Le Jardin du paradis
Un prince possède beaucoup de livres, mais aucun ne lui dit où se trouve le jardin du Paradis. Il rêve de découvrir ce lieu merveilleux dont sa grand-mère lui parlait. Un jour d’orage, il trouve refuge dans une grotte où les quatre vents rendent visite à leur mère. Cette rencontre ouvre la voie à un étrange voyage. Dans ce conte d’Andersen, atteindre le paradis ne suffit pas : il faudra aussi savoir y vivre.
Deux Arabesques, CD 74 — no 2
Il était une foisétait un fils de roi qui avait beaucoup de livres. Personne, personne n’en avait autant, ni de si beaux ; tout ce qui était arrivé en ce monde, il pouvait l’y apprendre et le voir représenté dans de superbes images. Il pouvait se renseigner sur tous les peuples et tous les pays. Mais pas un mot ne disait où se trouvait le jardin du Paradis, et c’était justement ce qui l’intéressaits’informer de tout peuple et de tout pays, mais où se trouvait le jardin du Paradis, il n’y avait pas un mot là-dessus ; et c’est justement à quoi il pensait le plus.
Sa grand-mèregrand’mère lui avait raconté, lorsqu’il était encore tout petit, juste avant son entréemais allait entrer à l’école, que dans le jardin du Paradis chaque fleur était un délicieux gâteau, le pollen un vin merveilleux; une fleur contenait l’histoire, une autresur l’une était l’histoire, sur l’autre la géographie ou des tableaux ; on n’avait qu’à manger des gâteaux, et l’on savait sa leçon ; plus on en mangeait, plus on était bourré d’histoire, de géographie et de tables de multiplication.
Il croyait cela dans ce temps-là ; mais en grandissant, il apprit davantage et réfléchit mieux. Ilà mesure qu’il grandit, il apprit davantage et il eut beaucoup plus de jugement, et il comprit que la splendeur du Paradis devait être tout à fait différented’une tout autre sorte.
« Oh, pourquoi Ève a-t-elle cueilli un fruit cueilli sur l’arbre de la connaissance, pourquoi Adam a-t-il mangé du fruit défendu! Si j’avais été à leur placeç’avait été moi, jamais ce ne serait arrivé, jamais le péché ne serait entré dans le monde ! » Il disait cela autrefois, et il le disait encore lorsqu’il eut dix-sept ans. Le jardin du Paradis remplissait sa pensée. Un jour, il s’en alla dans la forêt; il marchait seul, car c’était son plus grand plaisir. Le soir tomba et les nuages s’accumulèrent. La pluie se mit à tomber comme si le ciel tout entier était une seule cascade. Il faisait aussi noir qu’au fond du puits le plus profond, en pleine nuit, les nuages s’accumulèrent, on eut une pluie telle que si le ciel tout entier n’avait été qu’une seule cataracte, il faisait noir comme cela ne peut être que la nuit dans le puits le plus profond. Tantôt le garçon glissait dans l’herbe mouillée, tantôt il butait contre les pierres nues qui dépassaient du solpointaient du fond rocheux. Tout était noyé, le pauvre prince n’avait plus un fil de sec. Il dut grimper sur de grands blocs de pierre où l’eau sortait de la mousse épaisse. Il n’en pouvait plus, lorsqu’il entendit un étrangesingulier bourdonnement, et il vit devant lui une grande grotte éclairée. Au milieu brûlait un feu où l’on pouvait rôtir un cerf, et il y en avait un, en effet ; le magnifique cerf, avec ses grands boisgrandes cornes, était percé d’une broche, et on le tournait lentement entre deux troncs de sapin coupés. Une femme assez âgée, de haute taille et vigoureuse, qui ressemblait à un homme déguisé en femmeavait l’aspect d’un homme en travesti, était assise près du feu, et y jetait les morceaux de bois l’un après l’autre. — Approche donc, dit-elle, assieds-toi près du feu, il va sécher tes vêtements.
— Il y a un vilain courant d’air ici, dit le prince en s'asseyant par terre.
— Ce sera encore pirepis quand mes fils rentreront, répondit la femme. Tu es ici dans la grotte des vents, mes fils sont les quatre vents du monde. Peux-tu comprendre ça?
— Où sont tes fils ? demanda le prince.
— Peuh, ce n’est pas facile de répondre à de sottes questions, dit la femme. Mes fils sont leurs propres maîtres, ils jouent à la balle avec les nuages, là-haut, dans la grande salle, — et du doigt elle désignait le ciel.
— Ah, bien, dit le prince. Mais vous parlez un peu rudementavez le parler un peu rude, et n’avez pas la douceur des femmes que je vois d’habitude autour de moi.
