La Princesse de Deryabar
La princesse de Deryabar a grandi pour succéder à son père à la tête d’un royaume situé sur une île. Mais un jeune homme accueilli au palais trahit le roi et veut la forcer à l’épouser. Elle doit fuir par la mer et abandonner tout ce qu’elle connaît. Dans ce récit des Mille et Une Nuits, elle raconte comment chaque espoir de refuge l’a conduite vers une nouvelle aventure.
伊斯法罕调式加泽尔
« Il y a dans une îleisle une grande ville appelée Deryabar. Elle a été longtempslong-temps gouvernée par un roi puissant, magnifique et vertueux. Ce prince n’avait pas d’enfants. C’était la seule chose qui manquait à son bonheur.Ce prince n’avoit point d’enfans, et cela seul manquoit à son bonheur. Il adressaitadressoit sans cesse des prières au ciel ; mais le ciel ne les exauça qu’à demi ; car la reine sa femme, après une longue attente, donna seulement naissance à une fillene mit au monde qu’une fille.
» Je suis cette malheureuse princesse. Mon père eut plus de chagrin que de joie de ma naissance ; mais il se soumit à la volonté de Dieu. Il me fit élever avec le plus grand soin. Comme il n’avait pas de fils, il décida de m’apprendre l’art de régner pour que je lui succède.Il me fit élever avec tout le soin imaginable, résolu, puisqu’il n’avoit point de fils, à m’apprendre l’art de régner, et à me faire occuper sa place après lui.
» Un jour qu’il était parti chasserqu’il prenoit le divertissement de la chasse, il aperçut un âne sauvage. Il le poursuivit ; il se sépara du reste des chasseursdu gros de la chasse ; et son ardeur l’emporta si loin, que, sans penser qu’il se perdaitsans songer qu’il s’égaroit, il courut jusqu’à la nuit. Alors il descendit de cheval, et s’assit à l’entrée d’un bois dans lequel il avaitavoit remarqué que l’âne s’étaits’étoit jeté. La nuit venait à peine de tomber quand ilÀ peine le jour venoit de se fermer, qu’il aperçut entre les arbres une lumière qui lui fit juger qu’il n’étaitn’étoit pas loin de quelque village. Il s’en réjouit : il espérait y passer la nuit et y trouver quelqu’un pour prévenir ses compagnons de l’endroit où il était.Il s’en réjouit dans l’espérance d’y aller passer la nuit, et d’y trouver quelqu’un qu’il pût envoyer aux gens de sa suite pour leur apprendre où il étoit. Il se leva, et marcha vers la lumière qui lui servait de repère pour avancerqui lui servoit de fanal pour se conduire.
» Il comprit bientôtIl connut bientôt qu’il s’étaits’étoit trompé : cette lumière n’étaitn’étoit autre chose qu’un feu allumé dans une cabane. Il s’en approche, et voit avec étonnement un grand homme noir, ou plutôt un géant épouvantable qui étaitétoit assis sur un sofa. Le monstre avaitavoit devant lui une grosse cruche de vin, et faisaitfaisoit rôtir sur des charbons un bœuf qu’il venaitvenoit d’écorcher. Tantôt il portaitportoit la cruche à sa bouche, et tantôt il dépeçaitdépeçoit ce bœuf et en mangeaitmangeoit des morceaux. Mais ce qui attira le plus l’attention du roi mon père, fut une très belletrès-belle femme qu’il aperçut dans la cabane. Elle paraissaitparoissoit plongée dans une profonde tristesse ; elle avaitavoit les mains liées ; et l’on voyaitvoyoit à ses pieds un petit enfant de deux ou trois ans, qui, comme s’il comprenait déjà le malheur de sa mèrecomme s’il eût déjà senti les malheurs de sa mère, pleuraitpleuroit sans relâche, et faisaitfaisoit retentir l’air de ses cris.
