Se connecter

Connectez-vous gratuitement à OpenClassics pour profiter de la fonction de marque-page automatique : les contes s’ouvrent au dernier passage lu.

Reprendre votre lecture ?

Une position de lecture est enregistrée pour ce texte.

Tout petits hérosOgres et monstresDans la forêtEn famille

Le Petit Poucet

Le Petit Poucet est le plus jeune et le plus petit de sept frères. Il parle peu, mais il écoute et remarque beaucoup de choses. Quand la famille manque de nourriture et que les enfants sont emmenés dans la forêt, ses idées deviennent leur meilleur espoir. Dans ce conte de Charles Perrault, quelques cailloux, des bois sombres et la maison d’un ogre vont mettre à l’épreuve le courage d’un tout petit garçon.

Version du texte

Il était une fois un bûcheron et une bûcheronne qui avaient sept enfants, tous garçons. L’aîné n’avait que dix ans, et le plus jeune n’en avait que sept. On s’étonnera que le bûcheron ait eu tant d’enfants en si peu de temps ; mais c’est que sa femme ne perdait pas de tempssa femme allait vite en besogne, et en avait au moins deux à la foisn’en faisait pas moins que deux à la fois.

Ils étaient très pauvres et avaient bien du mal à faire vivre leurs sept enfantsIls étaient fort pauvres, et leurs sept enfants les incommodaient beaucoup, parce qu’aucun d’eux ne pouvait encore gagner sa vie. Ce qui les chagrinait encore, c’est que le plus jeune était très fragile et ne disait pas un mot. Ses parents prenaient pour de la bêtise ce qui montrait sa finesse d’espritle plus jeune était fort délicat et ne disait mot ; prenant pour bêtise ce qui était une marque de la bonté de son esprit. Il était tout petitIl était fort petit, et quand il vint au monde, il n’était guère plus gros que le pouce, ce qui fit que l’on l’appela le petit Poucet.

Ce pauvre enfant était le souffre-douleurle souffre-douleurs de la maison, et on lui donnait toujours tort. Cependant il était le plus malin et le plus réfléchile plus fin, et le plus avisé de tous ses frères, et s’il parlait peu, il écoutait beaucoup.

Une très mauvaise année arrivaIl vint une année très fâcheuse, et la famine fut si grande, que ces pauvres gens décidèrent d’abandonner leurs enfantsrésolurent de se défaire de leurs enfants. Un soir que ces enfants étaient couchés, et que le bûcheron était auprès du feu avec sa femme, il lui dit, le cœur serré de douleur :

« Tu vois bien que nous ne pouvons plus nourrir nos enfants ; je ne peux pas les regarder mourir de faim. J’ai décidé de les perdre demain dans les bois. Ce sera facile : pendant qu’ils s’amuseront à ramasser du bois, nous n’aurons qu’à nous enfuir sans qu’ils nous voientje ne saurais les voir mourir de faim devant mes yeux, et je suis résolu de les mener perdre demain au bois, ce qui sera bien aisé ; car tandis qu’ils s’amuseront à fagoter, nous n’avons qu’à nous enfuir sans qu’ils nous voient. — Ah ! s’écria la bûcheronne, pourrais-tu bien toi-même aller perdre tes enfants dans les boismener perdre tes enfants ? »

Son mari avait beau lui rappeler leur grande pauvretélui représenter leur grande pauvreté, elle ne pouvait pas accepterelle ne pouvait y consentir ; elle était pauvre, mais elle était leur mère. Mais quand elle pensa à la douleur de les voir mourir de faim, elle acceptaCependant ayant considéré quelle douleur ce lui serait de les voir mourir de faim, elle y consentit, et alla se coucher en pleurant.

Le petit Poucet entendit tout ce qu’ils direntouït tout ce qu’ils dirent, car ayant entendu depuis son lit qu’ils parlaient de choses importantesayant entendu de dedans son lit qu’ils parlaient d’affaires, il s’était levé doucement, et s’était glissé sous le petit tabouret de son pèrel’escabelle de son père pour les écouter sans être vu. Il alla se recoucher et ne dormit pasne dormit point le reste de la nuit, en réfléchissant à ce qu’il devait fairesongeant à ce qu’il avait à faire. Il se leva de bon matin, et alla au bord d’un ruisseau où il emplit ses poches de petits cailloux blancs, et ensuite revint à la maison. On partit, et le petit Poucet ne révéla rien de ce qu’il savaitne découvrit rien de tout ce qu’il savait à ses frères.

