulait la couronne, le roi son père lui laisserait son trône sans regret ; et que, quand il s’agirait de lui céder la couronne, le roi son père descendrait de son trône sans regret pour l’y faire monter. S’il désirait une princesse, on sacrifierait tout pour la lui accorder, même si l’on était en guerre avec le père de celle-ci et si l’on avait de bonnes raisons de s’en plaindre ; que s’il désirait quelque princesse, quand même on serait en guerre avec le roi son père, et qu’on eût de justes sujets pour s’en plaindre, on sacrifierait tout pour obtenir ce qu’il désirait. Mais elle le suppliait de ne pas se laisser mourir, puisque leur propre vie dépendait de la sienne ; mais qu’elle le conjurait de ne pas se laisser mourir, puisque de sa vie dépendait la leur. La reine n’acheva pas ce touchant discours sans mouiller le visage du prince d’un torrent de larmes.
« Madame, lui dit enfin le prince avec une voix très faible, je ne suis pas assez mauvais filsje ne suis pas assez dénaturé pour désirer la couronne de mon père ; que le Ciel lui permette de vivreplaise au Ciel qu’il vive de longues années, et qu’il veuille bien que je sois longtemps le plus fidèle et le plus respectueux de ses sujets ! Quant aux princesses que vous m’offrez, je n’ai pas encore penséje n’ai point encore pensé à me marier et vous pensez bien que, soumis comme je le suis à vos volontés, je vous obéirai toujours, quoi qu’il m’en coûte.
— Ah, mon fils, reprit la reine, aucun sacrifice ne sera trop grand pour te sauver la vierien ne me coûtera pour te sauver la vie ; mais, mon cher fils, sauve la mienne et celle du roi ton père en me disant ce que tu désiresen me déclarant ce que tu désires et sois bien assuré qu’il te sera accordé.
— Eh bien ! madame, dit-il, puisqu’il faut vous dire ce que je pensepuisqu’il faut vous déclarer ma pensée, je vais vous obéir ; je ne me pardonnerais pas de mettre en dangerje me ferais un crime de mettre en danger deux êtres qui me sont si chers. Oui, ma mère, je désire que Peau d’Âne me fasse un gâteau, et que, dès qu’il sera fait, on me l’apporte.
La reine, étonnée de ce nom bizarre, demanda qui était cette Peau d’Âne.
— C’est, madame, reprit un de ses officiers qui par hasard avait vu cette fille, c’est la créature la plus laide après le loupc’est la plus vilaine bête après le loup ; une peau noire, une crasseuse, qui loge dans votre fermevotre métairie et qui garde vos dindons.
— Qu’importe, dit la reine, mon fils, au retour de la chasse, a peut-être mangé de sa pâtisserie ; c’est une fantaisie de malade ; en un mot, je veux que Peau d’Âne (puisqu’il y a une Peau d’Âne)(puisque Peau d’Âne, il y a) lui fasse vitepromptement un gâteau. » On courut à la fermela métairie et l’on fit venir Peau d’Âne, pour lui ordonner de faire de son mieux un gâteau pour le prince.
Quelques auteurs ont assuré que Peau d’Âne avait aperçu le prince au moment où il avait mis l’œil à la serrureQuelques auteurs ont assuré que Peau d’Âne, au moment que ce prince avait mis l’œil à la serrure, les siens l’avaient aperçu. Puis, en regardant par sa petite fenêtre, elle l’avait trouvé si jeune, si beau et si bien fait que son image lui était restée en mémoire. Souvent, ce souvenir lui avait arraché quelques soupirs ; et puis que, regardant par sa petite fenêtre, elle avait vu ce prince si jeune, si beau et si bien fait, que l’idée lui en était restée, et que souvent ce souvenir lui avait coûté quelques soupirs. Quoi qu’il en soit, Peau d’Âne l’avait vu, ou en avait beaucoup entendu dire du bien. Ravie de trouver un moyen de se faire connaître, elle s’enferma dans sa chambreQuoi qu’il en soit, Peau d’Âne l’ayant vu, ou en ayant beaucoup entendu parler avec éloge, ravie de pouvoir trouver un moyen d’être connue, s’enferma dans sa chambre, jeta sa vilaine peau, se décrassa le visage et les mains, arrangea ses cheveux blondsse coiffa de ses blonds cheveux, mit un beau corset d’argent brillant, un jupon pareil, et se mit à faire le gâteau tant désiré : elle prit de la plus pure farine, des œufs et du beurre bien frais.