» Bouleversé par ce spectacle, mon père fut d’abord tentéMon père frappé de cet objet pitoyable, fut d’abord tenté d’entrer dans la cabane et d’attaquer le géant. Mais il comprit que le combat serait inégal et s’arrêta. Comme il n’était pas assez fort, il décida de le tuer par surprise. ; mais faisant réflexion que ce combat seroit inégal, il s’arrêta, et résolut, puisque ses forces ne suffisoient pas, de s’en défaire par surprise. Cependant le géant, après avoir vidévuidé la cruche et mangé plus de la moitié du bœuf, se tourna vers la femme, et lui dit : « Belle princesse, pourquoi votre obstination m’oblige-t-elle à vous traiter durementpourquoi m’obligez-vous par votre opiniâtreté à vous traiter avec rigueur ? Vous seule pouvez décider d’être heureuseIl ne tient qu’à vous d’être heureuse : vous n’avez qu’à décider de m’aimerprendre la résolution de m’aimer et de m’être fidèlefidelle, et j’aurai pour vous des manières plus douces. » « Horrible monstre perversÔ Satyre affreux, répondit la dame, n’espère pas que le temps diminue l’horreur que j’ai pour toi ! Tu seras toujours un monstre à mes yeux ! » Ces mots furent suivis de tant d’injures, que le géant en fut irrité. « C’en est trop, s’écria-t-il d’un ton furieux, mon amour méprisé se transforme en ragemon amour méprisé se convertit en rage ; ta haine réveille enfin la mienne. Elle l’emporte sur mes désirs : je souhaite ta mort plus ardemment encore que j’ai souhaité te posséderta haine excite enfin la mienne, je sens qu’elle triomphe de mes désirs, et que je souhaite ta mort avec plus d’ardeur que je n’ai souhaité ta possession. » En achevant ces paroles, il prend cette malheureuse femme par les cheveux, il la tient d’une main en l’air, et de l’autre tirant son sabre, il s’apprête à lui couper la tête, lorsque le roi mon père décoche une flèche et perce l’estomac du géant, qui chancelle et tombe aussitôt sans vie.
« Mon père entra dans la cabane ; il délia les mains de la femme, lui demanda qui elle étaitétoit, et comment elle se trouvait làpar quelle aventure elle se trouvoit là ? « Seigneur, lui répondit-elle, il y a sur le rivage de la mer quelques familles sarrasinessarrazines qui ont pour chef un prince qui est mon mari. Ce géant que vous venez de tuer étaitétoit un de ses principaux officiers. Ce misérable éprouva pour moi une passion violente qu’il cacha soigneusement. Il attendit une occasion favorable pour réaliser son projet de m’enlever.Ce misérable conçut pour moi une passion violente qu’il prit grand soin de cacher, jusqu’à ce qu’il pût trouver une occasion favorable d’exécuter le dessein qu’il forma de m’enlever. Le sort favorise plus souvent les projets injustes que les bonnes intentionsLa fortune favorise plus souvent les entreprises injustes que les bonnes résolutions. Un jour le géant me surprit avec mon enfant dans un endroit isolédans un lieu écarté ; il nous enleva tous deux ; et pour rendre inutiles toutes les recherches que mon mari ferait après cet enlèvementpour rendre inutiles toutes les perquisitions qu’il jugeoit bien que mon mari feroit de ce rapt, il s’éloigna du pays qu’habitent les SarrasinsSarrazins, et nous amena jusque dans ce bois où il me retient depuis quelques jours. Malgré mon sort déplorable, je trouve pourtant une consolation secrète : malgré sa brutalité et sa passion, ce géant ne m’a pas fait violence pour obtenir ce que j’ai toujours refusé à ses demandes.Quelque déplorable pourtant que soit ma destinée, je ne laisse point de sentir une secrète consolation, quand je pense que ce géant, tout brutal et tout amoureux qu’il ait été, n’a point employé la violence pour obtenir ce que j’ai toujours refusé à ses prières. Il m’a pourtant menacée cent fois de recourir aux pires violences s’il ne pouvait pas vaincre autrement ma résistanceCe n’est pas qu’il ne m’ait cent fois menacée qu’il en viendroit aux plus fâcheuses extrémités, s’il ne pouvoit vaincre autrement ma résistance ; et je vous avoue que tout à l’heuretout-à-l’heure, quand j’ai provoqué sa colère par mes parolesj’ai excité sa colère par mes discours, j’ai moins craint pour ma vie que pour mon honneur. Voilà, Seigneur, continua la femme du prince des SarrasinsSarrazins, voilà mon histoire ; et je suis sûre que mon malheur vous inspire assez de pitié pour que vous ne regrettiez pas de m’avoir si généreusement secourueje ne doute point que vous ne me trouviez assez digne de pitié pour ne pas vous repentir de m’avoir si généreusement secourue. »
« Oui, madame, lui dit mon père, vos malheurs m’ont attendri ; j’en suis vivement touché ; mais je ferai tout mon possible pour améliorer votre sortil ne tiendra pas à moi que votre sort ne devienne meilleur. Demain, dès que le jour aura dissipé les ombres de la nuit, nous sortirons de ce bois, nous chercherons le chemin de la grande ville de Deryabar dont je suis le souverain ; et, si cela vous convientsi vous l’avez pour agréable, vous logerez dans mon palais, jusqu’à ce que votre époux, le prince, vienne vous chercherjusqu’à ce que le prince votre époux vous vienne réclamer. »
» La dame sarrasinesarrazine accepta la proposition ; et le lendemain elle suivit le roi mon père, qui trouva à la sortie du bois tous ses officiers qui avaientavoient passé la nuit à le chercher, et qui étaientétoient très inquiets pour luifort en peine de lui. Ils furent aussi ravis de le retrouver, qu’étonnés de le voir avec une dame dont la beauté les surprit. Il leur racontaIl leur conta de quelle manière il l’avaitavoit rencontrée, et le péril qu’il avaitavoit couru en s’approchant de la cabane, où sans doute il auraitauroit perdu la vie si le géant l’avait aperçusi le géant l’eut aperçu. Un des officiers prit la dame en croupe, et un autre porta l’enfant.