Ils allèrent dans une forêt très épaisseune forêt fort épaisse, où à dix pas de distance on ne se voyait pas l’un l’autre. Le bûcheron se mit à couper du bois et ses enfants à ramasser les petites branchesles broutilles pour faire des fagots. Le père et la mère, les voyant occupés à travailler, s’éloignèrent d’eux peu à peus’éloignèrent d’eux insensiblement, et puis s’enfuirent tout à coup par un petit sentier détourné.

Lorsque ces enfants se virent seuls, ils se mirent à crier et à pleurer de toute leur force.

Le petit Poucet les laissait crier, sachant bien par où il reviendrait à la maison ; car en marchant il avait laissé tomber le long du chemin les petits cailloux blancs qu’il avait dans ses poches. Il leur dit donc :« N’ayez pas peurNe craignez point, mes frères ; mon père et ma mère nous ont laissés ici, mais je vous ramènerai bien à la maisonau logis, suivez-moi seulement. »

Ils le suivirent, et il les mena jusqu’à leur maison par le chemin qu’ils avaient pris pour venir dans la forêtjusqu’à leur maison par le même chemin qu’ils étaient venus dans la forêt. Ils n’osèrent d’abord entrer, mais ils se mirent tous contre la porte pour écouter ce que disaient leur père et leur mère.

Au moment oùDans le moment que le bûcheron et la bûcheronne arrivèrent chez eux, le seigneur du village leur envoya dix pièces d’argentdix écus qu’il leur devait depuis longtemps et qu’ils n’espéraient plus recevoirqu’il leur devait il y avait longtemps, et dont ils n’espéraient plus rien. Cela leur redonna la vie, car les pauvres gens mouraient de faim. Le bûcheron envoya tout de suitesur l’heure sa femme à la boucherie. Comme il y avait longtemps qu’elle n’avait mangé, elle acheta trois fois plus de viande qu’il n’en fallait pour le souper de deux personnes. Lorsqu’ils furent rassasiés, la bûcheronne dit : « Hélas ! où sont maintenant nos pauvres enfants ? Ils se régaleraient de ce qui nous reste làIls feraient bonne chère de ce qui nous reste là. Mais aussi, Guillaume, c’est toi qui as voulu les perdrec’est toi qui les as voulu perdre ; j’avais bien dit que nous nous en repentirions. Que font-ils maintenant dans cette forêt ? Hélas ! mon Dieu, les loups les ont peut-être déjà mangés ! Tu es bien inhumain d’avoir perdu ainsi tes enfants.

Le bûcheron s’impatienta à la fin, car elle redit plus de vingt fois qu’ils s’en repentiraient et qu’elle l’avait bien dit. Il la menaça de la battre si elle ne se taisait. Le bûcheron était peut-être encore plus malheureux que sa femme. Mais elle lui cassait la tête. Il était comme beaucoup d’autres gens : ils aiment les femmes qui parlent bien, mais trouvent très agaçantes celles qui ont toujours eu raison.Ce n’est pas que le bûcheron ne fût peut-être encore plus fâché que sa femme, mais c’est qu’elle lui rompait la tête, et qu’il était de l’humeur de beaucoup d’autres gens, qui aiment fort les femmes qui disent bien, mais qui trouvent très importunes celles qui ont toujours bien dit.

La bûcheronne était toute en pleurs : « Hélas ! où sont maintenant mes enfants, mes pauvres enfants ? » Elle le dit une fois si fortsi haut que les enfants qui étaient à la porte, l’ayant entendu, se mirent à crier tous ensemble : « Nous voilà, nous voilà ! » Elle courut vite leur ouvrir la porte, et leur dit en les embrassant : « Que je suis heureuseQue je suis aise de vous revoir, mes chers enfants ! Vous êtes bien fatiguésVous êtes bien las, et vous avez bien faim ; et toi Pierrot, comme te voilà couvert de bouecomme te voilà crotté, viens que je te débarbouille. » Ce Pierrot était son fils aîné qu’elle aimait plus que tous les autres, parce qu’il était un peu rouxun peu rousseau, et qu’elle était un peu rousse.

