Rip Van Winkle
Rip Van Winkle habite dans un petit village près du fleuve Hudson, en Amérique. Il aime aider ses voisins et jouer avec les enfants, mais néglige le travail chez lui. Sa femme lui reproche sa paresse. Un jour, un étranger le conduit auprès de joueurs de quilles dans les montagnes. Rip goûte leur boisson et s’endort. À son retour au village, tout semble avoir changé.
Avertissement : Ce récit contient des fantômes inquiétants, des disputes familiales, de la consommation d’alcool et une mort violente.
Écrit publié après la mortposthumeExplication : « Posthume » signifie publié après la mort de son auteur. Irving utilise le nom de Diedrich Knickerbocker pour présenter ce conte comme le papier retrouvé d’un historien ; ce cadre appartient au récit. de Diedrich Knickerbocker.
Le récit suivant a étéfut trouvé dans les papiers du défuntde feu Diedrich Knickerbocker, vieux gentleman de New YorkNew-York passionné pour l’histoire hollandaise de la province et les mœurs et coutumes des descendants de ses premiers colonscolons primitifs. Ses recherches historiques reposaient cependant moins surcependant n’avaient pas tant pour base les livres que sur les hommes : les livresles hommes, car les premiers sont lamentablement discrets sur ses sujets favoris. Il allait doncfavoris ; mais il allait trouver les vieux habitants, et plus encore leurs femmes, riches en récits légendaires, si précieux pour l’histoire véritable. Aussi, toutes les fois qu’il tombait sur une famille de Hollandais pur sang, paresseusement enfermés dans leur ferme au toit basmétairie au toit peu élevéExplication : Une métairie est une ferme. La comparaison avec un vieux livre est maintenue : Knickerbocker étudie les familles comme il lirait un ouvrage. sous un sycomore aux longues branches, il l’examinait comme si cette famille avait été un vieux livrec’eût été un bouquin à fermoir, en lettres gothiques, et l’étudiait avec le soinla conscience d’un ver rongeur de livres1.
Toutes ces recherches aboutirent àLe résultat de toutes ces recherches fut une histoire de la province au temps des gouverneurs hollandais, histoire qu’il a publiée il y a quelques années. Différentes opinions ont été exprimées sur la valeurse sont fait jour au sujet du caractère littéraire de cet ouvrage, qui, à vrai dire, n’est certes pas meilleur qu’il ne faut. Une scrupuleuse exactitude, voilà son principal mérite. Ce méritemérite, mérite qui a bien été un peu mis en doute à sa première publication, mais il a depuis été complètementmis un peu en question quand il a paru pour la première fois, mais qui depuis a été complétement établi. Il a maintenant sa place dans toutes les collections historiques, comme un livre dont l’autorité ne peut être contestéed’une incontestable autorité.
Le vieux gentleman mourut peu de temps après la publication de son œuvre. Etœuvre ; et maintenant qu’il est mort et enterré, sa mémoire n’en souffrira pas beaucoup si je dis qu’il auraiteût bien mieux fait d’employer son temps à des travaux plus sérieux. Mais il aimait assez chevaucher à sa guise. De temps à autre, il envoyaitguise ; et quoique de temps à autre il envoyât un peu de poussière dans les yeux de ses voisins et chagrinaitchagrinât le cœur de quelques amis pour lesquels il ressentait le respectla déférence et l’affection les plus sincères. Cependant,sincères, cependant on se rappelle ses erreurs et ses folies « avec plus de peine que de colèrecourroux », et l’on commence à soupçonner qu’il n’a jamais eu l’intention de blesser ni d’offenser personne.que jamais il n’eut l’intention de blesser, d’offenser qui que ce fût. Enfin, quel que soit le jugement que portent de lui ses critiques,censeurs, sa mémoire est encore chère à bien des gens dont l’estime est précieuse,n’est pas sans prix, particulièrement à certains fabricants de biscuits, qui ont été jusqu’à reproduire son visageses traits sur leurs gâteaux du nouvel an, et lui ont ainsi donné une chance d’immortalité presque comparable à celle qu’il aurait si son visage était gravéà être estampillé sur une médaille de Waterloo ou un farthing de la reine Anne, une petite pièce anglaise.farthing de la reine Anne.Explication : Le farthing est une ancienne petite pièce anglaise, qui valait un quart de penny. L’image compare le visage reproduit sur des biscuits au portrait gravé sur une pièce ou une médaille.