— Bon, c’est sans doute qu’elles n’ont rien d’autre à d’autre faire. Il faut que je sois rude, si je veux tenir mes fils en respect, mais j’y parviens, même s’ils ne se laissent pas facilement fairebien qu’ils n’aient pas l’échine souple. Vois-tu les quatre sacs qui sont accrochés au mur; ils en ont peur autant que tu avais peur des baguettes à fouetter rangéesas craint les verges qui étaient derrière le miroir. Je sais faire plier ces garçons, je te le disfléchir ces garçons, je te dirai, et alors ils entrent dans le sac; nous ne faisons pas de cérémoniesn’y mettons pas de façons, ils y restent, et n’en sortent pas pour aller vagabonder avant que je le juge bon. Mais en voici un qui arrive.
C’était le vent du Nord qui s’avançait avec un froid glacial, de gros grêlons sautaient sur le sol et des flocons de neige volaient autour de lui. Il portait un pantalon et une longue blouseSon vêtement se composait d’un pantalon et un sarrau en peau d’ours blanc; un capuchon en peau de phoque lui descendait jusque par-par dessus les oreilles; de longs glaçons lui pendaient à la barbe, et les grêlons glissaient un par un du col de sa longue blouseson sarrau.
— N’allez pas tout de suite devant le feu, dit le prince. Vous pourriez avoir le visagela figure et les mains gelés.
— Gelés ! dit le vent du Nord en riant très fort. Gelés! C’est justement mon plus grand plaisir. Mais quelle sorte de blanc-bec es-tu? Pourquoi viens-tu dans la caverne des vents?
— Il est mon hôte, dit la vieille, et si tu n’es pas content de cette explication, tu peux aller dans le sac. Tu sais ce que j’en pense, maintenant.
Cela suffit, et le vent du Nord raconta d’où il venait, et où il avait été depuis presque un mois.
— J’arrive de la mer polaire, dit-il ; j’ai été à Beeren Eiland avec les chasseurspêcheurs de baleines russes. Je me tenais à la barre du bateaubarre et j’y dormais lorsqu’ils sont partis du cap Nord; lorsque parfois je me réveillais à demi, le pétrel volait autour de mes jambes; c’est un drôle d’oiseau, il bat des ailes très vite, puis il les laisse étendues sans mouvement, et conserve une bonne vitesse.
— Ne bavarde pas tant, dit la mère des vents. Et alors tu es arrivé à Beeren Eiland?
— C’est superbe :, c’est un vrai parquet pour danser, plat comme une assiette ! Il y avaitassiette, de la neige fondante avec de la mousse, des rochers aux arêtes coupantes et des squelettes de baleines et d’ours blancs. Ils ressemblaient à des bras et des jambes de colosses, couverts de étaient là, ils avaient l’air de bras et jambes de colosses, avec de la moisissure verte. On aurait cru que le soleil ne les avait jamais éclairésn’avait jamais lui sur eux. J’ai soufflé un peu sur la brume, pour qu’on puisseafin que l’on pût voir la masure. C’était une maison construite avec des débris d’épave et couverte avec de la peau de baleine ; la face intérieure de la peau était tournée vers l’extérieurdehors, elle était pleine de rouge et de vert ; sur le toit était assis un ours blanc vivant qui grommelait. Je suis allé surà la côte, j’ai regardé les nids d’oiseaux, et les petits, nus, qui criaient et ouvraient le bec ; alors j’ai soufflé dans ces mille gorges, pour leur apprendre à se taire. Plus bas s’ébattaient les baleines comme des boyaux vivants ou des vers colossaux qui auraient eu des têtes de cochon et des dents longues d’environ un mètred’une aune.
— Tu racontes bien, mon garçon, j’en ai l’eau à la bouche en t’écoutantl’eau m’en vient à la bouche à t’écouter.
— Puis j’ai été à la pêche. Le harpon s’enfonça dans la poitrine de la baleine, si bien que le sang fumant jaillit sur la glace comme un jet d’eaufut piqué dans la poitrine de la baleine, en sorte que le sang fumant jaillissait comme jet d’eau sur la glace. Alors je pensai à mon jeu. Je soufflai et envoyai mes navires, ces blocs de glace hauts comme des montagnes, encercler, je soufflai, envoyant mes navires, les fjelds de glace hauts comme des montagnes, serrer de près les bateaux ; pfuh ! ce que les gens ont crié et sifflé ! mais j’ai sifflé plus fort. Ils ont dû déballer sur la glace les carcasses de baleines, des caisses, des cordages; j’ai secoué sur eux des flocons de neige, et j’ai fait dériver les bateaux pris dans la glace,glace. avec leur pêche, vers le sud, pour leur fairey goûter l’eau salée. Ils ne reviendront jamais à Beeren Eiland.
— En cela tu as mal fait, dit la mère des vents.
Ce que j’ai fait de bien, les autres peuvent le raconter, dit-il. Mais voilà mon frère de l’Ouest, c’est celui que je préfère entre tous, il sent la mer, et il vous apporte un bienheureux froid.