Ils se mirent à table, et mangèrent d’un appétit qui faisait plaisir au père et à la mère, à qui ils racontaient la peur qu’ils avaient eue dans la forêt en parlant presque toujours tous ensemble. Ces bonnes gens étaient ravis de revoir leurs enfants avec eux, et cette joie dura tant que les dix pièces d’argentdix écus durèrent. Mais lorsque l’argent fut dépensé, ils retrouvèrent leur malheur et décidèrent de perdre encore leurs enfants. Pour être sûrs de réussir, ils les mèneraient bien plus loin que la première foisils retombèrent dans leur premier chagrin, et résolurent de les perdre encore, et pour ne pas manquer leur coup, de les mener bien plus loin que la première fois.

Malgré leurs précautions, le petit Poucet les entendit. Il comptait s’en sortir comme la première fois. Il se leva de bon matin pour ramasser des cailloux, mais il ne put pas sortir : la porte de la maison était fermée à double tour.Ils ne purent parler de cela si secrètement qu’ils ne fussent entendus par le petit Poucet, qui fit son compte de sortir d’affaire comme il avait déjà fait ; mais quoiqu’il se fût levé de bon matin pour aller ramasser des petits cailloux, il ne put en venir à bout, car il trouva la porte de la maison fermée à double tour. Il ne savait pas quoi faire. La bûcheronne donna alors à chacun un morceau de pain pour le déjeuner. Il pensa qu’il pourrait remplacer les cailloux par des miettes de pain, qu’il sèmerait sur leur chemin. Il rangea donc son pain dans sa poche.Il ne savait que faire, lorsque la bûcheronne leur ayant donné à chacun un morceau de pain pour leur déjeuner, il songea qu’il pourrait se servir de son pain au lieu de cailloux en le jetant par miettes le long des chemins où ils passeraient ; il le serra donc dans sa poche.

Le père et la mère les menèrent dans l’endroit de la forêt le plus épais et le plus obscur, et dès qu’ils y furent, ils s’enfuirent par un chemin détournéils gagnèrent un faux-fuyant et les laissèrent là. Le petit Poucet ne s’en inquiéta pas beaucoupne s’en chagrina pas beaucoup, parce qu’il croyait retrouver facilement son chemin grâce aux miettes qu’il avait semées partout où il était passéretrouver aisément son chemin par le moyen de son pain qu’il avait semé partout où il avait passé ; mais il fut bien surpris lorsqu’il ne put en retrouver une seule miette ; les oiseaux étaient venus et avaient tout mangéles oiseaux étaient venus qui avaient tout mangé.

Les voilà donc bien malheureuxbien affligés, car plus ils marchaient, plus ils s’égaraient et s’enfonçaient dans la forêt. La nuit vint, et il s’éleva un grand vent qui leur faisait des peurs épouvantables. Ils croyaient n’entendre de tous côtés que des hurlements de loups qui venaient à eux pour les manger. Ils n’osaient presque se parler ni tourner la tête. Il survint une grosse pluie qui les perça jusqu’aux os ; ils glissaient à chaque pas et tombaient dans la boue, d’où ils se relevaient tout couverts de bouetout crottés, ne sachant que faire de leurs mains.

Le petit Poucet grimpa au haut d’un arbre pour voir s’il ne découvrirait rien ; ayant tourné la tête de tous côtés, il vit une petite lueur comme d’une chandelle, mais qui était bien loin par-delà la forêt. Il descendit de l’arbre ; et lorsqu’il fut à terre, il ne vit plus rien ; cela le désola. Cependant, ayant marché quelque temps avec ses frères du côté où il avait vu la lumièredu côté qu’il avait vu la lumière, il la revit en sortant du bois.

