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王子与公主家庭故事仙子与魔法旅行与冒险

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La Princesse Miao Shan

Le roi Miao-tchoang cherche un successeur parmi les futurs maris de ses trois filles. Mais la plus jeune, Miao-chan, refuse le mariage : elle veut quitter la cour et consacrer sa vie à la sagesse et à la compassion.

阅读提示: Le récit comporte des menaces de mort, des exécutions, des tortures et des sacrifices corporels.

文本版本

Sous la dynastie du Ciel d’or, la vingt-et-unième année du règne de Ta-hao, le Grand Grand, un nommé P’ouo-kia, dont le prénom était Louo-yu, roitelet entreprenant du royaume de Si-yu, s’empara du trône à vingt ans1, après trois années de combats. Son royaume s’appela Hing-ling et son nom de règne était Miao-tchoang.

Le royaume de Hing-ling avait pour limites : à l’ouest, le royaume de T’ien-tchou (l’Inde) ; au sud, le royaume de T’ien-tcheng ; au nord, le royaume de Sien-louo (Siam). Ce royaume avait environ mille cinq cents kilomètrestrois mille lysExplication : Les unités anciennes ne sont pas uniformes. L’équivalent actuel donne seulement un ordre de grandeur, sans prétendre à une conversion historique exacte. d’étendue ; le grand ministre Tchao-tcheng, et le général Tch’ou-lié étaient comme les deux colonnes de l’État. La reine Pao-té, née Pé-ya, et le roi Miao-tchoang avançaient vers la cinquantaine et n’avaient pas d’enfant mâle pour prendre la succession : c’était un gros chagrin. Pé-ya insinua au roi que le dieu de Hoa-chan, montagne sacrée de l’Ouest, passait pour être très secourable ; que s’il le priait et lui demandait pardon d’avoir versé tant de sang pendant les guerres qui précédèrent son avènement au trône, il pourrait obtenir un héritier.

Le roi accueillit cette idée d’un pèlerinage ; il fit venirmanda aussitôtde suite son grand ministre Tchao-tcheng, et lui ordonna d’envoyer à la pagode de Hoa-chan les deux préposés au ministère des rites Si-heng-nan et Tche-tou avec mission de convoquer cinquante moines bouddhistesbonzes et religieux taoïstestao-che, qui prieraient le dieu pendant 7 jours et 7 nuits, depuis le 13 de la IIe lune jusqu’au 19 au soir. Les sept jours révolus, le roi et la reine s’y rendraient en personne pour offrir de l’encens.

Les deux envoyés devaient porter comme offrandes sacrificiellessacrificieles dix pièces de soieries de Tch’eng-tou, une bonne vingtaine de kiloscinquante livres d’encens de première qualité, cinq caisses de papier de Corée, quatre porcs de Ling-tche, huit couples de poules du T’ai-houo, dix poissons de K’iu-kiang, quantité de plantes marines et terrestres, et toutes sortes de gâteaux. Si-heng-nan exécuta ces ordres et partit pour la pagode. Les moinesbonzes et les religieux taoïstestao-che firent balayer la grande salle du temple, s’y réunirent tous, et entendirent à genoux la lecture de l’édit royal. Pendant sept jours et sept nuits les cloches, les tambours, les instruments de toutes sortes mêlèrent leurs notes vibrantes aux prières incessantes des moinesbonzes et des religieux taoïstestao-che, et au jour indiqué, le roi, la reine et tous les grands de la cour arrivèrent au temple et y offrirent des sacrifices au dieu du pic sacré.

Les cérémonies terminées, moinesbonzes et religieux taoïstestao-che firent une grande prostration pour saluer le roi, qui les remercia de la peine qu’ils avaient prise pour lui. Le dieu de Hoa-chan n’ignorait point que le roi Miao-tchoang serait privé de descendance masculine, c’était une punition infligée pour les massacressanglantes hécatombes de ses trois années de guerre.

