Le Petit Lièvre
Une femme demande à son mari le foie d’un nyamatsané, un animal imaginaire. Après l’avoir mangé, elle a une soif si grande qu’elle boit même l’eau des rivières et des étangs. Les animaux n’ont plus de quoi boire, et le Petit Lièvre leur vient en aide. Mais il sait aussi tromper le lapin, le lion et les hyènes. Dans ce conte sotho d’Afrique australe, ses ruses peuvent aider les autres ou leur faire beaucoup de mal.
阅读提示: Ce récit contient des animaux tués ou brûlés, des coups et des blessures qu’un personnage s’inflige lui-même.
Un jour, une femme dit à son mari :jour une femme dit à son mari : « J’ai une grande envie de manger du foie de nyamatsané, un animal imaginaire. Sinyamatsané ; siExplication : Jacottet précise, dans sa note de la page 4, que les nyamatsanés sont des animaux imaginaires. Aucune espèce réelle n’est identifiée. tu m’aimes, tu vas partirte mettre à la recherche des nyamatsanés. Tunyamatsanés , tu en tueras un et m’en apporteras le foie. C’estfoie; c’est à cela que je reconnaîtrai que tu m’aimes véritablement. » Son mari lui répondit :répondit : « Cuis du pain, prends-en la croûte et remplis-en un petit sac. » La femme se mit à cuire du pain. Elle en prit les croûtes et en remplit un sac. Quand tout fut prêt, elle dit à son mari :pain, elle en prit les croûtes et en remplit un sac; quand tout fut prêt elle dit à son mari : « Aujourd’hui le sac est rempli. » Alors son mari lui dit : « Bien !dit : « Bien ! je pars maintenant et vais te tuer un nyamatsané. »
Il marcha longtemps, bien longtemps, se nourrissant des croûtes de pain qui étaient dans son sac. Enfin,sac; enfin, bien loin, il arriva dans le pays des nyamatsanés,nyamatsanés , auprès d’un grand marais où ils vivaient en grand nombre. Mais quand il y arriva, les nyamatsanés n’y étaient pas : ils étaient allés chercher de la nourriture au loin. Ils n’avaient laissé au logis que leur vieille grand-mère toute affaiblie.pas : ils avaient été fourrager au loin, ne laissant au logis que leur vieille grand’mère toute décrépite. Notre homme se hâte de la tuer, prend son foie et sa peau, puis se cache vite dans cette peaul’écorche, prend son foie , et vite se cache dans sa dépouilleExplication : L’homme tue encore la grand-mère, prend son foie et utilise sa peau comme déguisement. Seul le détail du dépeçage est adouci pour les enfants dans la version modernisée. aussi bien qu’il peut. À peine est-il caché qu’arrivent les nyamatsanés, impatients de revoir leur vieille grand-mère. IlsA peine est-il caché qu’arrivent les nyamatsanés, anxieux de revoir leur vieille grand’mère ; ils se précipitent dans leur hutte et s’écrient : « Nous sentons la chair fraîche ! Ils’écrient : « Nous sentons la chair fraîche! il y a un homme par ici. » La vieille nyamatsané leur répondit (c’était l’homme caché dans sa dépouille qui parlait, en imitant sa voix) :contrefaisant sa voix) : « Non, mes enfants, il n’y a pas d’homme par ici. » Mais ils continuaient quand même à fureter partout en disant : « Il y a un homme par ici ;n’en continuaient pas moins à fureter partout en disant : « Il y a un homme par ici; nous sentons la chair fraîche. » Enfin, ils cessèrent leurs recherches et s’endormirent.
Le lendemain, à leur réveil, ils étaient encore loin d’être rassurés. Au moment de partir, ils dirent : « Grand-mère, viens te nourrirau moment de partir, comme ils étaient encore loin d’être tranquillisés, ils dirent : « Grand’mère, viens paître avec nous aujourd’hui. » Ils sortirent avec leur vieille grand-mèregrand’mère et se mirent à avaler des cailloux. Notre homme se baissa lui aussi et ramassa des cailloux. Il faisait semblant de les avaler,cailloux, qu’il faisait semblant d’avaler, tandis qu’en réalité il mangeait les croûtes de pain qu’il avait dans son sac. Les nyamatsanés crurent alors qu’en effet c’était bien là leur grand-mèregrand’mère. Ils retournèrent ensemble au logis et s’endormirent. Le lendemain, ils dirent :dirent : « Allons ensemble nous exercer à sauter par-dessuspar dessus un large fossé. » Ils le franchirent d’un seul bond. Puis ils dirent : « Grand-mère,bond; puis ils dirent : « Grand’mère, saute toi aussi. » La vieille grand-mèregrand’mère prit son élan et franchit le fossé. Cette fois, les nyamatsanés furent complètement rassurés. Le lendemain, ils partirent chercher de la nourriturefois les nyamatsanés furent si complètement rassurés, que le lendemain ils partirent pour aller fourrager au loin, laissant notre homme seul au logis.
