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Drôles de transformationsSoleil, Lune et étoilesMers et rivières

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La Création de la nuit

Au commencement, il fait toujours jour. La fille du grand serpent sait que son père possède la nuit, endormie au fond des eaux. Trois serviteurs partent la chercher, avec une consigne à respecter.

Nocturne, op. 33

Alberto Nepomuceno
Version du texte

« Au commencement, il n’y avait pas de nuit ; il faisait toujours jouril y avait seulement jour tout le temps. La nuit était endormie au fond des eaux. Il n’y avait pas d’animaux ; toutes les choses parlaienttoutes choses parlaient.

« La fille de la Cobra-Grande (le grand serpent), raconte-t-on, s’était mariée à un jeune homme. Ce jeune homme avait trois serviteurs fidèles. Un jour il appela les trois serviteurs, et leur dit : — « Allez vous promener, car ma femme ne veut pas dormir avec moi. » Les serviteurs s’en allèrent, et alors il appela sa femme pour dormir avec lui. La fille de la Cobra-Grande lui répondit : — « Il ne fait pas encore nuit. » Le jeune homme lui dit : — « Il n’y a pas de nuit ; il n’y a que le jour. » La jeune femme parla : — « Mon père possède la nuit. Si tu veux dormir avec moi, fais-la chercher à travers le grand fleuve. » Le jeune homme appela ses trois serviteurs ; la jeune femme les envoya chez son père pour qu’ils en rapportentrapportassent un noyau de tucuman1.

Illustration

« Les serviteurs s’en allèrent, arrivèrent chez la Cobra-Grande ; celle-ci leur remit un noyau de tucuman bien fermé, et leur dit : — « Le voici ; emportez-le. Allez ! Ne l’ouvrez pas, car autrement tout est perdu. » Les serviteurs s’en allèrent, et ils entendaient du bruit à l’intérieur du noyau de tucuman, un bruit qui sonnait ainsi : ten, ten, ten !... chi !... C’était le bruit des grillons et des petits crapauds qui chantent la nuit.

« Quand ils furent déjà loin, l’un des serviteurs dit à ses compagnons : — « Voyons ce que c’est que ce bruit. » Le pilote dit : « Non, car nous serions perdusNon pas, car nous nous perdrions. Allons-nous-en, allons, rame ! » Ils s’en allèrent et continuèrent à entendre le même bruit à l’intérieur du noyau de tucuman, et ils ne savaient pas d’où venait ce bruitils ne savaient pas quel bruit c’était.

« Comme ils se trouvaient déjà fort loin, ils se réunirent au milieu de leur barque, allumèrent du feu, firent fondre la résinefondirent la résine qui bouchait le noyau, et l’ouvrirent. Tout d’un coup, tout devint noir ! Le pilote dit alors : — « Nous sommes perdus, et, à cette heure, la jeune femme sait déjà chez elle que nous avons ouvert le coco de tucuman. »

« Ils poursuivirent leur route. Au même moment, la jeune femme, chez elle, dit à son mari : — « Ils ont lâché la nuit ; allons attendre demain. » Alors toutes les choses qui étaient dispersées dans la forêtéparses par le bois se transformèrent en animaux et en oiseaux. Les choses qui étaient dispersées dans le fleuveéparses par le fleuve se transformèrent en canards et en poissons. Le panier donna naissance au jaguarDu panier fut engendré l’onceExplication : Le nom historique « once » désigne ici le jaguar ; la transformation est conservée.2 ; le pêcheur et son embarcation furent transformés en canard ; de sa tête naquirent la tête et le bec du canard ; de la barque, le corps du canard ; des rames, les jambes du canard.

« Quand la fille de la Cobra-Grande vit l’étoile de l’aube, elle dit à son mari : — « L’aube commence à poindre ; je vais séparer le jour de la nuit. » Alors, elle enroula un fil, et lui dit : — « Tu seras le cujubin. » Elle fit ainsi le cujubin3, peignit la tête du cujubin en blanc, avec de la tabatinga4, peignit ses jambes en rouge avec du roucou5, et lui dit alors : — « Tu chanteras pour toujours quand le matin commencera à poindre6. » Elle enroula le fil, secoua de la cendre sur lui, et dit : — « Tu seras l’inambu7, pour chanter aux diverses heures de la nuit et à l’aube. »

« Depuis lors, tous les oiseaux ont chanté à leur heure, et tous chantent à l’aube pour saluer joyeusement le début du jourréjouir le commencement du jour8.

« Lorsque les trois serviteurs arrivèrent, le jeune homme leur dit : « Vous n’avez pas été fidèles ; vous avez ouvert le noyau de tucuman, vous avez lâché la nuit, et tout s’est perdu, et vous aussi, qui êtes métamorphosés en singes, vous marcherez pour toujours sur les branches des arbres. »

« Leur bouche noire et la bordure jaunele liséré jaune qu’ils ont sur le bras, c’est encore, raconte-t-on, la marque de la résine qui bouchait le noyau de tucuman, qui coula sur euxlaquelle coula sur eux au moment où ils la firent fondreau moment où ils la fondirent9. »


Notes de bas de page

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1. Le fruit de ce palmier est rond et jaune, quand il est mûr. Il se compose d’une pellicule résistante, d’une masse charnue fibreuse qui entoure un noyau en forme de coco.

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2. C’est pour cela que le jaguar est tachetél’once est tachetée : les trous du panier devinrent des taches.

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3. Espèce de faisan au plumage rouge, à la tête blanche ; il chante au point du jour. Les ornithologues lui donnent le nom de Penelope cumanensis.

4. Argile ; il y en a de plusieurs couleurs ; celle-ci était blanche.

5. Bixa orellana.

6. Nous avons, dans le nord du Brésil, un autre oiseau qui chante à l’aube, et auquel le peuple donne le nom de Maria já é dia (Marie il fait jour). Son chant semble, en effet, répéter cette phrase.

7. Espèce de perdrix qui chante à des heures déterminées de la nuit. C’est le Pesus Niambu, de Spix.

8. Les hoccos ou mutuns (crax) chantent aussi, d’après les indigènes, régulièrement de deux en deux heures. J’en ai eu plusieurs, pendant longtemps, dans mon jardin, à Paris, mais je n’ai jamais pu vérifier l’exactitude de cette tradition.

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9. Chez les Papous de la Mélanésie, Qat, être de la race préhumaine, produisit l’Aurore pour la première fois en coupant l’obscurité avec un couteau d’obsidienne rouge ; ensuite « les oiseaux annoncèrent le matin ». (A. Lang.)

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Question 1 / 3

Quel mouvement de la Terre explique le retour des jours ?