Je leJ’en jure par le dieu des Saxons, par Woden,
Dont vient Wednesday, mercredi, le jour de Woden,D’où s’est formé Wensday (Wensday, jour de Woden),Explication : Le mot anglais qui signifie mercredi s’écrit aujourd’hui Wednesday. Le poème rapproche son nom de Woden, dieu des Saxons. Les quatre vers et leur attribution à Cartwright sont conservés.2
J’aime la vérité, — je lui serai fidèle
Jusqu’à ce que la mort dans le tombeau m’appelle.
Cartwright.
Quiconque a remonté l’Hudson doit se rappeler les monts Catskill.Kaatskill. C’est une branche détachéerompue de la grande famille des Appalaches. On les voit s’étirer à l’ouest du fleuve,Apalaches ; on les voit qui filent à l’Ouest du fleuve pour s’élever à une hauteur imposante et dominer le pays des alentours.d’alentour. À tout changement de saison, à tout changement de temps, que dis-je ? à toute heure du jour, jour, il s’opère un changement dans les teintes et les formes magiques de ces montagnes changent. Les femmes des environs lesrevêtues par ces montagnes, que, de tous côtés, les bonnes femmes regardent comme d’excellents baromètres, des indicateurs du temps.baromètres. Quand le temps est beau et stable,bien assis, elles sont enveloppées de bleu et de pourpre, et leurs contours se détachent vigoureusement sur le ciel pur du soir. Maissoir ; mais quelquefois, lorsque le reste du paysage est sans nuages, il se rassemble autour de leurs sommets une masse de vapeurs grises, qui, colorée aux derniers rayons du soleil couchant, les couronne comme un diadème resplendissant.
Au pied de ces féeriques montagnes le voyageur a peut-être aperçupeut avoir découvert de loin la légère fumée qui s’élève en ondulants’élève, en ondulant, d’un village dont les toits de planches étincellent entre les arbres, précisément à l’endroit où les teintes bleues de la montagne se fondent dans les belles teintes vertes du paysage, plus basmêlent, en se fondant, aux belles teintes vertes du paysage qui se trouve au-dessous. C’est un petit village, mais un village trèsfort ancien, puisqu’il a été fondé par quelques colons hollandais, dans les débutspremiers temps de la province, précisément à l’époque de l’arrivée au pouvoirl’entrée aux affaires du bon Pierre Stuyvesant (que ses cendres reposent en paix !). Et!); et quelques-unes des maisons des premiers colonscolons primitifs étaient encore debout il y a quelques annéespeu d’années, construites en petites briques jaunes apportées de Hollande, avec des volets à lamelles et des façades terminées en pointesjalousies et des pignons sur le devant, surmontés de girouettes.
Dans ce même village,village même, et dans une de ces mêmes maisonsmaisons mêmes (disons toute la vérité, elle avait terriblement souffert du temps etc’était une déplorable victime du temps, elle était battue par tous les vents), vivait, il y a bien des années, à l’époque où le pays était encore une province de la Grande-Bretagne, un simple et brave garçon nommé Rip Van Winkle. C’était un descendant des Van Winkle qui se distinguèrent si noblementfirent si noble figure aux jours glorieux de Pierre Stuyvesant et l’accompagnèrent au siègesiége de Fort-Christine. Pourtant il n’avait que bien peumédiocrement hérité du caractère guerriermartial de ses ancêtres. J’ai fait observer que c’était un simple et brave garçon ; c’était en outre un bon voisin, un mari docile, se laissant gouverner par sa femme. Et je serais tenté de croirecroirais assez que c’est à cette dernière circonstance qu’il devait cette amabilité qui le rendait si populaire. Car les hommes qui, chez eux,dut cette affabilité qui le rendit si généralement populaire ; car ces hommes-là sont merveilleusement disposés à être complaisants et conciliants au dehors, qui, dans leur intérieur, courbent la tête sous le joug d’une femme acariâtre sont merveilleusement disposés à rendre service et à être conciliants au-dehors.acariâtre. Il est incontestable que leur caractère s’assouplit et devient malléable dans la fournaise ardente des épreuves familialestribulations domestiques ; et une réprimande derrière les rideaux du litmercuriale sous les rideauxExplication : Une mercuriale est une réprimande. Les rideaux évoquent ici l’intimité du ménage ; la moquerie du narrateur sur les disputes conjugales est conservée. vaut tous les sermons du monde pour apprendreinculquer les vertus de la patience et l’endurance. Il s’ensuitde la longanimité. D’où il suit qu’une femme querelleuse peut, à certains égards, être considérée comme une véritable bénédiction. S’ilbénédiction ; s’il en est ainsi, Rip Van Winkle était trois fois béni.