Par ailleurs, les moinesbonzes et les religieux taoïstestao-che venaient de le supplier avec insistanceinstance, le roi lui-même était venu en personne lui offrir des sacrifices, il ne pouvait pas refuser complètement sa demanderepousser complètement sa prière ; il ordonna à Ts’ien-li-yen (l’Œil de mille lys) et à Choen-fong-eul (l’Oreille du vent favorable) d’aller au plus vite s’informer s’il n’y avait pas quelque hommequelqu’homme de bien sur le point d’être réincarné en ce monde.

Bientôt les deux messagers revinrent annoncer que dans les montagnes de Tsieou-ling, aux Indes, dans le village de Tche-chou-yuen, vivait un brave homme nommé Che-king-tchang ; ses ancêtres depuis trois générations observaient les abstinences bouddhiques. Cet homme était père de trois enfants, l’aîné s’appelait Che-wen, le second Che-tsin et le troisième Che-chan, tous trois fidèles observateurs de l’abstinence bouddhique, et hommes de bien.

Le chef de brigands Wang-tché et une trentaine de ses hommes étaient poursuivis et harcelés par les soldats indiens. Sans vivres ni refuge, mourant de faim, ilshommes, se voyant poursuivis, harcelés par les soldats indiens, sans vivres et sans refuge, mourant de faim, arrivèrent chez Che-wen et le supplièrent de leur donner à manger. Che-wen et ses deux frères sachant que c’étaient des malfaiteurs, leur refusèrent toute nourrituretout aliment ; s’ils meurent de faim, se dirent-ils, les paysans n’auront plus à souffrir de leurs pillagesdéprédations. ÀA bout de moyens, les brigands tinrent conseil ; mourir pour mourir, se dirent-ils, attaquons la riche famille Tai. Sur ce, ilsce brûlèrent la maison, massacrèrent une centaine de personnes de tout âge et de tout sexe, et enlevèrent tout ce qui tomba sous leurs mains.

Le T’ou-ti gardien local, fit en toute hâte son rapport au dieu Yu-hoang.

— Cette famille Che, dit le dieu, pendant trois générations, s’est livrée aux œuvres de charité, ces brigands ne méritaient à vrai dire aucune compassion ; cependant on ne peut nier que les trois frères Che, en leur refusant toute nourriture, les ont poussésobligés moralement à dévaliser la famille Tai, à tout mettre à feu et à sang, et même à éteindre leur descendance ; n’est-ce pas tout comme s’ils avaient eux-mêmes commis ce crimeforfait ? Qu’on les saisisse tous trois, et qu’on les enchaîne dans la prison du Ciel, qu’ils ne voient plus jamais la lumière du soleil.

— Voici, dirent les messagers, ce qui vient de se passer. Puisque votre reconnaissance à l’égard de Miao-tchoang vous porte à lui accorder une descendance, pourquoi ne priez-vous pas Yu-hoang de pardonner leur faute, et de les réincarner dans le ventresein de la reine Pé-ya, afin qu’ils puissent reprendre une nouvelle existence terrestre et accomplir de bonnes actions. Ne serait-cese livrer aux bonnes œuvres, n’est-ce pas digne de votre bonté ?

AussitôtDe suite, le dieu du pic occidental appela l’esprit du vent et lui confia un message pour Yu-hoang.

En voici la teneur :

« Le roi Miao-tchoang m’a offert des sacrifices et m’a fait prier de lui donner une descendance ; mais comme il a fait périr un grand nombre d’hommes dans les guerres précédentes, il ne mérite pas d’obtenir un fils qui lui succède sur le trône. Voici les trois frères Che qui viennent d’offenser Votre Majesté en contraignant le brigand Wang-tché à se rendre coupable de meurtre et de brigandage ; je vous prie, en considération de leurs bonnes œuvres passées de bien vouloir pardonner leur faute, et de leur donner le moyen de l’expier, en les faisant renaître tous trois dans le ventresein de la reine Pé-ya mais en fillesdans le sexe féminin. De cette façon ils pourront, dans leur vie future, accomplir de bonnes actionspourront dans leur existence future se livrer aux œuvres de vertu, racheter leur faute et sauver un grand nombre d’hommes.