Dès qu’ils se furent éloignés, notre homme se hâta de prendre le foie du nyamatsané dans la cachette où il l’avait déposé. Il enleva la peau qu’il avait revêtue. Il ramassa une petite pierre brillante et polie, déposé, se dépouilla de la peau qu’il avait revêtue et se mit à fuir à toute vitesse, après avoir ramassé une petite pierre brillante et polie qu’il déposa dans son sac à côté du foie du nyamatsané, puis se mit à fuir à toute vitesse.nyamatsané. Vers le soir, les nyamatsanés revinrent au logis, impatients de revoir leur vieille grand-mèreanxieux de revoir leur vieille grand’mère. Cette fois,fois ils s’aperçurent que leur grand-mèregrand’mère était morte et qu’il n’en restait plus que la peau. En proie à une violente colère,colère ils se disaient les uns aux autres :autres : « N’avions-nous pas raison de soupçonner quelque chose ?chose ? C’était bien l’odeur de l’homme que nous sentions. » Ils flairèrent le sol et repérèrentrelevèrent la direction que leur ennemi avait prise, puis se mirent à le poursuivre. Notre homme était déjà bien loin quand, en se retournant, il vit une colonne de poussière qui montait jusqu’au ciel. Il s’écria : « Hélas ! je suis perdu ; voilà les nyamatsanés,ciel ; il s’écria : « Hélas ! je suis perdu ; voilà les nyamatsanés , ils vont me dévorer. » Les nyamatsanés s’approchaient avec une effrayante rapiditévélocité, et croyaient déjà le saisir et le déchirer. L’homme prit dans son sac la petite pierre brillante et polie qu’il y avait déposée et la jeta à terre. La pierre devint un grand rocher aux flancs escarpés et glissants. Il s’assit au sommet.terre; la pierre devint un grand rocher aux flancs escarpés et glissants, au sommet duquel il s’assit. Les nyamatsanés eurent beau essayer de l’escalader, ils ne faisaient que glisser sur ses flancs escarpés. Ils continuèrent leurs efforts jusqu’au soleil couchant, puis, épuisés de fatigue, s’endormirent au pied du rocher.
La nuit, pendant que les nyamatsanés dormaient, notre homme se remit à fuir aussi vite qu’il le pouvait. À A leur réveil, les nyamatsanés s’aperçurent qu’il était déjà loin. Ils flairèrent le sol avec leurs naseaux et retrouvèrent loin; ils flairèrent le sol de leurs naseaux et relevèrent ses traces, puis se remirent à le poursuivre avec une effrayante rapidité.vélocité. En un instant, ils l’avaient presque atteint. Notre homme, qui se tenait sur ses gardes, prit sa pierre dès qu’il les vit approcher et la jeta à terre. Elleinstant ils l’avaient presque atteint; notre homme, qui se tenait sur ses gardes, prit sa pierre, dès qu’il les vit approcher, et la jeta à terre; elle devint un grand rocher sur lequel il s’assit. Les nyamatsanés essayèrent en vain de l’escalader. Après de longs efforts,l’escalader; après de longs efforts ils durent y renoncer et, vers le soir, ils s’endormirent épuisés de fatigue.
Dès qu’il fit nuit,nuit notre homme reprit sa fuite précipitée. Pendant plusieurs jours les nyamatsanés le poursuivirent ainsi sans se lasser, mais toujours sans succès. Enfin, après un long voyage, notre homme atteignit son village. Lessuccès; enfin, après un long voyage, notre homme atteignit son village; les nyamatsanés comprirent alors que leur poursuite était inutile et retournèrent chez eux. Ils n’osent pas, en effet, s’approcher des lieux habités, à cause des chiens, qu’ils craignent beaucoup.