Ils arrivèrent enfin à la maison où était cette chandelle, non sans bien des frayeurs, car souvent ils la perdaient de vue, ce qui leur arrivait toutes les fois qu’ils descendaient dans des creux du terrainils descendaient dans quelques fonds. Ils frappèrent à la porteIls heurtèrent à la porte, et une bonne femme vint leur ouvrir. Elle leur demanda ce qu’ils voulaient ; le petit Poucet lui dit qu’ils étaient de pauvres enfants qui s’étaient perdus dans la forêt, et qui demandaient qu’on les héberge par pitiéqui demandaient à coucher par charité. Cette femme les voyant tous si jolis se mit à pleurer, et leur dit : « Hélas ! mes pauvres enfants, où êtes-vous venus ? Savez-vous bien que c’est ici la maison d’un ogre qui mange les petits enfants ? — Hélas ! madame, lui répondit le petit Poucet, qui tremblait de toute sa force aussi bien que ses frères, que ferons-nous ? Il est bien sûr que les loups de la forêt ne manqueront pas de nous manger cette nuit, si vous ne voulez pas nous abriter chez vousnous retirer chez vous. Dans ce casEt cela étant, nous aimons mieux que ce soit l’ogre qui nous mange ; peut-être qu’il aura pitié de nous, si vous voulez bien le lui demandersi vous voulez bien l’en prier. »

La femme de l’ogre qui crut qu’elle pourrait les cacher à son mari jusqu’au lendemain matin, les laissa entrer et les mena se chauffer auprès d’un bon feu ; car il y avait un mouton tout entier à la broche pour le souper de l’ogre.

Comme ils commençaient à se chauffer, ils entendirent frapper trois ou quatre grands coupsils entendirent heurter trois ou quatre grands coups à la porte : c’était l’ogre qui revenait. Aussitôt sa femme les fit cacher sous le lit et alla ouvrir la porte. L’ogre demanda d’abord si le souper était prêt, et si on avait tiré du vin, et aussitôt se mit à table. Le mouton était encore tout sanglant, mais il ne lui en sembla que meilleur. Il reniflait à droite et à gaucheIl fleurait à droite et à gauche, disant qu’il sentait la chair fraîche. « Ce doit être, lui dit sa femme, ce veau que je viens de préparer que vous sentezIl faut, lui dit sa femme, que ce soit ce veau que je viens d’habiller, que vous sentez. — Je sens la chair fraîche, te dis-je encore une fois, reprit l’ogre, en regardant sa femme de travers, et il y a ici quelque chose que je ne comprends pasque je n’entends pas. » En disant ces mots, il se leva de table, et alla droit au lit.

« Ah, dit-il, voilà donc comme tu veux me tromper, maudite femme ! Je ne sais pas ce qui me retient de te manger aussi ; tu as de la chance d’être une vieille bêteJe ne sais à quoi il tient que je ne te mange aussi ; bien t’en prend d’être une vieille bête. Voilà du gibier qui me vient bien à propos pour régaler trois ogres de mes amis qui doivent venir me voir ces jours-cipour traiter trois ogres de mes amis qui doivent me venir voir ces jours ici.

Il les tira de dessous le lit l’un après l’autre. Ces pauvres enfants se mirent à genoux en lui demandant pardon ; mais ils avaient affaireils avaient à faire au plus cruel de tous les ogres, qui bien loin d’avoir de la pitié les dévorait déjà des yeux, et disait à sa femme que ce seraient là des morceaux délicieuxce serait là de friands morceaux lorsqu’elle leur aurait fait une bonne sauce.

Il alla prendre un grand couteau, et en approchant de ces pauvres enfants, il l’aiguisait sur une longue pierre qu’il tenait à sa main gauche. Il en avait déjà empoigné un, lorsque sa femme lui dit : « Que voulez-vous faire à cette heure-cià l’heure qu’il est ? N’aurez-vous pas assez de temps demain matin ? — Tais-toi, reprit l’ogre, leur chair aura le temps de s’attendririls en seront plus mortifiés. — Mais vous avez encore là tant de viande, reprit sa femme ; voilà un veau, deux moutons et la moitié d’un cochon ! — Tu as raison, dit l’ogre ; donne-leur bien à souper, afin qu’ils ne maigrissent pas, et va les mener coucher. »

La bonne femme fut ravie de joie, et leur apporta un bon souperleur porta bien à souper, mais ils ne purent manger tant ils étaient saisis de peur. Quant à l’ogrePour l’ogre, il se remit à boire, ravi d’avoir de quoi si bien régaler ses amis. Il but une douzaine de verres de plus que d’habitude. Cela lui tourna un peu la tête et l’obligea à aller se coucher.Il but une douzaine de coups plus qu’à l’ordinaire ; ce qui lui donna un peu dans la tête, et l’obligea de s’aller coucher.