Yu-hoang accueillit la proposition avec une joie visiblesensible et ordonna aussitôt à l’esprit de l’étoile polaire de délivrer trois captifs, de conduire leurs âmes dans le palais du roi Miao-tchoang, où en l’espacedans un laps de trois ans ils seraient changés en femmes dans le ventresein de la reine Pé-ya.

Le roi, qui s’attendait toujours à la naissance d’un héritier au trône, fut informé un beau matin qu’une fille lui était née. On la nomma Miao-ts’ing. Une année s’écoula, et une seconde fille vint au monde, il fallut bien s’y résigner, et on l’appela Miao-yng. Enfin la troisième année la reine donna le jour à une troisième fille. Le roi, hors de lui, appela son premier ministre Tchao-tcheng et lui dit tout désolé :

— J’ai passé la cinquantaine, je n’ai pas d’enfant mâle qui puisse prendre ma succession, ma dynastie est donc éteinte. ÀA quoi m’auront servi tant de labeurs et tant de victoires ?

Tchao-tcheng essaya de le consoler, et lui dit :

— Le ciel vous accorde trois filles, aucune puissance humaine ne pourraittoutes les puissances humaines ne saurait changer le décret divin. Quand les princesses seront grandes nous vous trouverons trois gendres, et vous choisirez parmi eux votre successeur. Qui osera leur disputer la couronne ?

Le roi donna à sa troisième fille le nom de Miao-chan ; elle se fit remarquer par ses bonnes qualités et sa modestie, elle observait rigoureusement toutes les prescriptions bouddhiques et la vertu lui semblait comme naturelle.

Un jour les trois sœurs s’amusaient dans le jardin royal du ‘Perpétuel printemps’, Miao-chan, plus sérieuse,Miao-chan plus sérieuse dit à ses sœurs :

— Les richesses et la gloire ressemblent à une pluie de printemps, à la rosée matinale ; quelque temps après, tout a disparu. Les rois et les empereurs voudraient jouir sans fin de la haute fortune qui leur donne un rang à part dans l’humanité, mais une maladie les couche dans le cercueil, et tout est fini. Où sont maintenant toutes ces dynasties puissantes qui ont fait la loi au monde ? Pour moi, ajouta-t-elle, je ne désire qu’une retraite paisible sur une montagne solitaire, pour m’y consacrer à ma perfection spirituelley vaquer à ma perfection. Si un jour je puis arriver à un degré éminent de vertu, alors, portée sur les nuées du ciel, je parcourrai l’univers, volant endans un clin d’œil d’orient en occident ; je sauverai mon père et ma mère pour les conduire au ciel ; ici-bas je sauverai les malheureux et les affligés, enfin je convertirai les esprits malfaisants : voilà toute mon ambition.

ÀA peine avait-elle achevé de parler, qu’une dame de la cour arrive et annonce que le roi avait trouvé deux gendres à son goût, pour ses deux filles aînées ; le lendemain devait avoir lieu le banquet des noces.

— Venez vite, ajouta-t-elle, préparer vos bijoux, vos toilettes, l’ordre du roi est formel.

Le mari de Miao-ts’ing avait été reçu premier aux examens des lettrésétait un premier académicien, il s’appelait Tchao-k’oei et son prénom était Té-ta. C’étaitTchao-k’oei, son prénom était Té-ta, c’était le fils d’un ministre célèbre de la présente dynastie. Miao-yng avait pour époux un officier militaire Ho-fong dont le prénom était Tch’ao-yang, il avait été reçu premier à l’examen du plus haut diplômedoctorat militaire. La cérémonie des noces fut brillante, les fêtes succédaient aux fêtes, les nouveaux mariés furent installés dans leurs palais, la joie était immensesans image. Restait Miao-chan la troisième fille. Le roi et la reine voulaient lui choisir un homme éminent en science et en vertu, capable de gouverner le royaume, et digne de prendre la succession du trône. Le roi fit donc venir Miao-chan, lui exposa ses projets et toutes les espérances qu’il fondait sur elle.