— Est-ce le petit Zéphir? demanda le prince.
— Bien sûr, c’est Zéphir, dit la vieille, mais il n’est pas si petit que ça. Autrefois il était un joli gamin. Mais ce temps-là est passé.
Il avait l’air d’un homme sauvage, mais portait un bandeau rembourré autour de la tête pour ne pas se blesser sauvage, mais portait un bourrelet sur la tête, pour ne pas attraper de mal. Il tenait à la main une massue d’acajou, taillée dans les forêts américaines d’acajou. Il ne pouvait pas faire moinsmoins faire.
— D’où viens-tu? demanda sa mère.
— Des forêts désertesdésertiques, dit-il, où les lianes épineuses forment une barrière entre chaque arbre, où le serpent aquatique se tient dans l’herbe mouillée, où les hommes semblent de tropparaissent superflus.
— Que faisais-tu là ?
— Je regardais le fleuve profond se précipiter du haut du rocher. Il devenait une poussière d’eau qui s’envolait, je le voyais se précipiter du haut du rocher, devenir poussière et voler vers les nuages pour porter l’arc-en-ciel. J’ai vu le buffle sauvage nager dans le fleuve, mais le courant l’a emporté. Il dérivait avec une troupe, il dérivait avec le troupeau de canards sauvages, qui se sont envolés au bord de la chute. Le buffle, lui, a dû tomber. Cela me plaisait :à l’endroit de la chute ; le buffle a dû tomber, cela me plaisait et j’ai soufflé un orage, si bien que des arbres antiques ont été emportés par le courant etsuivi le fil de l’eau et ont été réduits en copeaux.
— Et c’est tout ce que tu as fait ? demanda la vieille.
— J’ai fait des culbutes dans les savanes, caressé les chevaux sauvages et secoué les noix de coco. Oui, j’en ai à raconter, des histoires ! Mais on ne doit pas dire tout ce qu’on sait. Tu le sais bien, vieille !
Et il donna un baiser à sa mère, qui fut près de tomber à la renverse. C’était vraiment un garçon fougueux.
Arrive le vent du Sud avec un turban et un manteau bédouin flottant.
— Il fait diablementdiantrement froid ici, dit-il en jetant du bois sur le feu, on s’aperçoit que le vent du Nord est venu le premier.
— Il fait si chaud qu’on pourrait rôtir un ours blanc, dit le vent du Nord.
— Tu es un ours blanc toi-même ! répondit le vent du Sud.
— Voulez-vous aller dans le sac? demanda la vieille. Assieds-toi sur cette pierre, et raconte où tu as été.
— En Afrique, mère, répondit-il. J’ai été à la chasse au lion avec les KhoïkhoïHottentots dans la région alors appeléeen Cafrerie. Quelle herbe∅ il pousse dans la plaine, verte comme l’olive ! Là, le gnou dansait et l’autruche faisait la course avec moi, mais j’ai tout de même des jambes plus rapides. J’ai été au désert de sable jaune; il ressemble aul’aspect est celui du fond de la mer. J’ai rencontré une caravane; les gens abattirent leur dernier chameau pour avoir de l’eau à boire, mais ils en eurent très peun’en eurent guère. Le soleil brûlaitardait en haut, et le sable cuisait en bas. Le désert s’étendait sans limites. Alors je me suis amuséj’ai pris mes ébats dans le sable fin et l’ai fait tourbillonner en hautes colonnes, ah, quellequ’elle danse ! Si seulement tu avaisJe voudrais que tu aies vu l’air découragé du dromadaire. Le marchand tira son caftan par-dessus sa tête, il se jeta par terre devant moi comme devant Allah, son Dieu. Maintenant, ils sont enterrés. Une ils sont enterrés, une pyramide de sable s’élève au-dessus d’eux tous. Plus tard, mon souffle l’emportera ailleurs, et le soleil blanchira leurs os. Le voyageur pourra alors voir que des hommes sont passés là, ce qu’on a du mal; quand mon souffle, plus tard, l’aura emportée ailleurs, et que le soleil aura blanchi leurs os, le voyageur pourra voir qu’il y a eu là des hommes, ce que l’on a peine à croire dans le désert.
— Tu n’as donc fait que du mal ! dit la mère. Va dans le sac !
Et en un clin d’œil elle saisit le vent du Sud et le mit dans le sac, et le vent du Sud s’agita çà et là sur le sol, mais elle s’assit dessus et il dut alors se tenir tranquille.
— Ce sont des garçons vifs que vous avez là, dit le prince.
— Oui certes, répondit-elle, et je sais les maîtriser. Voici le quatrième.
C’était le vent d’Est, il était habillé en Chinois.
— Ah, c’est de là que tu viens, dit la mère. Je croyais que tu avais été au jardin du Paradis.