Quant à notre homme,homme il entra chez lui et s’écria : « Itchou ! que je suis fatigué ! » Puis il dit à sa femme : « Donne-moi à boire !s’écria : « Itchou ! que je suis fatigué ! » Puis il dit à sa femme : « Donne-moi à boire ! » Quand il eut bu et se sentitsentît un peu reposé, il dit à sa femme :femme : « Va chercher de la fiente et allume le feu. » La femme sortit et revint portant de la fiente sèche, des crottes d’animaux. Elle s’en servit pour allumerfiente sèche avec laquelle elle allumaExplication : La fiente est un excrément d’animal. Dans cette scène, la femme utilise de la fiente sèche pour allumer son feu ; l’animal dont elle provient n’est pas précisé. un grand feu. Alors le mari prit son sac et en retira le foie de nyamatsané. Il le remit à sa femme en disant : « Le voilà, ton foie de nyamatsané !nyamatsané, qu’il remit à sa femme en disant : « Le voilà, ton foie de nyamatsané ! Aujourd’hui tu peux voir que je t’aime réellement, puisque je t’apporte un foie de nyamatsané. » La femme lui répondit : « C’est bien ! Maintenantrépondit : « C’est bien! maintenant fais sortir tous mes enfants, que je reste seule dans la hutte. » Puis elle fit cuire le foie de nyamatsané dans un vieux pot de grèsdans un vieux pot de grès le foie de nyamatsané. Son mari lui dit : « Mange-le entier à toi toute seule. N’endit : « Mange-le entier à toi toute seule; n’en donne à personne, pas même à un seul de tes enfants ;enfants ; mange-le à toi toute seule. »
Alors la femme prit le foie et le mangea à elle seule.
À peine avait-elle fini de le manger qu’elle eut soif. Elle prit un grand vase d’eau et en avala le contenuA peine avait-elle fini de le manger qu’elle eut soif; elle prit un grand vase d’eau et l’avala d’un trait. Puis elle se rendit vers une voisine et lui dit :dit : « Mon amie, donne-moi à boire. » La voisine lui donna une grande calebasse pleine d’eau. Ce récipient était fait d’un fruit vidé et séché. La femme en avala le contenucalebasse pleine d’eau; la femme l’avalaExplication : Une calebasse peut servir de récipient après avoir été vidée et séchée. La femme boit l’eau qu’elle contient, sans avaler le récipient lui-même. d’un trait et dit :dit : « Donne-m’en encore. » La voisine lui répondit :répondit : « Non, ne bois pas toute l’eau de mes enfants. » La femme alla dans une autre hutte et avala toute l’eau qu’elle put y trouver. Maistrouver; mais plus elle buvait et plus la soif la dévorait. Elle allait ainsi de hutte en hutte ainsi, de hutte en hutte, et eut bientôt avalé toute l’eau du village. Alors village; alors elle se rendit à une source, se pencha sur l’eau et l’avala à si grandes gorgées que bientôt il n’en resta plus une goutte. Lagoutte et que la source cessa de couler. Elle se releva et alla vers une autre source, qui, elle aussi, fut bientôt à sec. Une troisième, une quatrième :tarie; une troisième, une quatrième, toutes les sources du village eurent le même sort. Elle se rendit alors au ruisseau qui coulait devant le village, à l’endroit où un autre ruisseau venait s’y jeter. Ellejeter; elle eut bien vite avalé toute l’eau. Elle se releva et descendit vers la rivière ; elle se mit à genoux et commença à boire. Elle but jusqu’à la vase, puis se releva en disant :rivière; elle se mit à genoux et commença à boire; elle but jusqu’à la vase, puis elle se releva, en disant : « Ma soif n’est pas encore apaisée. » Alors elle se rendit au grand étang où venaient boire les animaux des champs. Elles’abreuver les animaux des champs; elle se jeta à terre et se mit à boire si avidement qu’au bout de quelques instants il n’y restait plus une goutte d’eau. Cette fois elle ne put plus se relever, parce que son ventre était si démesurément gonflé qu’il s’élevait au-dessus de sa tête et était aussi grand qu’une colline.