— Il m’est pénible, reprit-elle, de ne pouvoir obéirobtempérer aux ordres du roi mon père ; vous me pardonnerez cependant si mes idées ne sont pas conformes auxen conformité avec les vôtres.

— Expose-moi tes projets, répondit le roi.

— Je ne veux pas me marier, je veux tendre à la perfection et arriver à être Bouddha, je vous promets alors de ne pas être ingrate envers vous.

— Diablesse de fille, reprit le roi avec indignation, tu viens me faire la leçon à moi chef d’État et souverain de tout un peuple ! A-t-on jamais vu une fille de roi devenir religieuse bouddhistese faire bonzesse, trouvera-t-on une brave femme dans ce milieu ? Laisse-moi tranquille avec tes idées de monastèreDonne-moi la paix avec toutes ces idées de bonzerie et qu’il n’en soit plus question. Dis-moi franchement qui désires-tu pour conjoint ? Veux-tu le premier des lettrésun premier académicien ou le premier des diplômésdocteurs militaires ?

— Qui n’aime point la dignité royale ? quel est l’homme qui n’aspire aux joies du mariage ? Pourtant je veux me faire religieusebonzesse ; en face des richesses et de la gloire dude monde, mon cœur est froid comme un charbon éteint, et je sens le désir de le purifier de plus en plus.

Le roi se lève avec colère, et veut l’expulser de sa présence. Miao-chan comprend qu’elle ne peut désobéir ouvertement à ses ordres, alors elle aborde la question autrementprend un détour. — Si vous désirez absolument que je me marie, j’y consens, ajouta-t-elle, seulement, je veux me marier à un médecin.

— Un médecin ! grommela le roi ; dans tout l’empire manque-t-on d’hommes illustres par leur naissance et leursleur talents, quelle idée saugrenue de vouloir prendre un médecin pour époux ?

— Voici, répliqua Miao-chan, je veux guérir l’humanité de toutes les maladies qui la rongent, c’est-à-dire du froid, de la chaleur, des désirs incontrôlésconcupiscences, de la vieillesse et des infirmités ; je veux niveler les classes, mettre le pauvre et le richeriche sur le pied d’égalité, je veux le partage des biensla communauté des bien sans distinction du mien et du tien. Si vous accédez à mes désirs, je pourrai encore de cette façon être un bouddha, ou sauveur des humains, inutile d’inviter les devins pour choisir le jour favorable, je suis prête à me marier.

ÀA ces mots, le roi ne se sent plus de colère.

— Méchante diablesse ! ce sont là des propos diaboliques que tu oses tenir en ma présence.

Sans plus tarder, il appelle Ho-t’ao qui ce jour-là était officier de garde au palais. L’officier accourt, et se met à genoux pour prendre les ordres de son souverain.

— Cette vilaine religieusebonzesse me déshonore, dépouille-la de ses habits de courcours et à coups de bâton chasse-la de ma présence ; tu la conduiras ensuite dans le jardin de la reine, puisse-t-elle y périr de froid, ce sera pour moi une douleur en moins pour mon cœur meurtriulcéré.

Le fonctionnaire obéit. Miao-chan se prosterna, remercia le roi, et se dirigea vers le jardin de la reine, où elle commença à mener la vie d’ermiteérémitique, avec la lune pour compagne et le vent pour ami, contente de voir tous les obstacles renversés, tendant au nirvananirvanâ, et toute joyeuse d’échanger les plaisirs du palais contre les douceurs de la solitude.

La reine toute désolée en pensant aux privations de sa fille dans ce jardin solitaire, envoya ses deux suivantes Kiao-hong et Ts’oei-hong s’informer de son état. Ces deux femmes voyant qu’elle persistait dans sa résolution, se mirent à genoux devant elle, et l’exhortèrent à se plier aux désirs du roi.