— Je n’y volerai que demain, dit le vent d’Est, demain, cela fera cent ans que je n’y suis pas alléil y aura demain cent ans que je n’y ai été. J’arrive de Chine, où j’ai dansé autour de la tour de porcelaine, et en ai fait sonner toutes les cloches. Les hauts fonctionnairesmandarins ont reçu des volées de coups; on leur a cassé des bambous sur leurs épaules, et ils appartenaient à tous les rangs, du premier au neuvièmec’étaient des gens du premier au neuvième degré ; ils criaient : « Un grand merci, mon bienfaiteur qui veille sur moi comme un pèreGrand merci, mon paternel bienfaiteur ! » mais ils n’en pensaient pas un mot; et j’ai sonné les cloches et chanté : tsing, tsang, tsu !
— Ça t’amuse, dit la vieille. Il est bon que tu ailles demain au jardin du Paradis, cela t’apprendra un peu à mieux te conduirecontribuera un peu à ton éducation, bois bien à la source de la sagesse, et ne manque pas de m’en rapporter une bouteille pleine.
— C’est entendu, dit le vent d’Est. Mais pourquoi as-tu fourré dans le sac mon frère du Sud ? Qu’il en sorte ! Il me parlera de l’oiseau Phénix; la princesse, au jardin du Paradis, veut toujours en avoir des nouvelles, quand je lui rends visite tous les cent ans. Ouvre le sac, tu seras tout à fait aimable, et je t’offrirai deux poches pleines de thé vert excellent que j’ai cueilli sur place.
— Allons, pour ce thé-là, et parce que tu es mon favori, je vais ouvrir le sac.
Elle le fit, et le vent du Sud rampa pour en sortir, mais il avait l’air honteuxl’oreille basse parce que le prince étranger l’avait vu.
— Voilà une feuille de palmier pour la princesse, dit le vent du Sud ; le vieil oiseau Phénix, unique au monde, me l’a donnée ; avec son bec il y a gravé toute l’histoire de sa vie, les centaines d’années qu’il a vécues; la princesse pourra tout apprendre elle-même en la lisants’en instruire elle-même. J’ai vu l’oiseau Phénix mettre lui-même le feu à son nid et brûler comme une veuve hindoue sur le bûcher de son marila femme d’un Hindou. Oh, comme les branches sèches craquaient, et quel parfum répandait la fumée ! Enfin, tout fut en flammes. Le, le vieil oiseau Phénix n’était plus que cendre, mais son œuf d’un rouge ardent était dans le feu. L’œuf s’entrouvrit avec un grand craquement, et le petit s’est envolé. Il, qui s’entr’ouvrit avec un fort craquement, et le petit s’est envolé, il est aujourd’hui le maître de tous les oiseaux et l’unique oiseau Phénix au monde. Il a piqué un trou dans la feuille du palmier, c’est son salut à la princesse.
— Mangeons un morceau maintenant, dit la mère des vents.
Et ils s’assirent tous pour manger du cerf rôti, et le prince s’assit à côté du vent d’Est, et ils devinrent bientôt bons amis.
— Écoutez, dit le prince, qui est donc cette princesse dont il est tant question, et où se trouve le jardin du Paradis ?
— Oho, dit le vent d’Est, si tu veux y aller, tu n’as qu’à t’envoler demain avec moi; mais je dois te dire qu’aucun être humain n’y a été depuis le temps d’Adam et d’Ève. Tu les connais bien par ta Bible !
— Bien sûr, dit le prince.
— Lorsqu’ils eurent été chassés, le jardin du Paradis s’enfonça dans la terre, mais conserva sa chaude lumière solaire, la légèreté de son air et toute sa splendeur. La reine des fées y habite ; c’est là que se trouve l’île de la Félicité, où la mort ne vient jamais, où il est délicieux de vivre. Mets-toi sur mon dos demain, je t’y emmènerai ; je crois que ça peut se faire ; mais plus de bavardage maintenant, car je vais dormir.
Et ils s’endormirent tous.
Le lendemain de bonne heure, le prince, en se réveillant, fut quelque peu ébahi de se voir déjà haut au-dessus des nuages. Il était sur le dos du vent d’Est qui le tenait assez solidement ; ils étaient si haut en l’air que les forêts et les champs, les fleuves et les lacs apparaissaient comme sur une grande carte éclairée.
— Bonjour, dit le vent d’Est. Tu aurais bien pu dormir encore un peu, car il n’y a pas grand-chosegrand’chose à voir sur le pays plat qui est au-dessous de nous. ÀA moins que tu aies envie de compter les églises ; elles sont comme des points marqués à la craie sur le tableau vert. — Ce sont les champs et les prés qu’il appelait le tableau vert.
— Ce n’est pas poli de ma part, dit le prince, de n’avoir pas dit adieu à ta mère et à tes frères.
— Quand on dort, on est excusé, dit le vent d’Est.