Quand les animaux, pousséspressés par la soif, arrivèrent à leur abreuvoir, ils trouvèrent que l’étang n’avait plus une seule goutte d’eau. Au bord de l’étang ils aperçurent un objet informe, immense, qui n’avait presque plus de formefigure humaine. Alors Grand Lion demanda : « Qui est-ce ?Alors, Grand Lion demanda : « Qui est-ce? qui est-ce qui est couché au bord de l’étang de mon grand-père ?grand-père? » Grand Lion demanda une seconde fois : « Qui est-ce ?fois : « Qui est-ce? qui est-ce qui est couché au bord de l’étang de mon grand-père ?grand-père? » Les animaux s’approchèrent et virent que c’était Molkadi-sa-Molata. Ils lui demandèrent :demandèrent : « Que fais-tu près de l’étang de notre grand-père ? » Elle répondit :grand-père? » Elle répondit : « J’ai beau vouloir partir, l’eau que j’ai buebu m’en empêche. » Ils l’interrogèrent encore une fois et lui dirent de partir. Elle répondit encore :partir ; elle répondit encore : « J'ai beau vouloir partir, l’eau que j’ai bue m’en empêche. »
Alors Grand Lion dit :dit : « Lequel d’entre vous va aller libérer l’eau retenue dans le ventre de cette femmepercer le ventre de cette femmeExplication : L’action qui libère l’eau reste compréhensible. Sa formulation graphique est adoucie pour les enfants., afin que nous retrouvions notre eau ? » Il appela le lapin et lui dit :eau? » Il appela le lapin et lui dit : « Lapin, vas-y. » Le lapin répondit :répondit : « Seigneur, je n’ose pas. » Grand Lion appela la gazelle et lui dit :dit : « Gazelle, vas-y. » La gazelle répondit :répondit : « Seigneur, j’ai peur d’y aller. » Tous les animaux refusèrent les uns après les autres. Enfin, le petit lièvre accepta d’y aller. Ilconsentit à y aller; il se dressa sur ses pattes près de Molkadi-sa-Molata et fit jaillir l’eau de son ventre d’un coup de griffeperça son ventre d’un coup de griffeExplication : La délivrance de l’eau et le coup de griffe restent. Le détail graphique est adouci pour les enfants.. L’eau en sortit à grands flots. L’étang se remplit de nouveau, les ruisseaux et les rivières se remirent à couler et les sources à jaillir.flots, l’étang se remplit de nouveau, les ruisseaux et les rivières se remirent à couler et les sources à sourdre.
Alors Grand Lion interdit sévèrement de boire de l’eau avant qu’elle soit redevenue claire.défendit sévèrement de boire de l’eau avant qu’elle se fût clarifiée. Les animaux se retirèrent dans leurs tanières sans avoir bu. Lorsque le petit lièvre vit qu’ils dormaient tous, il se leva sans bruit au milieu de la nuit et alla boire à l’étang de Grand Lion. PuisLion; puis il prit de la vase et en salit les genoux, le museau, le front et le nez du lapin, pour que l’on croieafin que l’on crût que c’était celui-ci qui avait bu l’eau pendant la nuit.
Le lendemain, à son réveil, Grand Lion se rendit à l’étang avec toute la troupe des animaux. Il s’aperçut que quelqu’un était venu en salir l’eau pendant la nuit. Il demanda alors : « Qui a bu, qui a bu mon eau ? »nuit; il demanda alors: «Qui a bu, qui a bu mon eau?» Le petit lièvre fit une cabriole et, montrant du doigt le lapin, se hâta de lui dire : « Regardez-le ! C’est lui qui a bu l’eau du roi ;dire : « Regardez-le! c’est lui qui a bu l’eau du roi ; voyez, il a encore des traces de boue à son museau et à ses genoux. » Le lapin, tout effrayé, eut beau se justifier et dire :dire : « Non, ce n’est pas moi qui ai bu à l’étang », Grand Lion ordonna quand même de le battre avec des baguettes.» , Grand Lion n’en ordonna pas moins de le battre de verges.
Après que le lapin eut été ainsi attrapé et battu, le petit lièvre se mit, dès le lendemain, à se vanter de ce qu’il avait fait et à dire tout haut :eût été ainsi pris et battu, le petit lièvre se mit dès le lendemain, à se vanter de ce qu’il avait fait et à dire tout haut : « C’est moi, c’est moi qui ai bu l’eau, mais j’ai dit que c’était le lapin. » Un des animaux s’écria : « Hé, petit lièvre, que dis-tu là ?s’écria : « Hé, petit lièvre, que dis-tu là? » Le petit lièvre se hâta de répondre :répondre : « Je te demande de me donner mon bâton. » Un peu plus tard, pensant qu’on ne l’écoutait pas, il se remit à dire :dire : « C’est moi, c’est moi qui ai bu l’eau, mais j’ai dit que c’était le lapin. » Un des animaux alla dire à Grand Lion :Lion : « N’entends-tu pas ce que dit le petit lièvre ?lièvre? » Grand Lion fit venir le petit lièvre et lui demanda : « Que viens-tu donc de dire ? » Il répondit :demanda : « Que viens-tu donc de dire? » Il répondit : « C’est moi qui ai bu l’eau, mais j’ai dit que c’était le lapin. » Alors il s’enfuit aussi vite que ses jambes le portaient,de toute la vitesse de ses jambes, poursuivi par toute la troupe des animaux. Se voyant près d’être atteint, il se jeta dans une étroite fissure entre deux rochers. Mais une de ses oreilles dépassait au-dehors.atteint il se jeta dans une étroite fissure entre deux rochers; mais une de ses oreilles faisait saillie en dehors. Les animaux eurent beau essayer de le saisir par l’oreille, le petit lièvre se tenait si fortement attaché au rocher qu’ils ne parvinrent pas à l’en faire sortir. Ilssortir; ils finirent par l’y abandonner, après lui avoir cruellement blessé l’oreilleaprès avoir percé et déchiré son oreille à grands coups de dents et de griffesExplication : La blessure du lièvre est conservée. Les détails de mutilation sont adoucis pour les enfants..