— Quelles joies comparables aux joies du mariagedouceurs de l’hyménée ; pourquoi ne retournez-vous pas au palais où vous pourrez goûter tous les plaisirstoutes les voluptés d’un brillant mariage ; à quoi aboutira votre vie de solitude et de privations ? Vous, fille de roi, au faîte de la fortune, c’est par milliers de caisses que vous pourriez avoir les pierreries, les bijoux, les soieries, comment pouvez-vous mener cette vie abjecte, manger des herbes grossières, n’est-ce pas indigne de votre rang ?

— Ah ! que vous connaissez peu mes goûts, répondit-elle, la plus grande faveur que puisse me faire le roi mon père, c’est de me reléguer dans cette solitude, je la préfère à tous les avantages de la cour. Il me semble qu’on m’a tirée d’une fournaise, je ne saurais exprimer tout mon bonheur, je vais maintenant pouvoir tendre au nirvananirvanâ. Le ciel apparaît comme purifié après l’orage, et au retour du printemps, la nature reprend sa verte parure. Retirez-vous, et ne venez plus me débiter vos fadaises.

Les servantes n’osèrent insister, elles firent une prostration et s’en retournèrent. Dès qu’elles furent parties, Miao-chan se dit en souriant :

« Ces viles créatures disparues, rien désormais ne manque à mes désirs ; avec la lune brillante comme compagne, ne suis-je pas heureuse comme le dragon dans les eaux et comme le tigre dans ses sauvages montagnes. »

Elle mit de l’encens dans son brûle-parfums et se prosterna pour adorer et remercier le ciel et la terre. Miao-chan avait alors dix-neuf ans.

La reine était inconsolable, l’image de sa fille chérie et sa situation douloureuse étaient toujours présentes à son esprit ; pour avoir de ses nouvelles, elle fit venirmander les deux servantes. Kiao-hong lui dit :

— Miao-chan est plus obstinée que jamais, son cœur est dur comme la pierre et le fer, aucun raisonnement ne saurait la toucher.

Le roi lui-même, si joyeux les jours précédents, se sentait envahi d’une immense tristesse, il résolut d’aller, accompagné de la reine, faire une nouvelle tentative, pour la ramener à des vues plus sages. Les deux souverains trouvèrent Miao-chan récitant ses prières et invoquant Bouddha. Dès qu’elle aperçut ses parents, elle s’empressa d’aller les recevoir. Le roi lui dit :

— Ma fille, l’autre jour, dans un mouvement d’impatience, je t’ai reléguée dans cette retraite ; depuis ce temps, la reine et moi nous sommes comme plongésabîmés dans une tristesse profonde, nous venons donc aujourd’hui t’exhorter de nouveau à rentrer au palais, et à accepter le parti que nous te proposerons.

— Je vous ai déjà exposé mon désir de perfection, et ma volonté arrêtée de renoncer aux joies du mariage ; ces jours-ci, dans ce parc solitaire, je récite mes prières et je me livre aux pratiques de la vie bouddhique dans le seul but de me séparer à jamais du monde et de toutes ses grandeurs.

— Réfléchis bien sur ta conduite, repartit le roi, en quittant tous les avantages de ta naissance, tu rends ta vie inutile ; sois sage et rentre avec nous au palais pour y choisir un époux à ton gré. Miao-chan baissa les yeux et garda le silence.

La reine prit la parole à son tour :

— Je n’ai point de fils, je n’ai que vous trois au monde, le roi et moi nous sommes avancés en âge, nous n’avons point d’autres descendants, reviens à de meilleurs sentiments, et renonce à toutes tes utopies. Si par ta désobéissance tu viens à irriter ton père, tu te mets dans une impasse d’où je ne pourrai plus te tirer.

ÀA ces mots, Miao-chan se jeta à terre en sanglotant.

— Je veux embrasser la vie parfaite, je ne veux pas me marier. Quand un homme vivrait cent ans, à quoi bon s’il ne tend pas à la vertu ? un jour viendra où toute espérance de salut lui sera enlevée, alors, à qui recourir ? Je vous en conjure, retournez au palais, ne pensez plus à moi, vous avez mes deux sœurs aînées pour consoler vos vieux jours, faites comme si vous ne m’aviez pas donné le jour. Si vous vous obstinez à me faire changer d’avis, j’en prends le ciel à témoin, je préfère dix mille fois mourir plutôt que de retourner dans le monde.