Et ils volèrent encore plus vite. On l’entendait à la cime des arbres : quand ils survolaient les; on pouvait l’entendre par les cimes des arbres, quand ils volaient au-dessus des forêts, les branches et les feuilles bruissaient. On l’entendait aussi sur la mer et les lacs. Les vagues montaient plus haut à leur passage ; on pouvait l’entendre sur la mer et les lacs, les vagues roulaient plus hautes où ils passaient, et les grands vaisseaux s’inclinaient profondément dans l’eau, comme des cygnes qui nagent.
Vers le soir, lorsqu’il fit nuit, les grandes villes furent amusantes à voir; les lumières y brillaient tantôt ici, tantôt là ; c’était tout à fait comme lorsqu’on a brûlé un morceau de papier, et que l’on regarde fuser les vives étincelles comme des enfants à la sortie de l’école. Et le prince battit des mains, mais le vent d’Est lui dit de ne pas faire cela, et de bien se cramponner, plutôt, sans quoi il pourrait tomber, et rester accroché à un clocher d’église.
L’aigle, dans les forêts sombres, volait avec légèreté, mais le vent d’Est était plus léger encore. Le Cosaque sur son petit cheval courait vite dans lale steppe, mais le prince courait plus vite encore.
— Maintenant tu peux voir l’Himalaya, dit le vent d’Est ; c’est la plus haute montagne d’Asie ; nous arriverons bientôt au jardin du Paradis.
Ils tournèrent plus au sud, et ils sentirent des parfums d’épices et de fleurs. Les figuiers et les grenadiers poussaient à l’état sauvage, et les pieds de vigneceps sauvages portaient des raisins blancs et noirs. C’est là qu’ils atterrirent tous deux, ils s’étendirent dans l’herbe tendre, où les fleurs s’inclinèrent devant le vent, comme pour dire : Bon retour !
— Sommes-nous maintenant dans le jardin du Paradis ? demanda le prince.
— Non, certes, dit le vent d’Est. Mais nous allons y arriver. Vois-tu ce mur de roc, là-bas, et cette grande grotte où les rameaux de vignepampres pendent comme de grands stores verts? C’est là que nous entrerons. Enveloppe-toi dans ton manteau, le soleil brûle ici, mais un seul pas, et il fait un froid glacial. L’oiseau qui passe devant la grotte a une aile de ce côté, dans la chaleur de l’été, et l’autre dans le froid de l’hiverpar ici dans l’été chaud, et l’autre dans le froid hiver.
— Alors, c’est là le chemin qui mène au jardin du Paradis? demanda le prince.
Et ils entrèrent dans la grotte ; aïe, quel froid glacial ! mais cela ne dura pas longtemps. Le vent de l’Est étendit ses ailes, et elles luirent comme un feu clair; ohnon, quelles grottes ! Les grands blocs de rochers, d’où l’eau tombait goutte à goutte, étaient suspendus au-dessus d’eux et avaient les formes les plus étranges ; tantôt le chemin se rétrécissait, et ils devaient ramper à quatre pattes, tantôt il était large et haut comme en plein air. On aurait dit des chapelles funérairesmortuaires avec des tuyaux d’orgue muets et des drapeaux pétrifiés.
— C’est par un chemin de mort que nous allons au jardin du Paradis, dit le prince.
Mais le vent d’Est ne répondit pas un mot, il montra du doigt une lueur d’un bleu délicieux qui s’avançait vers eux; les blocs de rochers au-dessus d’eux devinrent peu à peu une brume, qui finit par être claire comme un nuage blanc par une nuit de lune. Ils étaient dans un air léger, aussi pur que sur les montagnes, et embaumé comme par les roses des vallées.
Un fleuve coulait, aussi limpide que l’air lui-même, et les poissons semblaient faits d’argent et d’or. Des anguilles rouge pourpre jouaient dans l’eau etétaient comme de l’argent et de l’or; des anguilles rouge pourpre, qui émettaient des étincelles bleues à chaque mouvement. Les, jouaient dans l’eau, et les larges feuilles des nénuphars avaient les couleurs de l’arc-en-ciel. Leur fleur était une flamme jaune rougeâtre, entretenue par l’eau comme la flamme d’une lampe l’est par l’huile. Un solide pont de marbre, la fleur elle-même était une flamme d’un jaune rougeâtre, entretenue par l’eau, de même que l’huile entretient constamment l’éclairage de la lampe ; un solide pont de marbre, mais si finement sculpté qu’on l’aurait dit fait de dentelles et de perles de verre, conduisait à l’île de la Félicité, où fleurissait le jardin du Paradis. Il était si finement sculpté qu’on l’aurait cru fait de dentelles et de perles de verre..
Le vent d’Est prit le prince dans ses bras et l’y porta. Les fleurs et les feuilles chantaient les plus belles chansons de son enfance, mais avec un charme merveilleux, qu’aucune voix humaine ne peut leur donnertel qu’aucune voix humaine ne peut les chanter ici.