Quand ils furent partis, le petit lièvre sortit de sa cachette et rencontra le lapin. Il lui dit :lapin ; il lui dit : « Lapin, mon ami, tu vois que j’ai comme toi été battu. » Le lapin lui répondit :répondit :
« Tu as très mal agi envers moi. C’estfort mal agi à mon égard; c’est toi qui avais bu l’eau de l’étang et tu m’as accusé de l’avoir fait. » Le petit lièvre se hâta de lui répondre :répondre : « Lapin, mon ami, je veux t’enseigner un secret merveilleux. Sais-tumerveilleux; sais-tu comment nous devons faire pour ne pas mourir ? » Le lapin lui dit :mourir? » Le lapin lui dit : « Non, je ne le sais pas. » Le petit lièvre reprit :reprit : « Creusons un trou. » Ils creusèrent un trou assez peu profond. Alorsprofond ; alors le petit lièvre dit :dit : « Allumons un feu dans ce trou. » Ils rassemblèrent du bois sec et allumèrent un grand feu. Quand le feu flamba, le petit lièvre dit au lapin :lapin : « Lapin, mon ami, prends-moiprends moi et jette-moijette moi dans le feu ;feu ; quand je dirai : Itchi, itchi,dirai : Itchi , itchi , et que tu entendras un crépitementque tu entendras le crépitement de mon poil qui brûleExplication : Le crépitement reste le signal qui déclenche le sauvetage et rend la ruse compréhensible : les baies le produisent. Seul le détail du pelage en train de brûler est adouci pour les enfants dans la version modernisée., vite tu me retireras du feu. » Alors le lapin prit le petit lièvre et le jeta au milieu du feu. Lefeu; le petit lièvre avait à peine commencé à sentir la chaleur du feu qu’il prit des baies vertes qu’il avait apportées avec lui. Il les jeta dans le brasier,dont il s’était muni et les jeta dans le brasier où elles se mirent à crépiter. Aussitôtcrépiter; aussitôt il s’écria :s’écria : « Itchi, itchi,Itchi , itchi , lapin mon ami, retire-moi ;retire-moi; est-ce que tu n’entends pas comme ça crépite déjà ?comme ma peau crépite déjà?Explication : Le lièvre attire toujours l’attention sur le crépitement des baies pour faire croire qu’il brûle. Le bruit est conservé ; seul le détail de sa peau brûlée est adouci pour les enfants dans la version modernisée. » Le lapin l’en retira.
Le petit lièvre lui dit alors : « Àalors : « A ton tour maintenant. » Il jeta le lapin dans le feu. Quandfeu ; quand celui-ci sentit le feu l’atteindre, il cria au petit lièvre : « Itchi, itchi, je brûle ;lièvre : « Itchi, itchi, je brûle ; retire-moi du feu, mon ami. » Le petit lièvre, qui voyait que le brasier n’était pas encore suffisamment brûlant, s’empressa d’en retirer le lapin. Ils se mirent à rire de bon cœur. Alors, le petit lièvre lui dit : « Recommençons ;dit : « Recommençons; jette-moi dans le feu. » Le lapin l’y jeta. Dès que le petit lièvre se fut écrié : « Itchi, itchi,jeta; dès que le petit lièvre se fut écrié : « Itchi, itchi , lapin, mon ami, retire-moi », le lapin le retira du feu. Il se mit de nouveau à rire de bon cœur. Alors le petit lièvre dit au lapin : « À ton tour maintenant. » Puislapin : « A ton tour maintenant » ; puis il le jeta dans le feu, qui cette fois formait un véritable brasier. Le lapin s’écria bien vite :vite :
« Itchi, itchi, je brûle ;brûle; mon ami, retire-moi du feu. » Cette fois le petit lièvre se mit à rire et dit au lapin : « Tu peux y rester ; c’est bien ta faute, si tu brûles ;lapin : « Tu peux y rester; c’est bien ta faute, si tu brûles; pourquoi as-tu été assez sot pour te laisser ainsi jeter sur le feu ?feu? Ne savais-tu pas que le feu brûlait ?brûlait? » C’est ainsi que le lapin mourut dans le feu.C’est ainsi que le lapin mourut consumé par le feu ; bientôt il n’en resta plus que les os.Explication : La mort du lapin reste explicite ; la destruction du corps est adoucie pour les enfants. Quand le feu se fut éteint, le petit lièvre descendit dans le trou. Iltrou, prit un des tibias du lapin, un os de la patte,tibias du lapinExplication : Le tibia est un os de la patte. Le lièvre fabrique sa flûte avec un os du lapin qu’il a tué ; ce fait du récit reste explicite. et s’en fit une petite flûte. Il se mit à en jouer en chantant :flûte, de laquelle il se mit à jouer en chantant :
« Pii, pii, petite flûte bien aimée,
Pii, pii, le lapin n’est qu’un petit gamin ;gamin;
Pii, pii, il a voulu me rôtir et ne l’a pas pu,
Pii, pii, moi, je l’ai brûlé : le lapin est mort. »moi je l’ai rôti et il a cuit à point. »Explication : La chanson dit encore que le lièvre a brûlé et tué le lapin. Seule l’image cruelle d’un animal rôti et cuit à point est adoucie pour les enfants dans la version modernisée.