Toujours est-il que c’était le grand favori de toutes les femmesbonnes femmes du village. Elles prenaient sa défense, comme le font les femmes,village, qui, suivant l’usage du beau sexe, prenaient fait et cause pour lui dans toutes les querelles de ménage. Chaque fois qu’elles abordaient ce sujetd’intérieur, et ne manquaient jamais, chaque fois qu’elles entamaient ce sujet de causerie dans leurs commérages du soir, elles rejetaient toute la fautede faire peser tout le blâme sur dame Van Winkle. Les enfants du village, eux, poussaient des cris de joied’allégresse à son approche. Il prenait part à leurs jeuxassistait à leurs ébats, fabriquait leurs jouets, leur apprenait à faire volerenlever les cerfs-volants, à jouer aux billeslancer la bille, et leur disait de longues histoires de fantômes, de sorcières et d’Amérindiensd’Indiens. Peu importaient l’heure et le chemin qu’il choisissait pour leur échapper :Quels que fussent l’heure et l’itinéraire qu’il choisît pour leur échapper, il était toujours entouréenvironné d’une troupe de gamins qui s’accrochaient aux pans de son habit, grimpaient sur son dos et lui jouaient mille tours sans être punis… Etavec impunité… ; et, dans tout le voisinage, pas un chien n’aurait aboyé contreaprès lui.
Le grand défaut de Rip était une aversion insurmontableLa grande erreur de Rip et de sa nature, c’était une insurmontable aversion pour toute espèce de travail qui rapporte de l’argent. Cela ne venait pas d’un manque d’application ou de persévérance. Carlucratif. Non pas que cela provînt d’un manque d’assiduité ou de persévérance ; car il restait assis sur un roc humide, avec une ligne aussi longue et aussi pesante que la lance d’un Tartare, à pêcher tout le jour sans se plaindre, même simurmurer, alors même que pour l’encourager le moindre poisson ne venait pas l’encourager en mordantmordre à l’hameçon. Il portait un fusil de chasse sur l’épaule pendant des heures entières, se fatiguant à traverser les bois et les marais, tantôt sur la colline, tantôt dans la vallée, le tout pour tirer quelques écureuils ou quelques pigeons sauvages. Jamais il ne refusait d’aider un voisin, même dans le travail le plus péniblerude ; et toujours il était le premier quand il s’agissait, comme on le faitcela se pratique à la campagne, de donner un coup de main pour enlever l’enveloppe des épis de maïsécosser le blé de TurquieExplication : Le blé de Turquie est un ancien nom du maïs. Il ne désigne pas ici du blé cultivé en Turquie. ou élever un mur de clôture. Les femmes du village avaient aussi l’habitude de l’employer pour faire leurs commissions et satisfaire de petites fantaisies que leurs maris, moins serviables, auraient refusées.remplir leurs messages et satisfaire telles petites fantaisies qui n’auraient pas trouvé des serviteurs dans leurs maris moins complaisants. — En un mot, Rip était prêt à faire le travail de n’importe qui, excepté le sien. Quantla besogne de qui que ce fût, excepté la sienne ; quant à remplir ses obligations envers sadevoirs de famille, à s’occuper de ses terres cultivées,sa plantation, il trouvait cela impossible.
En effet, il déclarait que cela ne servait à rien de travailler sur ses terres cultivées. C’étaitsa plantation ; c’était la plus mauvaise petite pièce de terre de toute la région. Tout y poussaitcontrée ; tout y venait mal, et y pousserait mal, malgréviendrait mal, en dépit de ses efforts. Ses palissades tombaient continuellement en morceaux. Sa vache s’égarait oumorceaux ; ou sa vache s’égarait, ou bien elle allait au milieu des choux. Leschoux ; les mauvaises herbes étaient sûres de pousser plus vite dans ses champs que partout ailleurs ; la pluie était toujours au rendez-vousne manquait jamais d’être à l’ordre du jour quand il avait quelque travail à faire dehors. Les terres dont il avait hérité s’étaient réduites et dispersées,au dehors ; de sorte que bien que les propriétés qui formaient son patrimoine se fussent écornées et dissipées, arpent par arpent, parcelle après parcellearpentExplication : L’arpent est une ancienne mesure de surface, dont la valeur variait selon les lieux. Le texte dit que les terres se réduisent peu à peu ; aucune surface précise n’est inventée., sous sa gestion. Il ne lui restaitson administration, jusqu’à ce qu’il ne lui restât guère plus qu’une pauvre petite bande de maïsblé de Turquie et de pommes de terre. Malgré cela, c’était le terrain le plus mal entretenuterre, cependant c’était la plantation la plus mal entretenue de tout le voisinage.