Était-ce des palmiers ou d’énormes plantes aquatiques qui poussaient là? Le prince n’avait jamais vu d’arbres aussi magnifiques et aussi grands. Les plus étranges plantes grimpantes pendaient en longues guirlandes. On n’en voit de pareilles que dans les dessins dorés et colorés des vieux livres saints, dans leurs marges ou mêlés aux grandes lettres qui commencent le texteEn longues guirlandes étaient suspendues les plus étranges plantes grimpantes, telles qu’elles ne se trouvent représentées, avec de l’or et des couleurs, que dans les marges des vieux livres saints, ou entrelacées avec les lettres initiales. On voyait les plus bizarres assemblages de fleurs, d’oiseaux et de guirlandesfestons. Dans l’herbe, tout prèsauprès, un troupeau de paons étalait des queues resplendissantes. Oui, c’était vrai; mais non, lorsque le prince vint les toucher, il s’aperçut que ce n’étaient pas des animaux, mais des plantes; c’étaient de grandes plantes appelées les grandes patiences qui rayonnaient là comme les queues admirables des paons. Le lion et le tigre bondissaient, souples comme des chats parmi les buissons verts, qui avaient une odeur de fleur d’olivier, et lion et tigre étaient doux; la colombe des bois, brillante comme la plus belle perle, soulevait du battement de ses ailes la crinière du lion, et l’antilope, si timide ailleurs, balançait doucementdodelinait de la tête, comme si elle avait voulu prendre part au jeu.
Et la fée du Paradis arriva; ses vêtements avaient l’éclat du soleil, et son visage était doux comme celui d’une mère heureuse qui est vraiment ravie de son enfant. Elle était jeune et belle, et de charmantes filles l’accompagnaient, toutes avec une étoile dans les cheveux.
Le vent d’Est lui donna la feuille écrite par l’oiseau Phénix, et les yeux de la fée rayonnèrent de joie ; elle prit le prince par la main, et le conduisit à son château, dont les murs avaient les couleurs des plus magnifiques tulipes, bien exposées au soleil; le plafond lui-même était une seule fleur brillante, et plus on la regardait, plus le calice en paraissait profond. Le prince s’avança vers la fenêtre et regarda par l’une des vitres ; il vit l’arbre de la connaissancescience avec le serpent, et Adam et Ève étaient à côté.
— Est-ce qu’ils ne sont pas chassés? demanda-t-il.
La fée sourit et lui expliqua que chaque vitre représentait une époque. Mais ces images ne ressemblaient pas à celles qu’on voit d’habitude : elles étaient vivantes. Les, et lui expliqua que sur chaque vitre une époque avait ainsi tracé son image, mais non pas comme on avait l’habitude de le voir, non, l’image était vivante, les feuilles des arbres bougeaient, les gens allaient et venaient, comme dans le reflet d’unl’image reflétée par un miroir. Il regarda par une autre vitreEt il regarda par une autre, et il y avait là le rêve de Jacob, où l’échelle s’élevait jusqu’au ciel, et les anges, avec de grandes ailes, montaient et descendaient. Tout ce qui s’était passé dans le monde était vivant et s’agitait dans les vitres ; le temps seul pouvait effacer des peintures aussi subtiles. La fée sourit et le conduisit dans une vaste et haute salle dont les murs semblaient des peintures transparentes, avec des visages plus charmants les uns que les autres. C’étaient, c’étaient des millions de bienheureux qui souriaient et chantaient. Leurs, et leurs chants s’unissaient en une mélodie ; ceux qui étaient le plus haut étaient si petits qu’ils semblaient moins grands que le plus petit bouton de rose, que l’on dessine comme un point sur le papier. Et au milieu de la salle se dressait un grand arbre aux branches tombantes et luxuriantes ; des pommes d’or, grosses et petites, pendaient comme des oranges entre les feuilles vertes. C’était l’arbre de la connaissancescience, dont Adam et Ève avaient mangé le fruit. De chaque feuille tombait une goutte de rosée rouge brillante; on aurait dit que l’arbre pleurait des larmes de sang.
— Montons en bateau maintenant, dit la fée, nous y prendrons des rafraîchissements sur l’eau qui se balance; le bateau est ballotté, sans pourtant changer de place, mais tous les pays du monde passeront sous nos yeux.