L’ogre avait sept filles, qui n’étaient encore que des enfants. Ces petites ogresses avaient toutes le teint très beaule teint fort beau, parce qu’elles mangeaient de la chair fraîche comme leur père ; mais elles avaient de petits yeux gris et tout ronds, le nez crochu et une très grande bouche avec de longues dents très pointues et très espacéesune fort grande bouche avec de longues dents fort aiguës et fort éloignées l’une de l’autre. Elles n’étaient pas encore très méchantespas encore fort méchantes ; mais elles promettaient beaucoup, car elles mordaient déjà les petits enfants pour en sucer le sang.

On les avait fait coucher de bonne heure, et elles étaient toutes sept dans un grand lit, ayant chacune une couronne d’or sur la tête. Il y avait dans la même chambre un autre lit de la même grandeur ; ce fut dans ce lit que la femme de l’ogre mit coucher les sept petits garçons ; après quoi, elle alla se coucherelle s’alla coucher auprès de son mari.

Le petit Poucet avait remarqué les couronnes d’or sur la tête des filles de l’ogre. Il craignait que l’ogre regrette de ne pas l’avoir égorgé avec ses frères dès le soir. Vers le milieu de la nuit, il se leva et prit les bonnets de ses frères et le sien. Il les posa tout doucement sur la tête des sept filles de l’ogre, après leur avoir retiré leurs couronnes d’or. Il mit ces couronnes sur la tête de ses frères et sur la sienne. Ainsi, l’ogre les prendrait pour ses filles, et ses filles pour les garçons qu’il voulait égorger.Le petit Poucet qui avait remarqué que les filles de l’ogre avaient des couronnes d’or sur la tête, et qui craignait qu’il ne prît à l’ogre quelque remords de ne les avoir pas égorgés dès le soir même, se leva vers le milieu de la nuit, et prenant les bonnets de ses frères et le sien, il alla tout doucement les mettre sur la tête des sept filles de l’ogre, après leur avoir ôté leurs couronnes d’or qu’il mit sur la tête de ses frères et sur la sienne, afin que l’ogre les prît pour ses filles, et ses filles pour les garçons qu’il voulait égorger. La chose réussit comme il l’avait pensé ; car l’ogre s’étant réveillé vers minuit, regretta d’avoir remis au lendemain ce qu’il aurait pu faire la veilles’étant éveillé sur le minuit eut regret d’avoir différé au lendemain ce qu’il pouvait exécuter la veille ; il se jeta donc brusquement hors du lit, et prenant son grand couteau : « Allons voir, dit-il, comment se portent nos petits drôles ; finissons-en une bonne foisn’en faisons pas à deux fois. »

Il monta donc à tâtons à la chambre de ses filles et s’approcha du lit où étaient les petits garçons, qui dormaient tous, excepté le petit Poucet, qui eut bien peur lorsqu’il sentit la main de l’ogre qui lui tâtait la tête, comme il avait tâté celles de tous ses frères. L’ogre, qui sentit les couronnes d’or : « Vraiment, dit-il, j’allais faire une belle bêtise ; je vois bien que j’ai trop bu hier soirj’allais faire là un bel ouvrage ; je vois bien que je bus trop hier au soir. » Il alla ensuite au lit de ses filles, où ayant senti les petits bonnets des garçons : « Ah ! les voilà, dit-il, nos gaillards ! Au travail, sans hésitertravaillons hardiment. » En disant ces mots, il coupa sans hésitersans balancer la gorge à ses sept filles. Très content de ce qu’il venait de faireFort content de cette expédition, il alla se recoucher auprès de sa femme.

Aussitôt que le petit Poucet entendit ronfler l’ogre, il réveilla ses frères, et leur dit de s’habiller vitepromptement et de le suivre. Ils descendirent doucement dans le jardin, et sautèrent par-dessus les murailles. Ils coururent presque toute la nuit, toujours en tremblant et sans savoir où ils allaient.

