Se connecter

Connectez-vous gratuitement à OpenClassics pour profiter de la fonction de marque-page automatique : les contes s’ouvrent au dernier passage lu.

Reprendre votre lecture ?

Une position de lecture est enregistrée pour ce texte.

Souhaits magiquesFarces et bêtises

Les Souhaits ridicules

Un pauvre bûcheron se plaint de n’avoir jamais de chance. À sa grande surprise, Jupiter lui apparaît et lui accorde trois souhaits. Avec sa femme, il pourrait enfin demander tout ce dont ils rêvent ! Mais il faut bien réfléchir avant de parler, surtout quand la faim et la colère s’en mêlent. Dans ce conte amusant en vers de Charles Perrault, une occasion merveilleuse tourne vite à la dispute, avec un boudin pour invité inattendu.

Papillons, op. 2 — no 10 : Valse en ut majeur — Vivo

Robert Schumann
Version du texte

Si vous étiez moins raisonnable,
Je me garderais bien de venir vous conter
La folle et peu tendre galante fable
Que je m’en vais vous débiter.
Plus d’un mètre de boudin : telle est Une aune de boudin en fournit la matière.
Plus d’un mètre Une aune de boudin, ma chère !
Quelle pitié ! c’est une horreur,
S’écriait une prétentieuse,précieuse,
Qui toujours tendre et sérieuse
Ne veut entendre ouïr parler que d’affaires de cœur.
Mais vous qui, mieux que tous, savez charmer,qui mieux qu’âme qui vive
Simplement Savez charmer en racontant,
D’un ton si naturel sans rien forcer,Et dont l’expression est toujours si naïve,
Que l’on croit voir ce qu’on entend ;
Qui savez que c’est la manière
Dont une histoire est inventée,quelque chose est inventé,
Qui, bien plus que la matière,Qui beaucoup plus que la matière
De tout récit fait la beauté,
Vous aimerez ma fable et sa moralité ;
J’en ai, j’ose le dire, la certitude une assurance entière.

Il était une fois un pauvre bûcheronBûcheron
Qui, Qui las de sa pénible vie,
Avait, disait-il, grande envie
De dormir pour toujours s’aller reposer aux bords de l’Achéron :
Il disait, Représentant, dans sa douleur profonde,
Que depuis qu’il était au monde,
Le Ciel cruel n’avait jamais
Voulu exaucer remplir un seul de ses souhaits.
Un jour que, dans le bois, il se mit à se plaindre,
Devant lui, foudre en main, Jupiter apparut.À lui, la foudre en main, Jupiter s’apparut.
On aurait du mal à peine à bien dépeindre
La peur que le bonhomme en eut.
— Je ne veux rien, dit-il, en se jetant par terre,
Pas de souhaits, pas de tonnerre,Point de souhaits, point de Tonnerre,
Seigneur, nous ne nous devons rien.demeurons but à but.
— Cesse d’avoir la moindre aucune crainte ;
Je viens, dit Jupiter, touché par de ta complainte,
Te montrer tout faire voir le tort que tu me fais.
Écoute donc. Je te promets,
Moi qui du monde entier suis le souverain maître,
D’exaucer pleinement les trois premiers souhaits
Sur ce que tu voudras, quoi que cela Que tu voudras former sur quoi que ce puisse être.
Vois ce qui peut te rendre heureux,
Vois ce qui peut te satisfaire ;
Et comme ton bonheur dépend de tes seuls tout de tes vœux,
Penses-y bien avant Songes-y bien avant que de les faire. »
À ces mots, mots Jupiter dans les cieux remonta,
Et le gai bûcheron serra son gros fagot,bûcheron, embrassant sa falourde,
Pour retourner chez lui sur son dos le la jeta.
Jamais il ne trouva si léger son fardeau.Cette charge jamais ne lui parut moins lourde.
Il ne faut donc, pas, disait-il en trottant,
Dans tout ceci, rien faire à la légère ;
Il faut, le cas est important,
Écouter ma femme, ma conseillère.En prendre avis de notre ménagère.
— Allons, Çà, dit-il, en entrant sous son toit de fougère,
Faisons, Fanchon, grand feu, bonne grand chère,
Nous sommes riches à jamais,
Et nous n’avons qu’à faire des souhaits. »
Là-dessus, toute l’affaire Là-dessus tout au long le fait il lui raconte.
À ce récit, l’épouse vive et prompte
Forma dans son esprit mille vastes projets ;
Mais considérant l’importance
De s’y conduire avec prudence :
— Blaise, mon cher ami, dit-elle à son époux,
Ne gâchons gâtons rien par notre impatience ;
Examinons bien entre nous
Ce qu’il faut faire en pareille circonstance occurrence ;
Remettons à demain notre premier souhait
Et laissons la nuit mûrir ce projet.consultons notre chevet.
— Je suis bien de cet avis, l’entends bien ainsi, dit le bonhomme Blaise ;
Mais va prendre tirer du vin derrière ces fagots.
À son retour il but, et goûtant à son aise
Près d’un grand feu la douceur du repos,
Il dit, en s’appuyant sur le dos de sa chaise :
— « Pendant que nous avons une si bonne braise,
Qu’un bon mètre de boudin Qu’une aune de Boudin viendrait bien à propos ! »
À peine acheva-t-il de prononcer ces mots,
Que sa femme aperçut, tout à fait grandement étonnée,
Un boudin très long qui, sortantBoudin fort long, qui partant
D’un des coins de la cheminée,
S’approchait d’elle en serpentant.