Et ce fut curieux de voir comme la rive se déplaçait. Voici les hautes Alpes couvertes de neige, avec des nuages et de noirs sapins. Le cor sonne tristement et les bergers chantent joliment en passant des notes graves aux notes aiguësioulent joliment dans la vallée. Puis, voici les bananiers qui penchent sur le bateau leurs longues branches pendantes, des cygnes noirs nagent sur l’eau, et les animaux et les fleurs les plus étranges se montrent sur la berge; c’est l’Australie, alors appelée Nouvelle-Hollande, cettela Nouvelle-Hollande, la cinquième partie du monde, qui passe, avec la vue lointaine des montagnes bleues. On entend le chant des prêtres et l’on voit les danses des peuples autochtonessauvages au son de tambours et de trompes en os. Les pyramides d’Égypte, qui atteignent les nuages, des colonnes renversées et des sphinx défilent. Les aurores boréales flamboient au-dessus des glaciers du Nord, c’est un feu d’artifice inimitable. Le prince fut enchanté, il avait vu cent fois plus que nous ne pouvons le raconter. — Et je pourrai toujours rester ici? demanda-t-il. — Cela dépend de toi, répondit la fée. Si tu ne te laisses pas tenter, comme Adam, et ne fais pas ce qui est défendu, tu peux toujours rester ici. — Je ne toucherai pas aux pommes de l’arbre de la connaissancescience, dit-il. Je vois ici mille fruits qui sont aussi beaux.
— Réfléchis à tes propres forcesExamine-toi, et si tu ne te sens pas assez fort, va-t’en avec le vent d’Est qui t’a amenéporté; il va s’envoler et ne reviendra que dans cent ans ; ici,en ce lieu ce sera pour toi comme cent heures, mais c’est là un temps bien long pour la tentation et le péché. Tous les soirs en te quittant, il faut que je t’appelle : Viens avec moi ! Et il faut que je te fasse signe de la main. Mais reste. Ne m’accompagne pas, car à chaque pas ton désir grandira : tu viendras dans la salle où pousse l’arbre de la connaissancescience ; je dors sous ses branches embaumées qui pendent. Tu te pencheras sur moi, et je devrai sourire, tu te pencheras sur moi et il faut que je sourie. Mais si tu m’embrasses sur laprends un baiser sur ma bouche, le Paradis s’enfoncera profondément dans la terre et sera perdu pour toi. Le souffle rude du vent du désert te saisira. Une pluie froide tombera goutte à goutte de tes cheveux. Tu ne connaîtras queTu seras pris par l’âpre souffle du vent du désert, de tes cheveux tombera goutte à goutte une pluie froide. Ton sort sera tourments et misère.
— Je reste ici ! dit le prince.
Et le vent d’Est l’embrassale baisa sur le front, et dit :
— Sois fort, et nous nous retrouverons ici dans cent ans ! Adieu, adieu !
Et le vent d’Est étendit ses larges ailes, qui brillèrent comme le champ de blé en automne ou l’aurore boréale en hiver. — Adieu, adieu ! dirent les fleurs et les arbres. Des cigognes et des pélicans volèrent en rangéespar rangs, comme des rubans qui voltigent, pour l’accompagner jusqu’aux limites du jardin.
— Maintenant, nos danses commencent, dit la fée. À la fin, quand je danserai avec toi et que le soleil se couchera, tu me verras te faire signe et commencent nos danses, dit la fèe ; à la fin, où je danserai avec toi, tu me verras, au moment où le soleil se couchera, te faire signe, tu m’entendras t’appeler : Viens avec moi ! Mais n’en fais rien ! Pendant cent ans, je devrai recommencer chaque soir. Chaque fois que ce moment sera passé, tu seras devenu plus fort. À la fin, tu n’y penseras plus jamais. Ce soir sera la première fois : maintenant, il faut que chaque soir je recommence; chaque fois que ce moment sera passé tu auras acquis plus de force, à la fin tu n’y penseras jamais. Ce soir est la première fois; maintenant je t’ai averti !
Et la fée le conduisit dans une grande salle de lis transparents; dans chacun les filaments jaunes du pollen étaient une petite harpe d’or qui résonnait avec une harmonie de cordes et des sons de flûte. Les plus belles filles, souples et sveltes, habillées d’un tissu léger etde crêpe ondoyant qui laissait voir leurs membres charmants, voletaient en dansant. Elles chantaient combien il faisait bon vivre, qu’elles ne mourraient jamais et que le jardin du Paradis fleurirait et chantaient, disant comme il fait bon vivre, et qu’elles ne mourront jamais, et que le jardin du Paradis fleurira toujours.
Le soleil se coucha. Le ciel entier devint doréEt le soleil se coucha, le ciel entier fut d’or et donna aux lis la teinte de la plus délicieuse rose. Le prince but le, et le prince but du vin mousseux que les filles lui présentèrent et, et il éprouva une félicité qu’il n’avait jamais connuconnue ; il vit le fond de la salle s’ouvrir ; l’arbre de la connaissancescience resplendissait, et il en était ébloui ; il en sortait un chant exquis et doux, comme la voix de sa mère; il lui semblait qu’elle chantait : Mon enfant, mon enfant chéri !
Alors la fée lui fit signe et l’appela tendrement :
— Viens avec moi ! Viens avec moi !