L’ogre s’étant éveillé dit à sa femme : « Va là-haut habiller ces petits drôles d’hier soir. »Va-t’en là-haut habiller ces petits drôles d’hier au soir. L’ogresse fut très étonnée de la bonté de son mari. Elle ne se doutait pas qu’en disant « habiller », il voulait dire les préparer pour les manger. Elle croyait qu’il lui demandait de leur mettre des vêtements. Elle monta donc et fut bien surprise de voir ses sept filles égorgées et nageant dans leur sang.L’ogresse fut fort étonnée de la bonté de son mari, ne se doutant point de la manière qu’il entendait qu’elle les habillât, et croyant qu’il lui ordonnait de les aller vêtir, elle monta en haut où elle fut bien surprise lorsqu’elle aperçut ses sept filles égorgées et nageant dans leur sang.

Elle commença par s’évanouir (car c’est le premier moyen que trouvent presque toutes les femmes en pareilles circonstancesle premier expédient que trouvent presque toutes les femmes en pareilles rencontres). L’ogre, craignant que sa femme mette trop longtemps à faire le travail qu’il lui avait confiécraignant que sa femme ne fût trop longtemps à faire la besogne dont il l’avait chargée, monta en haut pour l’aiderpour lui aider. Il ne fut pas moins étonné que sa femme lorsqu’il vit cet affreux spectacle. « Ah ! qu’ai-je fait là ? s’écria-t-il. Ils me le payeront, les malheureux, et tout de suiteet tout à l’heure. »

Il jeta aussitôt un pot d’eau au visageune potée d’eau dans le nez de sa femme et lui ayant fait reprendre connaissancel’ayant fait revenir : « Donne-moi vite mes bottes de sept lieues, lui dit-il, afin que j’aille les attraper. » Il se mit à leur rechercheIl se mit en campagne, et après avoir couru bien loin de tous côtés, enfin il entra dans le chemin où marchaient ces pauvres enfants qui n’étaient plus qu’à cent pas du logis de leur père. Ils virent l’ogre qui allait de montagne en montagne, et qui traversait des rivières aussi facilementaussi aisément qu’il aurait fait le moindre ruisseau. Le petit Poucet, qui vit un rocher creux près de l’endroit où ils étaientproche le lieu où ils étaient, y fit cacher ses six frères, et s’y fourra aussi, sans cesser de regarder ce que ferait l’ogreregardant toujours ce que l’ogre deviendrait. L’ogre qui se trouvait très fatiguéfort las du long chemin qu’il avait fait inutilement (car les bottes de sept lieues fatiguent beaucoup celui qui les portefatiguent fort leur homme), voulut se reposer, et par hasard il alla s’asseoir sur la roche où les petits garçons s’étaient cachés.

Comme il n’en pouvait plus de fatigue, il s’endormit après s’être reposé quelque temps, et se mit à ronflervint à ronfler si effroyablement que les pauvres enfants n’en eurent pas moins de peur que quand il tenait son grand couteau pour leur couper la gorge. Le petit Poucet en eut moins de peur, et dit à ses frères de s’enfuir vitepromptement à la maison pendant que l’ogre dormait profondémentdormait bien fort, et de ne pas s’inquiéter pour luiqu’ils ne se missent point en peine de lui. Ils suivirent son conseilIls crurent son conseil, et gagnèrent vite la maison.

Le petit Poucet s’étant approché de l’ogre lui tira doucement ses bottes, et les mit aussitôt.

Illustration

Les bottes étaient très grandes et très largesfort grandes et fort larges ; mais, comme elles étaient magiqueselles étaient fées, elles avaient le don de s’agrandir et de rétrécirde s’apetisser selon la jambe de celui qui les chaussait, de sorte qu’elles se trouvèrent aussi bien ajustées à ses pieds et à ses jambesaussi justes à ses pieds et à ses jambes que si elles avaient été faites pour lui.