Il se promenait partout, se vantantglorifiant de la mort du lapin et chantant partout cette chanson :chanson :
« Pii, pii, petite flûte bien aimée,
Pii, pii, le lapin n’est qu’un petit gamin ;gamin;
Pii, pii, il a voulu me rôtir et ne l’a pas pu,
Pii, pii, mais moi, je l’ai brûlé : le lapin est mort »moi je l’ai rôti et il a cuit à point »Explication : La chanson dit encore que le lièvre a brûlé et tué le lapin. Seule l’image cruelle d’un animal rôti et cuit à point est adoucie pour les enfants dans la version modernisée.
Ensuite, le petit lièvre se rendit chez Grand Lion et devint son serviteur. Un jour il lui dit :dit : « Grand-père, veux-tu que je t’indique un moyen de tuer beaucoup de gibier ?gibier? » Grand Lion consentit. Le petit lièvre lui dit :dit: « Creusons une fosse. » Ils creusèrent ensemble une fosse profonde au milieu du parc à bestiaux. Alors le petit lièvre dit :dit : « Grand-père, couche-toi dans cette fosse et fais le mort. » Grand Lion fit ce qu’onainsi qu’on le lui disait. Alors le petit lièvre monta sur le mur et se mit à souffler dans un cor et à crier :crier :
« Pii ! Pii !Pii ! Pii ! vous tous les animaux, venez et voyez ;voyez;
Grand Lion est mort, nous allons vivre en paix et nous réjouir. »
Les animaux arrivèrent en courant. Le petit lièvre leur dit : « Entrez tous. Que personnedit : « Entrez tous; que nul de vous ne reste dehors. » Ils entrèrent tous dans le parc à bestiaux. Labestiaux; la guenon vint la dernière, portant son petit sur le dos. Elle s’approcha de la fosse et, prenant une tige d’herbe, chatouilla l’arrière-train de Grand Lionen chatouilla l’anus de Grand LionExplication : Le geste qui révèle la ruse reste. Le détail anatomique est adouci pour les enfants.. Comme Grand Lion remuaitl’anus de Grand Lion se contractaitExplication : La réaction qui trahit le lion reste. Le détail anatomique est adouci pour les enfants., la guenon s’écria :s’écria : « Viens, mon petit, remonte sur mon dos ; allons-nous-en d’ici ;dos; allons-nous-en d’ici ; quel est ce cadavre qui remue encore ?dont l’anus se contracte encore?Explication : Le soupçon de la guenon reste. Le détail anatomique est adouci pour les enfants. » Elle s’éloigna avec son petit. Le petit lièvre dit alors aux autres animaux :animaux : « Maintenant fermez la porte du parc aux bestiaux. » Ils la fermèrent solidement avec de grosses pierres. ÀA peine avaient-ils fini que le petit lièvre dit à Grand Lion :Lion : « Grand-père, lève-toi maintenant. » Grand Lion s’élança hors de la fosse et tua tous les animaux enferméségorgea tous les animaux renfermésExplication : Le lion tue encore tous les animaux enfermés. Seul le détail graphique de la mise à mort est adouci pour les enfants dans la version modernisée. dans l’enceinte ;enceinte ; le petit lièvre l’aida ensuite à préparer la viandeles dépecerExplication : Le lièvre aide encore le lion à préparer la viande des animaux tués. Le détail du dépeçage est adouci pour les enfants dans la version modernisée..