Le roi furieux s’écrie :

— Tout enfant qui désobéit à son père manque à la piété filiale, la première des vertus. Je suis persuadé que tous ceux qui se font moinesbonzes ou religieux taoïstestao-che, sont des paresseux, des misérables sans ressources et sans painde pauvres hères sans ressources et sans pain, la lie de l’humanitéExplication : Le modernisé conserve l’événement et ses conséquences, mais atténue les détails corporels ou la méthode pour une lecture par les enfants. L’imprimé est conservé dans l’original., des hommes en quête d’un moyen d’existence ; ma fille, garde-toi d’imiter ces gens-là.

— Alors, répliquariposta Miao-chan, tous les bouddhas, tous les sages qui ont renoncé à la vie du mondequitté le siècle pour embrasser la perfection, ne sont pas dignes du nom d’hommes ?

Le roi se tourna vers la reine et lui dit vivement : — Assez ! assez ! retournons au palais, à quoi bon discuter avec elle, puisqu’elle résiste à toutes nos remontrances.

Après leur départ, Miao-chan demi-souriante alla s’asseoir sur sa pierre et se mit à réciter ses prières sans discontinuer.

Bientôt deux dames d’honneur viennent annoncer l’arrivée de ses deux sœurs ; Miao-chan se lève et s’empresse à les recevoir.

— Il y a bien longtemps que nous ne t’avons vue, lui dirent-elles, en l’abordant, nous venons aujourd’hui pour te conduire au palais ; ton père et ta mère sont au comble du chagrin, il est temps d’y mettre fin.

— Nos idées ne concorderont jamais, je le crains fort, reprit Miao-chan, mon parti est pris, et c’est irrévocable ; vous serez toutes deux la consolation et la joie de nos vieux parents.

— Sœur, tu ne peux pas songer à te soustraire aux tendres affections de tes parents, et à l’attachement si sincère de tes sœurs.

— Jamais nous ne pourrons nous entendre, vous dis-je ; moi, je n’aspire qu’à trouver une montagne de renom où je pourrai apprendre l’art de me transformer en bouddha. Jouissez des honneurs et des voluptés de la cour, suivons chacune notre voie et n’en parlons plus.

Les deux sœurs durent s’en retourner, et Miao-chan reprit ses prières.

Le roi et la reine envoyèrentdéputèrent de nouveau Kiao-hong et Ts’oei-hong pour faire auprès de la jeune fille rebellerécalcitrante une dernière tentative. Miao-chan, ennuyée de toutes ces insistancesinstances, les maudit, et leur commanda avec hauteur de ne plus revenir la tracasser par leurs bavardages.

— J’ai appris, ajouta-t-elle, qu’il y a une pagode célèbre à Jou-tcheou, dans la sous-préfecture de Long-chou-hien, cette pagode bouddhique est connue sous le nom de Pé-tsio-chan-che la pagode de l’Oiseau blanc ; là cinq cents religieusesbonzesses se livrent à l’étude de la vraie doctrine et de la perfection ; allez donc de ma part prier la reine de bien vouloir m’obtenir du roi l’autorisation de m’y rendre. Si vous m’obtenez cette faveur je vous en récompenserai plus tard.

Miao-tchoang fit venir les servantes, et leur demanda le résultat de leur visitedémarche.

— Plus inabordable que jamais, répondirent-elles. Même elle nous a commandé d’aller trouver la reine, afin qu’elle lui obtienne de votre Majesté la permission d’aller habiter la pagode de Pé-tsio-che dans la sous-préfecture de Long-chou-hien. Dans cette pagode vivent cinq cents religieusesbonzesses, elle veut mener leur genre de vie.