Pendant qu’elle travaillait, volontairement ou par hasard, une bague qu’elle avait au doigt tomba dans la pâteEn travaillant, soit de dessein ou autrement, une bague qu’elle avait au doigt tomba dans la pâte, s’y mêla. Dès que le gâteau fut cuit, elle remit son horrible peau et donna le gâteau à l’officiers’y mêla, et dès que le gâteau fut cuit, s’affublant de son horrible peau, elle donna le gâteau à l’officier, à qui elle demanda des nouvelles du prince ; mais cet homme, ne daignant pas lui répondre, courut chez le prince lui apporter ce gâteau.
Le prince le prit avidement des mains de cet homme, et le mangea avec une telle hâtele mangea avec une telle vivacité, que les médecins, qui étaient présents, ne manquèrent pas de dire que cette frénésie n’était pas bon signecette fureur n’était pas un bon signe : effectivement, le prince faillit s’étouffer avec la baguele prince pensa s’étrangler par la bague qu’il trouva dans un des morceaux du gâteau ; mais il la tira adroitement de sa bouche, et mangea moins vite pour examiner cette fine émeraude, montée sur un anneau d’or. Le cercle était si étroit qu’il le crut destiné au plus joli doigt du mondeet son ardeur à dévorer ce gâteau se ralentit, en examinant cette fine émeraude, montée sur un jonc d’or, dont le cercle était si étroit, qu’il jugea ne pouvoir servir qu’au plus joli doigt du monde.
Il baisa mille fois cette bague, la mit sous son oreillerson chevet et l’en tirait à tout moment, quand il croyait n’être vu de personne. Il se tourmentait pour trouver comment revoir celle à qui cette bague pouvait aller. Il n’osait pas croire qu’on accepterait de faire venir Peau d’Âne, qui avait préparé le gâteau à sa demande. Il n’osait pas non plus raconter ce qu’il avait vu par le trou de la serrure, de peur qu’on se moque de lui et qu’on le prenne pour quelqu’un qui avait des visions. Toutes ces idées l’agitaient à la fois, et la fièvre le reprit violemmentLe tourment qu’il se donna pour imaginer comment il pourrait voir celle à qui cette bague pouvait aller et n’osant croire, s’il demandait Peau d’Âne, qui avait fait ce gâteau qu’il avait demandé, qu’on lui accordât de la faire venir, n’osant non plus dire ce qu’il avait vu par le trou de cette serrure, de crainte qu’on se moquât de lui et qu’on le prît pour un visionnaire, toutes ces idées le tourmentant à la fois, la fièvre le reprit fortement ; et les médecins, ne sachant plus que faire, déclarèrent à la reine que le prince était malade d’amour. La reine accourut chez son fils, avec le roi, qui se désolait :
« Mon fils, mon cher fils, s’écria le monarque affligé, nomme-nous celle que tu veux ; nous jurons que nous te la donnerons, même si c’est la plus humble des esclavesfût-elle la plus vile des esclaves. » La reine, en l’embrassant, lui confirma le serment du roi. Le prince, attendri par les larmes et les caresses de ses parentsdes auteurs de ses jours : « Mon père et ma mère, leur dit-il, je n’ai pas l’intention de faire un mariage qui vous déplaiseje n’ai point dessein de faire une alliance qui vous déplaise et, pour vous le prouver, dit-il en tirant l’émeraude de dessous son oreiller, j’épouseraiet pour preuve de cette vérité, dit-il en tirant l’émeraude de dessous son chevet, c’est que j’épouserai la personne à qui cette bague ira, quelle qu’elle soittelle qu’elle soit ; et il est peu probable que celle qui aura ce joli doigt soit une femme grossière ou une paysanneil n’y a pas apparence que celle qui aura ce joli doigt soit une rustaude ou une paysanne. »
Le roi et la reine prirent la bague, l’examinèrent curieusement, et jugèrent, ainsi que le prince, que cette bague ne pouvait aller qu’à quelque fille d’une famille noblede bonne maison. Alors, le roi, ayant embrassé son fils en le suppliant de guériren le conjurant de guérir, sortit, fit jouer les tambours, les fifres et les trompettes dans toute la ville et fit annoncer par ses messagersfit donner les tambours, les fifres et les trompettes par toute la ville, et crier par ses hérauts que l’on n’avait qu’à venir au palais essayer une bague et que celle à qui elle irait juste épouserait l’héritier du trône.