Et ses enfants… ils étaient aussi déguenillés, aussi négligés que si personne ne s’était occupé d’euxincultes que s’ils n’eussent appartenu à personne. Son fils Rip, polisson faitengendré à son image même, promettait d’hériter des habitudesmœurs en même temps que des vieux habits de son père. On le voyait d’ordinaireordinairement trotter, comme un poulain, derrière sa mère, vêtu d’une paire de culottes que son père avait rejetée et qu’il retenait à grand-peineéquipé d’une paire de braies mise au rebut par son père, et qu’à grand’peine il retenait d’une main, de même qu’une belle dame relève sa robe quand le temps est mauvais.
Rip Van Winkle, cependant, était un de ces heureux mortelsmortels, à l’humeur joviale et facile, qui ne voient que le beau côté des choses. Peu leur importechoses ; à qui il importe peu de manger du pain blanc ou du pain bis, un pain plus brun, pain bis, Explication : Le pain bis est un pain plus brun que le pain blanc. La modernisation garde la variété de pain sans lui attribuer une recette précise.pourvu qu’ils l’aient obtenu avec le moins de peine et de fatigue possible. Ilspeine, de fatigue possible ; qui aimeraient mieux mourir de faim avec un penny en pochesur un pennyExplication : Le penny et la livre sterling sont des unités monétaires britanniques. Rip préférerait garder une petite pièce sans travailler plutôt que se fatiguer pour gagner une somme bien plus grande. que de travailler pour gagner une livre sterling.livre. Laissé à lui-même, il aurait,eût, parfaitement satisfait, traversé la vie en sifflant ; mais sa femme lui étourdissait continuellement les oreilles en lui reprochant sa paresse, son insouciance etde sa paresse, de son insouciance, de la ruine qu’il causait àapportait dans sa famille. Le matin, à midi et le soir sa langue allait toujours, et quoi qu’il pût dire ou faire il faisait à coup sûrétait sûr de faire jaillir une source intarissable d’éloquence domestique. Rip n’avait qu’une réponse pour tous les sermons de cette espèce. À force de la répéter, il en avait fait uneespèce, et par suite d’un fréquent usage elle était passée en habitude : il haussait les épaules, secouait la tête, levait les yeux au ciel, mais ne disait rien, ce qui cependant ne manquait jamais de ranimer l’éloquencela verve épuisée de sa moitié. Il était doncmoitié ; de sorte qu’il était obligé de battre en retraite et d’évacuer la place — seul moyen,moyen d’être chez lui qu’ait, à vrai dire, pour un mari soumis à sa femme de disposer librement de sa maison.mari en puissance de femme.
Le seul allié que Rip avait à la maisonadhérent qu’eût Rip au logis était son chien Wolf, qui était aussi maltraité que son maître ; car dame Van Winkle les regardait comme des compagnons en paresse, et même voyait particulièrement Wolf d’un très mauvaisde très-mauvais œil, comme la cause des fréquentes excursionspérégrinations de son maître. Il avait certainement toute l’ardeur qui convient à un honorable chien. Jamais animal plus courageux ne parcourutest certain qu’il avait toute l’ardeur qui convient à un honorable chien ; que jamais animal plus courageux ne battit les bois. — Mais quel courage peut résister à la terreur croissantemontante que répand une langue de femme qui ne s’arrête jamais ? Du moment où Wolf passait le seuil du logis, sa fierté tombait, sa queue balayait tristement le sol ou s’entortillait entre ses pattes ; il se faufilait l’oreille basse, avec un air de condamnéde l’air d’un gibier de potence, jetant plus d’un regard de côté versoblique à l’adresse de dame Van Winkle, et dès que le manche à balai ou la louche commençait à annoncer les hostilitéscuiller à pot commençait à préluder, il gagnait en glapissant la porte à toute vitesseavec la plus grande précipitation.