Le roi envoya sans tarder des ordres sévères à cette pagode intimant aux religieusesbonzesses de mettre tout en œuvre pour essayer de dissuader la princesse dès qu’elle y serait arrivée. Ceci fait, il commanda d’amener Miao-chan au palais. Hoai-ngan fut chargée d’exécuter cet ordre ; elle alla donc la trouver et lui dit :

— Votre père comprend qu’il vous est difficile de suivre votre vocation dans ce jardin, où difficilement vous pourriez arriver à la transcendance que vous ambitionnez, il vous appelle afin de vous faire conduire à la pagode que vous lui avez désignée.

Miao-chan toute joyeuse, se dirigea vers le palais royal ; arrivée auprès de son père elle se prosterna :

— Vous daignez m’accorder la permission d’aller à la pagode de Pé-tsio-che, je viens vous présenter mes remerciements les plus affectueux pour toutes vos bontés envers moià mon endroit, et vous faire mes adieux avant mon départ. — Mais tu es folle, ton vieux père ne peut souffrir plus longtemps de te voir mener une vie si misérable dans ce jardin en arrière du palais, et te nourrir d’aliments si grossiers, voilà pourquoi je te fais rappeler ici, dans l’espoir que tu ne songeras plus désormais à toutes ces rêveries bouddhiques. Il s’agit bien, en vérité, de te faire conduire à la pagode de l’Oiseau blanc !

— Mon père, j’ai toujours entenduouï dire qu’un souverain ne peut manquer à sa parole. Si vous manquez à la vôtre, comment pourrez-vous gouverner votre peuple ?

— Vile religieusebonzesse, petite sotte, va vite à ta pagode, puisque tu refuses de m’obéir, nous verrons bien à quel résultat tu arriveras.

— Pardonnez-moi mon manque de piété filiale, répliqua Miao-chan, maintenant ce sont les adieux, plus tard quand j’aurai atteint laparcouru la carrière de ma perfection, je reviendrai sauver mon père et ma mère.

Elle se prosterna une dernière fois et partit pour la pagode de l’Oiseau blanc.

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Ses sœurs, apprenant son départ, accourent au moment où elle traversait le palais, et ordonnent à tous les employés de se poster au-devant d’elle pour essayer de la retenir. Elles arrivent devant elle en pleurant ; Miao-chan se met à les invectiver, leur reproche de se mêler de ce qui ne les regarde point, et passe outre sans même les saluer. ÀA peine débarrassée de ses deux sœurs, elle voit tous les officiers du palais, civils et militaires, qui l’attendaient à sa sortie. L’un d’eux prit la parole au nom de tous et lui dit :

— Que votre Altesse nous pardonne de lui adresser deux mots avant son départ.

— Parlez, répondit Miao-chan.

— Nous, vos serviteurs, nous tenons de nos ancêtres les plus reculés, que la piété filiale fut toujours regardée comme la première des vertus, et que le dévouement au service de ses parents l’emporte sur la vie vagabonde déshonorante des moinesbonzes. Au péril de notre vie, nous osons vous prier de rentrer au palais, et de ne pas mettre à exécution vos idées présentes.

La princesse reprit :

— Personne sur terre ne saurait se soustraire aux lois de la réincarnationmétempsycose, à chacun sa manière de voir. Vous, officiers civils, soyez les colonnes du gouvernement, et vous, militaires, protégez le royaume ; quant à se faire moinebonze et à renoncer à la vie du mondequitter le siècle, chacun selon son goût. Restez ici, je vous prie, ne prenez pas la peine de m’escorter plus longtemps.

Ceci dit, elle sort d’un pas rapide et prend allégrement le chemin de la pagode, sans se préoccuper des fatigues et des dangers de la route. Le courrier du roi l’avait précédée, et les religieusesbonzesses avaient reçu des ordres précis de lui faire un accueil plutôt froidune réception plutôt froide.

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Notes de bas de page

1 Les âges ne concordent pas dans cette version : le roi monte sur le trône à vingt ans, puis approche de la cinquantaine avant la naissance de ses filles, alors que son règne est plus loin limité à vingt ans. Cette incohérence de la source est conservée.