Il alla droit à la maison de l’ogre où il trouva sa femme qui pleurait auprès de ses filles égorgées. « Votre mari, lui dit le petit Poucet, est en grand danger ; car il a été pris par une troupe de voleurs qui ont juré de le tuer s’il ne leur donne pas tout son ors’il ne leur donne tout son or et tout son argent. Au moment où ilsDans le moment qu’ils lui tenaient le poignard sur la gorge, il m’a aperçu et m’a demandé de venir vous avertir de sa situationm’a prié de vous venir avertir de l’état où il est, et de vous dire de me donner tout ce qu’il possède, sans rien gardertout ce qu’il a vaillant, sans en rien retenir, parce qu’autrement ils le tueront sans pitiésans miséricorde. Comme il faut faire très vite, il m’a fait prendre ses bottes de sept lieues que voilà pour me dépêcherComme la chose presse beaucoup, il a voulu que je prisse ses bottes de sept lieues que voilà pour faire diligence, et aussi afin que vous ne croyiez pas que je sois un menteurun affronteur. »

La bonne femme, très effrayéefort effrayée, lui donna aussitôt tout ce qu’elle avait : car cet ogre était malgré tout un très bon mari, même s’il mangeait les petits enfantscet ogre ne laissait pas d’être fort bon mari, quoiqu’il mangeât les petits enfants. Le petit Poucet étant donc chargé de toutes les richesses de l’ogre s’en revint à la maisonau logis de son père, où il fut reçu avec bien de la joie.

Il y a bien des gens qui contestent ce dernier épisodequi ne demeurent pas d’accord de cette dernière circonstance, et qui prétendent que le petit Poucet n’a jamais fait ce vol à l’ogre ; qu’en vérité, il n’avait eu aucun scrupule à lui prendre ses bottes de sept lieuesqu’à la vérité, il n’avait pas fait conscience de lui prendre ses bottes de sept lieues, parce qu’il ne s’en servait que pour courir après les petits enfants. Ces gens-là assurent le savoir de source sûrele savoir de bonne part, et même pour avoir bu et mangé dans la maison du bûcheron. Ils assurent que lorsque le petit Poucet eut chaussé les bottes de l’ogre, il s’en alla à la cour, où il savait qu’on s’inquiétait beaucoup d’une armée située à deux cents lieues de là et du résultat d’une bataille qui avait eu lieuoù il savait qu’on était fort en peine d’une armée qui était à deux cents lieues de là, et du succès d’une bataille qu’on avait donnée. Il alla, disent-ils, trouver le roi, et lui dit que s’il le souhaitait, il lui rapporterait des nouvelles de l’armée avant la fin du jour. Le roi lui promit une grosse somme d’argent s’il y parvenaits’il en venait à bout. Le petit Poucet rapporta des nouvelles dès le soir même, et cette première course l’ayant fait connaître, il gagnait tout ce qu’il voulait ; car le roi le payait parfaitement bien pour porter ses ordres à l’armée, et une foule de damesune infinité de dames lui donnaient tout ce qu’il voulait pour avoir des nouvelles de leurs amants, et ce fut là son plus grand gain. Il se trouvait quelques femmes qui le chargeaient de lettres pour leurs maris, mais elles le payaient si mal, et cela rapportait si peu qu’il ne prenait même pas la peine de compter ce qu’il gagnait ainsicela allait à si peu de chose, qu’il ne daignait mettre en ligne de compte ce qu’il gagnait de ce côté-là.

Après avoir fait pendant quelque temps le métier de courrier, et y avoir amassé une grande fortuney avoir amassé beaucoup de bien, il revint chez son père, où il n’est pas possible d’imaginer la joie qu’on eut de le revoir. Il permit à toute sa famille de vivre à l’aiseIl mit toute sa famille à son aise. Il acheta pour son père et ses frères des postes officiels que le roi venait de créer. Il leur assura ainsi à tous une bonne situation, tout en gagnant la faveur du roi.Il acheta des offices de nouvelle création pour son père et pour ses frères ; et par là il les établit tous, et fit parfaitement bien sa cour en même temps.

Moralité

On ne se désole pas d’avoir beaucoup d’enfantsOn ne s’afflige point d’avoir beaucoup d’enfants ;
Quand ils sont tous beaux, bien faits et bien grands,
Et d’une apparence éclatanteEt d’un extérieur qui brille ;
Mais si l’un d’eux est faible, ou ne dit pas un motou ne dit mot,
On le méprise, on se moque de lui, on lui prend toutOn le méprise, on le raille, on le pille ;
Quelquefois, cependant, c’est ce petit enfantce petit marmot
Qui fera le bonheur de toute la famille.

Quizz

Question 1 / 5

Pourquoi les cailloux transportés par une rivière peuvent-ils devenir arrondis ?