Comme Grand Lion ne donnait au petit lièvre que les mauvais morceaux, gardant pour lui les viandes les meilleures, le petit lièvre chercha un moyen de se venger. Ilvenger; il avait, en effet, remarqué à quel point Grand Lion était sot et combien il était facile de le tromper. Il dit donc à Grand Lion :Lion : « Grand-père, bâtissons une hutte. » Grand Lion y consentit. QuandQuant ils eurent planté les pieux et fait la structurecarcasse de la hutte, le petit lièvre dit à Grand Lion :Lion : « Monte sur la hutte. » Grand Lion y monta. Quant au petit lièvre, il se tenait à l’intérieur. Il dit :monta ; quant au petit lièvre il se tenait à l’intérieur. Il dit : « Grand-père, commençons. » Grand Lion passa sa baguette à travers le roseau. Le petit lièvre la prit et cria :roseau ; le petit lièvre le prit et cria : « Maintenant, attention, je vais percer à mon tour. » En parlant ainsi il passa sa baguette à travers le roseau et en perça la queue de Grand Lion. Grand Lion s’écria : « Qui est-ce qui me pique ? » Le petit lièvre répondit :grand lion. Grand Lion s’écria : « Qui est-ce qui me pique? » Le petit lièvre répondit : « Ce n’est que cette branche, je vais la briser. » Il brisa une petite branche. Mais en réalité le petit lièvre avait fait exprès de percer la queue de Grand Lion, pour le fixer si solidement à la hutte qu’il ne puisse plusafin de le fixer à la hutte si fortement qu’il ne pût en descendre. Un moment après il perça de nouveau avec sa baguette pointue la queue de Grand Lion. Grand Lion s’écria : « Qui est-ce qui me pique ?s’écria : « Qui est-ce qui me pique? » Cette fois le petit lièvre se dit :dit : « Je vois que bientôt il va s’apercevoir de mon projetdessein. » Il s’écria donc :donc : « Grand-père, mets ta queue par ici pour que les branches ne te blessent plus. » Grand Lion fit ainsi. Le petit lièvre lui attacha solidement la queue aux branches de la hutte, puisainsi, et le petit lièvre lui lia la queue fortement aux branches de la hutte ; puis il sortit et se tint dehors. Il cria alors à Grand Lion :Lion : « Grand-père, descends maintenant. » Grand Lion voulut descendre, mais il ne put pas le faire : sa queue était trop solidementlui fut impossible de le faire, tant sa queue était fortement attachée aux branchages de la hutte.
Alors le petit lièvre se mit à manger la viande de Grand Lion, devant ses yeux. Leyeux; le lion avait beau pousser des rugissements épouvantables, le petit lièvre continuait tranquillement son repas. Quand il eut fini,fini il grimpa sur la hutte et, soufflant dans sa flûte, cria à haute voix :voix :
« Pii, pii, tombez pluie et grêle. »
Aussitôt le ciel se couvrit de nuages, le tonnerre gronda de tous les côtés, et une grêle épouvantable s’abattit sur la hutte. Le petit lièvre, à l’abri dans la hutte, criait à Grand Lion : « Grand-père, descends donc ;Lion : « Grand-père descends donc; viens manger avec moi. » La grêle tua bientôteut bientôt fait de tuer Grand Lion, toujours retenu par sa queue au sommet de la hutte. Pendant ce temps le petit lièvre faisait bombance, mangeant les viandes que le lion avait amassées.
Un certain jour, comme le petit lièvre était toujours à manger dans la hutte, un grand vent se mit à souffler et jeta à terre avec un grand bruit la dépouille de Grand Lion, déjà à demi desséchée. Le petit lièvre bondit de frayeur. Puis il s’écria : « Hé ! Hé !en bondit de frayeur; puis il s’écria: « Hé! Hé ! c’est donc là mon grand-père. » En s’approchant il vit qu’il ne restait qu’une peau déjà presque desséchéeque la peau était déjà presque desséchée et que les vers avaient mangé les chairsExplication : L’état de la dépouille reste compréhensible. Les détails de décomposition sont adoucis pour les enfants, avec une phrase naturelle sans répétition ajoutée.. Il nettoya soigneusement la peau, la prépara et maintint la gueule ouverte au moyen de baguettes. Alors il se glissa dans la peau de Grand Lion et se mit à voyager ainsi déguisé. Revêtu de la dépouille du lion,Lion, et se mit à voyager ainsi travesti. Ainsi revêtu de la dépouille du lion il se rendit chez les hyènes. Quand celles-ci le virent arriver, elles furent saisies de frayeur et s’écrièrent :s’écrièrent : « Comment échapperons-nous à ce redoutable animal ?animal? » Le petit lièvre entra chez le roi des hyènes et s’y établit. Chacun disait :disait : « Aujourd’hui, nous allons tous être dévorés. » Le petit lièvre, voyant un pot plein d’eau bouillante, dit à une hyène :bouillante dit à une hyène : « Assieds-toi là-dedans. » L’hyène n’osa pas désobéirdésobéir et mourut brûlée par l’eauéchaudée. Le petit lièvre allait de hutte en hutte, disant partout aux hyènes :hyènes : « Assieds-toi dans l’eau bouillante. » Les hyènes mouraient les unes après les autres. Le village se dépeuplait :autres; le village se dépeuplait, il ne restait presque plus que les femelles.
