Iara
Au bord d’un cours d’eau de l’Amazonie, un jeune homme rencontre une femme au chant fascinant. De retour chez lui, il raconte ce qu’il a vu à sa mère, qui reconnaît la mystérieuse Iara.
阅读提示: Ce conte évoque une créature inquiétante et le risque de disparaître dans les eaux.
奥德翁
C’était dans le campement indien de Manausde Manâos, devenu depuisdevenu aujourd’hui la superbe reine du Rio-Negro1.
Un jour, un jeune tapuyo2, fils d’un cheftuchaua3, s’en alla, dans une pirogueygara4, au petit cours d’eau qui baigne la pointe du Taruman5. C’était un beau garçon, le plus beau garçon de toute sa tribu. Homme vaillant et sans peur comme lui, on n’en avait jamais vu. Nul ne maniait plus habilementmaniait avec plus de dextérité que lui la sarbacane terrible, dont la flèche infaillible coupait au milieu de l’air le vol de l’aracuan6. Nul ne brandissait la massuebrandissait le tacape7, nul ne tendaitroidissait l’arc avec plus de courage. Dans les jeux qu’on donnait pour célébrer les fêtes, c’était toujours à lui que revenait la victoire, et les vieillards eux-mêmes se courbaient devant lui, pleins de respect. Il était l’orgueil de sa tribu, et le digne successeur du vieux cheftuchaua, qui tant de fois avait mis en déroute les farouches Mundurucus8.
Or, un jour, le jeune tapuyo s’en alla dans une pirogueygara au petit cours d’eau qui baigne la pointe du Taruman. C’était par une après-midi splendide, et le soleil, qui se couchait déjà derrière la colline couverte d’une épaisse forêt, reflétait ses derniers rayons sur les eaux de la jolie baie formée par le Rio-Negro. Le ciel était limpide et transparent, et à l’horizon les nuages formaient un ourlet rose et or. Et la piroguel’ygara du jeune tapuyo fendait, légère, les eaux agitées de la rivière. Et le visage du jeune tapuyo était triste comme le chant de l’hiumara.
Il revint fort tard de sa promenade, attacha le bateau au tronc d’une mamaurana et passa la nuit assis au seuil de sa cabane, pensif, taciturne, proférant de temps en temps des mots entrecoupés et sans suite.
Et la vieille tapuya, qui l’aimait avec la tendresse des enfants de la forêt, pleurait, elle aussi, en silence, en voyant la tristesse profonde qui assombrissait le visage de son fils.
— Écoute, mère, dit le jeune homme, écoute, car ce n’est qu’à toi que j’ose raconter les tristesses qui m’accablent... C’était une jeune fille si jolie, si jolie... comme je n’en ai pas encore vue parmi les filles des Manâos... La soirée était belle, et la piroguel’ygara voguait, légère, dans la direction de la pointe du Taruman... Tout à coup, j’ai entendu comme un chant lointain, comme une voix harmonieuse, qui se confondait avec le murmure de la brise entre les feuilles des palmiers. Et la piroguel’ygara fendait, légère, les eaux de la rivière, et les sons de cette voix me parvenaient de plus en plus distinctementles sons de la voix qui chantait arrivaient à mes oreilles plus distincts. Et puis, j’ai vu... Comme elle était belle, mère ! Comme elle était belle, la femmeComme était belle la femme qui s’y trouvait ! Elle était assise sur le bord de la rivière. Elle avait les cheveux blonds, comme s’ils étaient en or, attachés par des fleurs de mururé9, et elle chantait, elle chantait... comme je n’ai jamais entendu chanter... Puis, elle leva ses yeux verts sur moi, elle sourit un instant, me tendit ses bras, comme si elle avait voulu m’enlacerm’en enlacer, et disparut, en chantant, dans les eaux de l’igarapé, qui s’entrouvrirents’entr’ouvrirent pour la recevoir... Mère, comme elle était belle la femme que j’y ai vue !... Comme ils étaient délicieux les sons de sa voix qui chantait !
Des yeux de la vieille tapuya tombèrent deux larmes silencieuses, qui coulèrent sur son visage bronzé :
— Fils, murmura-t-elle, ne retourne plus à l’igarapé du Taruman. La femme que tu y as aperçue, fils, c’est Iarac’est la Yara !... Son sourire, c’est la mort... N’écoute pas sa voix pour ne pas céder à son charme.
Et le jeune tapuyo, assis sur le seuil de sa cabane, laissa pencher son front pensif.
Le lendemain, au coucher du soleil, la piroguel’ygara fendait, légère, les eaux du Taruman, emportant le jeune tapuyo, oubliant les conseils de sa mèreoublieux des conseils maternels.
Ce qui lui arriva après, nul ne le sait, car personne ne le revit plus.
Mais, quelques pêcheurs racontent qu’en passant par l’igarapé du Taruman dans la nuit, ils aperçoivent toujours, au loin, une figure de femme qui chante, ayant à côté d’elle une figure d’homme. Et lorsque quelqu’un, plus courageux, s’en approche, on voit les eaux de l’igarapé s’entrouvrirs’entr’ouvrir, et les deux figures s’y jeter ensemble !
Notes de bas de page
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1. Cette version est faite d’après M. le chanoine F. Bernardino de Souza.
2. Autochtone de l’Amazonie, qualifié de « civilisé » dans cette édition ancienne.Indien civilisé de l’Amazonie.Explication : La note historique reprend une classification coloniale. La version modernisée la situe dans l’édition au lieu de la présenter comme une distinction actuelle entre les peuples.
3. Cacique, chef de tribu.
4. Petit bateau, pirogue.
5. La cascade de Taruman, aux portes de la ville de Manausde Manâos, que les gens du pays appellent la Grande Cascade.
6. Oiseau.
7. Massue. Hans Staden l’appelle iverapeme ; Vasconcellos la nomme tangapema, et M. Ferdinand Denis, l’iverapeme. Tous ces mots sont synonymes.
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8. Tribu indienne de l’Amazone, qui existait encore à l’époque de cette éditionqui existe encore aujourd’hui.
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9. Le Mururé est, d’après M. F. Gomes de Amorim, une nymphéacée du genre Victoria, mais beaucoup plus petite.