Illustration

Elle poussa fit un cri dans l’instant ;
Mais jugeant que cette aventure
Avait pour cause le souhait
Que par bêtise toute pure
Son mari homme imprudent avait fait,
Elle ne ménagea aucune injure,Il n’est point de pouille et d’injure
Dans son dépit et son courroux,Que de dépit et de courroux
Accablant ainsi son Elle ne dît au pauvre époux.
— Quand on peut, disait-elle, obtenir un empire,Empire,
De l’or, des perles, des rubis,
Des diamants, de beaux habits,
Est-ce alors du boudin qu’il faut que l’on désire ?
— Eh bien, j’ai tort, dit-il, j’ai mal placé mon choix,
J’ai commis une énorme maladresse,faute énorme,
Je ferai mieux une autre fois.
— Bon, bon, dit-elle, quelle belle promesse,attendez-moi sous l’orme,
Pour faire un tel souhait, il faut être un vrai bien bœuf !
L’époux plus d’une fois, emporté de colère,
Pensa faire tout bas le souhait d’être veuf,
Et peut-être, entre nous, n’aurait-il pu ne pouvait-il mieux faire :
Pour souffrir, disait-il, les hommes Les hommes, disait-il, pour souffrir sont bien nés !
Maudit soit le boudin et le Peste soit du boudin et du boudin encore ;
Que Dieu fasse, sotte que j’abhorre,Plût à Dieu, maudite pécore,
Qu’il te pende pendît au bout du nez ! »
La prière aussitôt par le du Ciel fut écoutée,
Et dès que le mari ces paroles la parole lâcha,
Au nez de l’épouse irritée
Le long L’aune de boudin s’attacha.
Ce prodige imprévu beaucoup grandement le fâcha.
Fanchon était jolie, elle avait de la bonne grâce,
Et pour dire franchement ce qu’il en était,sans fard la vérité du fait,
Cet ornement en cette place
Ne faisait pas un bel bon effet ;
Sauf Si ce n’est qu’en pendant sur le bas du visage,
Il l’empêchait de parler aisément,
Pour un époux, époux merveilleux avantage,
Et si grand qu’il pensa dans cet heureux moment
Ne souhaiter rien davantage.
Je pourrais bien, se disait-il, ma foi,disait-il à part soi,
Après un malheur si funeste,
Avec le souhait qui me reste,
En un seul coup Tout d’un plein saut me faire roi.
Rien n’égale, il est vrai, la grandeur souveraine ;
Mais encore faut-il pensersonger
À quoi ressemblerait Comment serait faite la reine,
Et dans quelle douleur ce serait la plonger
De la faire asseoir l’aller placer sur un trône
Avec un nez plus long qu’une aune.
Il faut l’écouter sur cela,
Et qu’elle décide, en seule maîtresse,qu’elle-même elle soit la maîtresse
De devenir une grande princesse
En conservant l’horrible nez qu’elle a,
Ou de rester demeurer bûcheronne
Avec un nez comme toute une autre personne,
Tel Et tel qu’elle l’avait avant ce malheur-là.
La question chose bien examinée,
Bien qu’elle sache d’un sceptre Quoiqu’elle sût d’un sceptre et la force et l’effet,
Et que, quand on est couronnée,
On a toujours le nez bien fait ;
Puisque devant l’envie de plaire, tout Comme au désir de plaire il n’est rien qui ne cède,
Elle aima mieux garder son bonnetbavolet
Que d’être reine et d’être laide.
Ainsi le bûcheron ne changea pas Bûcheron ne changea point d’état,
Ne devint pas un chef d’État,point grand Potentat,
Ne remplit pas d’argent D’écus ne remplit point sa bourse,
Trop heureux d’employer le souhait qui restait,
Faible bonheur, pauvre ressource,
À rendre à sa femme le nez qu’elle avait.remettre sa femme en l’état qu’elle était.
Il est donc vrai que les Bien est donc vrai qu’aux hommes misérables,
Aveugles, imprudents, inquiets, instables,variables,
Ne sont pas faits pour Pas n’appartient de faire des souhaits,
Et que peu d’entre eux sont capables
De bien employer les user dons que le Ciel leur a faits.

Quizz

Question 1 / 5

Qui a donné son nom à la planète Jupiter ?