Un jour,jour que toutes les hyènes étaient allées aux champs ; ilchamps et qu’il n’était resté qu’une petite à la maison. Lemaison, le petit lièvre vint dans le lapa, la petite cour entourée de roseaux devant la hutte. Sanslapa; sansExplication : Jacottet définit le lapa aux pages 1–2 : une petite cour devant la hutte, entourée d’une paroi de roseaux. Le nom est conservé et expliqué à sa première apparition. remarquer la présence de la petite hyène, il sortit de sa peau de lion et se mit à sauter et à cabrioler, en chantant :chantant :
« Je suis le petit lièvre, le vainqueur des grandes hyènes »
La petite hyène se dit : « Quoi !dit : « Quoi! c’est cette toute petite bête qui a causé la mort de tous nos gens ! » Un souffle de vent agita les roseaux du lapa. Legens! » Un souffle de vent venant à agiter les roseaux du lapa, le petit lièvre ne fit qu’un saut pour rentrer dans la peau du lion.
Le soir, lorsque les hyènes rentrèrent au logis, la petite dit à son père : « Mon père, notre peuple est presque entièrement exterminé. C’estpère : « Mon père, notre peuple est presque entièrement exterminé; c’est un tout petit animal caché dans la peau du lion qui nous a fait tout ce mal. » Le père lui dit : « Allons !dit : « Allons! mon enfant tu ne sais pas ce que tu dis. » Elle répondit :répondit :
« Oui, mon père, c’est un tout petit animal, je l’ai vu de mes propres yeux. » Son père alla en parler à un de ses amis. Celui-ci lui dit : « Il faut nous cacher demain matin. Nousamis; celui-ci lui dit : « Il faut nous cacher demain matin et nous verrons si ce que ta fille nous dit est vrai. » Le lendemain, les deux hyènes se cachèrent derrière le lapa. Au milieu du jour, le petit lièvre sortit de la hutte, enleva sa peau de lion et se mit à sauter et à gambader en chantant :lapa; au milieu du jour le petit lièvre sortit de la hutte, se dépouilla de sa peau de lion et se mit à sauter et à gambader en chantant :
« Je suis le petit lièvre, le vainqueur des grandes hyènes. »
Le soir, les deux hyènes dirent aux autres : « Savez-vous que nous nous sommes laissé exterminer par un animal de rien ? Nousautres: « Savez-vous que nous nous sommes laissé exterminer par un animal de rien; nous pensions que c’était un lion, mais il n’en a que la peau. »
Lorsqu’on eut préparé le repas du soir, le petit lièvre, caché dans la peau du lion, dit à une des hyènes :hyènes : « Assieds-toi dans l’eau bouillante. » Les hyènes ne bougèrent pas. Puispas; puis une d’elles prit une pierre et la jeta avec force contre la peau du lion. Le petit lièvre en sortit d’un seul saut et se mit à fuir avec rapidité. Toutesaut, et se mit à fuir avec vélocité ; toute la troupe des hyènes le poursuivit en poussant de grands cris. Au tournant du chemin,chemin le petit lièvre mutila bien vite ses deux oreillesse coupa bien vite les deux oreillesExplication : La mutilation et le déguisement restent. Son geste précis est adouci pour les enfants. pour ne pas être reconnu et fit semblant de moudre sur une pierre plate. Les hyènes lui demandèrent :demandèrent :
« Dis doncDis-donc, ami, n’as-tu pas vu le petit lièvre passer par ici ? » Il répondit :ici? » Il répondit : « Non, je n’ai vu personne. » Les hyènes se dirent : « Où peut-il être ? Quant à celui-là, nous voyons bien que c’est un autre animal. Cedirent : « Où peut-il être? Quant à celui-là, nous voyons bien que c’est un autre animal; ce n’est pas celui que nous cherchons. » Après avoir continué leur poursuite en vain pendant trèsvainement continué leur poursuite pendant fort longtemps, elles retournèrent à leur village en disant :disant : « Comment avons-nous pu nous laisser exterminer par ce petit animal de rien !rien ! »