Et il se précipita vers elle, oublia sa promesse, l’oublia dès le premierpremier, soir, et elle lui fit signe et sourit. Le parfum, la senteur capiteuse qui l’entourait, devint plus fort. Les harpes résonnèrent avec plus de charme encore, et les millions de têtes souriantes de la salle où poussait l’arbre de la connaissancescience semblèrent hocher la tête et chanter : Il faut tout connaître, l’homme est le maître de la terre ! Et ce n’étaient plus des larmes de sang qui tombaient des feuilles de l’arbre de la connaissancescience, c’étaient, lui semblait-il, des étoiles rouges étincelantes. Viens avec moi, viens avec moi ! disaient les voix vibrantesaccents palpitants, et à chaque pas les joues du prince devenaient plus brûlantes, et son sang circulait plus fort. — Il le faut ! pensait-il, ce n’est pas un péché, cela, ne peut pas en être un. Pourquoi ne pas suivre la joie et la beauté ! Je veux la voir dormir. Rien n’est, il n’y a rien de perdu, pourvu que je renonce à lui donner un baiser. Et ce baiser, je ne le lui donnerai pas : je suis fort, ma volonté est ferme , et cela, je ne le ferai pas, je suis fort, j’ai une ferme volonté !
Et la fée jeta sa robe éclatante, écarta les branches, et, l’instant d’après, fut cachée derrière elles.
« Je n’ai pas encore péché, se dit le prince, et d’ailleurs je ne le veux pas. » Et il se glissa entre les branches ; elle dormait déjà, charmante comme seule peut l’être la fée du Paradis ; elle souriait dans son rêve ; il se pencha sur elle et vit les larmes trembler entre ses cils.
— Est-ce que tu pleures poursur moi? murmura-t-il. Ne pleure pas, femme adorable ! Je comprends enfin le bonheur du Paradis. Il remplit mon sang et ma pensée. Dans mon corps terrestre, je sens la puissance d’un, mon sang et ma pensée en sont tout pénétrés, en mon corps terrestre je sens la puissance du chérubin et la vie éternelle. Même si la nuit éternelle m’attendQue ce soit pour moi la nuit éternelle, une minute comme celle-ci me suffit!
Et il embrassabaisa la larme sur l’œil de la fée, il toucha ses lèvres...
Alors retentit un coup de tonnerre profond, effrayant, tel que personne n’en avait entendu, et tout s’écroula : l’exquise fée, le Paradis en fleurs s’engloutirents’abîmèrent dans les profondeurs; le prince les vit s’enfoncer dans la nuit noire; cela brillait encore comme une petite étoile très lointaine. Il sentit dans ses membres un froid mortel, ferma les yeux, et resta longtemps comme mort.
La froide pluie tombait sur son visage, le vent mordantaigu soufflait sur sa tête, puis il reprit ses esprits. Qu’ai-je fait, soupira-t-il, j’ai péché comme Adam, j’ai péché, et le Paradis est rentré sous terre ! Et il ouvrit les yeux, il vit encore l’étoile lointaine, l’étoile qui scintillait comme le Paradis disparu, — c’était l’étoile du matin dans le ciel.
Il se leva. Il était dans la grande forêt près de la grotte des vents, et la mère des vents était assise à côté de lui ; elle avait l’air en colère et levait les bras.
— Dès le premier soir ! dit-elle. Je m’en doutais. Si tu étais mon garçon, tu irais dans le sac.
— Il va y aller, dit la Mort. — C’était un vieillard vigoureux qui tenait une faux à la main, et avait de grandes ailes noires. — Il sera déposé dans le cercueil, mais pas maintenant; je me contente d’inscrire son nom. Qu’il vive encore un moment sur la terre, qu’il rachète son péché et qu’il devienne meilleur. Jede le noter, qu’il circule encore un moment sur la terre et qu’il expie son péché, qu’il devienne meilleur, et je viendrai un jour. Quand il s’y attendra le moins, je le mettrai dans le cercueil noir. Je le poserai sur ma tête et je m’envolerai vers l’étoile. Là aussi fleurit le jardin du Paradis. S’il est bon et pieux, il y entrera. Mais si ses pensées sont mauvaises, que je poserai sur ma tête, et je m’envolerai vers l’étoile; là aussi fleurit le jardin du Paradis, et s’il est bon et pieux, il y entrera, mais si sa pensée est mauvaise et son cœur encore plein de péché, lui et le cercueil s’enfonceront plus bas encore que le Paradis. Je ne reviendrai le chercher que tous les mille ans. Alors, soit il s’enfoncera plus profondément encore, soit il resteraque ne s’est enfoncé le Paradis, et je ne retournerai le chercher que tous les mille ans, pour qu’il s’enfonce plus profondément encore, ou bien qu’il reste dans l’étoile, l’étoile qui scintille là-haut haut!