Les années de mariage s’accumulèrent, et l’horizon s’assombrit de plus en plus pour Rip : un caractère aigreacidulé ne s’adoucit jamais avec l’âge ; une langue bien aiguiséeaffilée est le seul instrument tranchant qu’un usage continuel ne fasse qu’aiguiser. Pendant longtemps il eut l’habitude de se consoler, quand il était chassé de la maison, en fréquentant une sorte de club permanent des sages, des philosophes et autres paresseux personnages de l’endroit. Ce club tenait ses séancesl’endroit, lequel tenait ses sessions sur un banc placé devant une petite auberge que signalait un portrait aux joues rougesrubicond de sa majesté Georges III. C’est là que, l’été, ils avaient l’habitude de se prélasser mollement à l’ombre pendant des journéescoutume de se prélasser mollement à l’ombre des journées tout entières, s’entretenant nonchalamment des bavardagescaquets du village, ou racontant d’interminables histoires endormantesdisant, d’interminables et soporifiques histoires à propos de rien. Mais un homme d’État n’aurait pas regretté l’argent dépenséperdu son argent s’il avait entendu les profondes discussions qui éclataient parfois ! Il suffisait qu’un vieux journal laissé par un voyageur de passage leur tombesurvenaient parfois, quand par hasard un vieux journal laissé par un voyageur de passage leur tombait entre les mains. Avec quelle solennité ils en écoutaient le contenu, lu d’une voix traînante parque laissait tomber d’une voix traînante Derrick Van Bummel, le maître d’école, petit homme vif et savantpétulant et érudit petit homme que le mot le plus redoutableformidable du dictionnaire n’était pas capable d’intimider ! Avec quelle sagesse ils discutaientdélibéraient sur les événements publics quelques mois seulement après qu’ils s’étaient passés !
Les opinions de cette assemblée étaient entièrement guidéesdirigées par Nicolas Vedder, un patriarche du village, et propriétairele propriétaire de l’auberge, à la porte de laquelle il faisait la sieste du matin jusqu’au soir. Il bougeaitsoir, prenant tout juste assez assez de mouvement pour éviter le soleil et rester dans l’ombre d’un arbre aux larges branches. Les voisins pouvaient donc, d’après ses déplacements,branches, de sorte que les voisins pouvaient, d’après ses évolutions, dire l’heure avec autant de précision que d’après un cadran solaire. Il est vrai qu’on l’entendait rarement parler, mais il fumait sans arrêtincessamment sa pipe. Ses partisans, cependant (car tout grand homme a ses partisans),adhérents, cependant (car tout grand homme a ses adhérents), le comprenaient parfaitement et savaient comment devinerrecueillir son opinion. Quand une chose lue ou racontée devant lui lui déplaisait, on remarquait qu’il fumait sa pipe avec force : les bouffées de fuméevéhémence ; que les bouffées de tabac sortaient courtes, fréquentes, irritées. Quand il était satisfait, il aspiraitÉtait-il satisfait, il attirait la fumée doucement, tranquillement, et la chassait en nuages légers et gracieux ; quelquefois même, retirant la pipe de sa bouche et laissant la vapeur parfumée onduler autour de son nez, il inclinait gravement la tête en signe de complet accordassentiment.
Mais, hélas ! le malheureuxl’infortuné Rip fut à la fin chassédélogé de cette redoutable position par sa querelleuse moitié, qui, faisant soudaintout à coup irruption, rompait la tranquillité de l’assemblée et en traitait les membres de bons à rien. Cet auguste personnage, Nicolas Vedder lui-même, n’était pas à l’abri des attaquesatteintes de la langue entreprenante de cette terrible femmeviragoExplication : Le mot virago est une désignation dépréciative d’une femme. Le mode modernisé conserve sa colère et ses attaques sans reprendre cette étiquette offensante, pour une lecture moins blessante pour les enfants., qui l’accusait, sans détourtout net, d’encourager son mari dans ses habitudes de fainéantise.
Le pauvre Rip finit par se trouver presque réduit au désespoir ; et sa seule ressource, pour échapper aux travaux de ses terres et aux crislabeurs de la plantation et aux clameurs de sa femme, était de prendre en main un fusil et de s’enfoncer dans les bois. Là, il s’asseyait parfois au pied d’un arbre, et partageait le contenu de son sac à provisionsbissac avec Wolf. Entre eux régnait la sympathie : c’était un compagnon de souffrance et de persécution. « Pauvre Wolf, » disait-il, « ta maîtresse te fait mener une vie de chien ; mais ne fais pas attention, mon garçon : tant que je vivrai, tu n’auras pas besoin de chercher unvivrai tu n’auras pas besoin d’un ami pour te soutenir ; » et Wolf remuait légèrement la queue, regardait fixement son maître en face, et si les chiens peuvent éprouver de lasont susceptibles de pitié, je crois fermement qu’il le plaignait aussi du plus profond de son cœur.
Notes de bas de page
1. Le lépisme, un petit insecte.lépisme.Explication : La note du traducteur identifie le petit insecte évoqué par la comparaison avec un ver rongeur de livres. Le nom lépisme et cette comparaison sont conservés.
2. Le mercredi anglais.