Les princesses d’abord arrivèrent, puis les duchesses, les marquises et les baronnes, mais elles eurent beau toutes se faire les doigts plus finss’amenuiser les doigts, aucune ne put mettre la bague. Il fallut ensuite essayer avec les jeunes ouvrièresIl en fallut venir aux grisettes, qui, malgré leur beautéqui toutes jolies qu’elles étaient, avaient toutes les doigts trop gros. Le prince, qui se portait mieux, faisait lui-même l’essai. Enfin, on passa aux femmes de chambreon en vint aux filles de chambre ; elles ne réussirent pas mieux. Toutes les femmes présentes avaient essayé cette bague sans succèsIl n’y avait plus personne qui n’eût essayé cette bague sans succès, lorsque le prince demanda les cuisinières, les aides de cuisineles marmitonnes, les gardeuses de moutons : on les amena touteson amena tout cela ; mais sur leurs gros doigts rouges et courts, la bague ne put même pas dépasser l’onglemais leurs gros doigts rouges et courts ne purent seulement aller par-delà l’ongle.
« A-t-on fait venir cette Peau d’Âne, qui m’a fait un gâteau ces jours derniers ? » dit le prince.
Tout le monde se mit à rireChacun se prit à rire, et lui dit que non, tant elle était sale et crasseuse.
« Qu’on aille la chercher tout de suiteQu’on l’aille chercher tout à l’heure, dit le roi ; on ne dira pas que j’ai exclu quelqu’unil ne sera pas dit que j’aie excepté quelqu’un. »
On courut, en riant et se moquant, chercher la gardienne des dindonsla dindonnière.
La princesseL’infante, qui avait entendu les tambours et les annonces des messagers du roiles cris des hérauts d’armes, s’était bien doutée que sa bague causait tout ce vacarmes’était bien doutée que sa bague faisait ce tintamarre : elle aimait le prince ; et, comme le véritable amour est craintif et n’a pas de vanitén’a point de vanité, elle craignait sans cesse qu’une dame ait le doigt aussi fin que le sienelle était dans la crainte continuelle que quelque dame n’eût le doigt aussi menu que le sien. Elle eut donc une grande joie quand on vint la chercher et qu’on frappa à sa portequ’on heurta à sa porte. Depuis qu’elle avait su qu’on cherchait un doigt assez fin pour porter sa bagueun doigt propre à mettre sa bague, je ne sais quel espoir l’avait portée à se coiffer plus soigneusement, et à mettre son beau corset d’argentson beau corps d’argent, avec le jupon plein de volants de dentelle d’argentplein de falbalas de dentelle d’argent, semés d’émeraudes. Dès qu’elle entendit qu’on frappait à la porteSitôt qu’elle entendit qu’on heurtait à la porte et qu’on l’appelait pour aller chez le prince, elle remit vitepromptement sa peau d’âne, ouvrit sa porte ; et ces gens, en se moquant d’elle, lui dirent que le roi la demandait pour lui faire épouser son fils ; puis, avec de longs éclats de rire, ils la menèrent chez le prince, qui, étonné lui aussi par la tenue de cette fille, n’osa croire que c’était celle qu’il avait vue si somptueusement vêtue et si bellequi lui-même étonné de l’accoutrement de cette fille, n’osa croire que ce fût celle qu’il avait vue si pompeuse et si belle.
Triste et confus de s’être si lourdement trompé :
« Est-ce vous, lui dit-il, qui logez au fond de ce couloir obscurcette allée obscure, dans la troisième basse-cour de la fermela métairie ?
— Oui, seigneur, répondit-elle.
— Montrez-moi votre main, » dit-il en tremblant et poussant un profond soupir…
Dame ! qui fut bien surpris ?
Ce furent le roi et la reine, ainsi que tous les chambellans et les grands de la cour, lorsqu’une petite main délicate, blanche et rose, sortit de dessous cette peau noire et crasseuse. La bague s’ajusta sans peine au plus joli petit doigt du mondelorsque de dessous cette peau noire et crasseuse sortit une petite main délicate, blanche et couleur de rose où la bague s’ajusta sans peine au plus joli petit doigt du monde. La princesse fit un petit mouvement, et la peau tomba. Sa beauté fut si ravissante que le prince, malgré sa faiblesse, se jeta à ses genoux et les serra avec une ardeur qui la fit rougir ; et par un petit mouvement que l’infante se donna, la peau tomba, et elle parut d’une beauté si ravissante, que le prince, tout faible qu’il était, se mit à ses genoux, et les serra avec une ardeur qui la fit rougir ; mais, on ne s’en aperçut presque pas, parce que le roi et la reine vinrent l’embrasser de toute leur force, et lui demander si elle voulait bien épouser leur fils.
La princesse, confuse de tant de caresses et de l’amour que lui montraitde l’amour que lui marquait ce beau jeune prince, allait cependant les en remercier, lorsque le plafond du salon s’ouvrit, et que la fée des Lilas, descendant dans un char fait de branches et de fleurs de lilasdans un char fait de branches et de fleurs de son nom, conta, avec une grâce infinie, l’histoire de la princessel’infante.
Le roi et la reine, charmés de voir que Peau d’Âne était une grande princesse, redoublèrent leurs caresses ; mais le prince fut encore plus sensible à la vertu de la princesse, et ce qu’il apprit rendit son amour encore plus fortson amour s’accrut par cette connaissance.
L’impatience du prince, pour épouser la princesse, fut telle, qu’à peine donna-t-il le temps de faire les préparatifs convenables pour ce mariage royalcet auguste hyménée.
Le roi et la reine, qui adoraient leur belle-fillequi étaient affolés de leur belle-fille, lui faisaient mille caresses et la tenaient sans cesseincessamment dans leurs bras. Elle avait déclaré qu’elle ne pouvait épouser le prince sans l’accord du roi son père ; elle avait déclaré qu’elle ne pouvait épouser le prince sans le consentement du roi son père : aussi fut-il le premier auquel on envoya une invitation, sans lui dire qui était la mariéequelle était l’épousée ; la fée des Lilas, qui dirigeait tout, bien entendu, l’avait exigé pour éviter les conséquences de cette révélationqui présidait à tout, comme de raison, l’avait exigé à cause des conséquences.
Il vint des rois de tous les pays ; les uns en chaise à porteurs, d’autres en petites voitures à deux rouesd’autres en cabriolet ; les plus éloignés montés sur des éléphants, sur des tigres, sur des aigles ; mais le plus magnifique et le plus puissant fut le père de la princessel’infante, qui heureusement avait oublié sa passion incestueuseson amour déréglé et avait épousé une reine veuve, très belle, avec qui il n’avait pas eu d’enfantfort belle, dont il n’avait point eu d’enfant.
La princesseL’infante courut au-devant de lui ; il la reconnut aussitôt et l’embrassa avec une grande tendresse, avant qu’elle ait le tempsavant qu’elle eût le temps de se jeter à ses genoux. Le roi et la reine lui présentèrent leur fils, à qui il témoigna toute son affectionqu’il combla d’amitié.
Les noces se firent avec toute la splendeur imaginableavec toute la pompe imaginable.
Les jeunes époux, peu sensibles à tout ce luxepeu sensibles à ces magnificences, ne virent et ne regardèrent qu’eux.
Le roi, père du prince, fit couronner son fils ce même jour, et, lui baisant la main, le plaça sur son trône. Malgré la résistance de ce fils si bien élevéde ce fils si bien né, il lui fallut obéir.
Les fêtes de cet illustre mariage durèrent près de trois mois ; mais l’amour des deux époux durerait encore, tant ils s’aimaient, s’ils n’étaient pas morts cent ans après.
Moralité
Le conte de Peau d’Âne est difficile à croire :
Mais tant que dans le monde on aura des enfants,
Des mères et des grands-mèresDes mères et des mères-grands,
On en gardera la mémoire.