» Ils arrivèrent ainsiIls arrivèrent dans cet équipage au palais du roi mon père, qui donna un logement à la belle sarrasinesarrazine, et fit élever son enfant avec beaucoup de soin. La dame ne fut pas insensible aux bontés du roi : elle eut pour lui toute la reconnaissancereconnoissance qu’il pouvaitpouvoit souhaiter. Elle avaitavoit paru d’abord assez inquiète et impatiente de ce que son mari ne la réclamaitréclamoit point ; mais peu à peu elle perdit son inquiétude : les attentions de mon père apaisèrent son impatienceles déférences que mon père avoit pour elle, charmèrent son impatience ; et je crois qu’elle aurait fini par en vouloir davantage au sort de la ramener près de sa famille que de l’en avoir éloignéeje crois qu’elle eût enfin su plus mauvais gré à la fortune de la rapprocher de ses parens, que de l’en avoir éloignée.
» Cependant le fils de cette dame devint grand ; il était très beauil étoit fort bien fait, et comme il ne manquaitmanquoit pas d’esprit, il trouva moyen de plaire au roi mon père, qui prit pour lui beaucoup d’amitié. Tous les courtisans s’en aperçurent, et jugèrent que ce jeune homme pourraitpourroit m’épouser. Dans cette pensée, et le regardant déjà comme héritier de la couronne, ils s’attachaients’attachoient à lui, et chacun s’efforçaits’efforçoit de gagner sa confiance. Il comprit la raison de leur attachement et s’en réjouitIl pénétra le motif de leur attachement ; il s’en applaudit ; et oubliant la différence entre nos rangs, il se persuada que mon père l’aimait assez pour le préférer comme gendre à tous les princes du mondeoubliant la distance qui étoit entre nos conditions, il se flatta dans l’espérance qu’en effet mon père l’aimoit assez pour préférer son alliance à celle de tous les princes du monde. Il fit plus : trouvant que le roi tardait trop à lui offrir ma main, il osa la lui demanderle roi tardant trop à son gré à lui offrir ma main, il eut la hardiesse de la lui demander. Même si son audace méritait un châtimentQuelque châtiment que méritât son audace, mon père se contenta de lui dire qu’il avait d’autres projets pour moi, et ne se montra pas moins aimable avec luiqu’il avoit d’autres vues sur moi, et ne lui en fit pas plus mauvais visage. Le jeune homme fut irrité de ce refus : cet orgueilleux fut aussi choqué du rejet de sa demande que s’il avait demandé la main d’une fille du peuple ou qu’il avait été du même rang que moicet orgueilleux se sentit aussi choqué du mépris qu’on faisoit de sa recherche, que s’il eût demandé une fille du commun, ou qu’il eût été d’une naissance égale à la mienne. Il n’en resta pas làIl n’en demeura pas là : il décidail résolut de se venger du roi ; et par une ingratitude dont il est peu d’exemples, il conspira contre lui, il le poignarda, et se fit proclamer roi de Deryabar, par un grand nombre de personnes mécontentes dont il sut exploiter le mécontentementdont il sut ménager le chagrin. Dès qu’il se fut débarrassé de mon père, il vint aussitôt lui-mêmeSon premier soin, dès qu’il se vit défait de mon père, fut de venir lui-même dans mon appartement à la tête d’une partie des conspirateursdes conjurés. Il voulait me tuer ou me forcer à l’épouserSon dessein étoit de m’ôter la vie, ou de m’obliger par force à l’épouser. Mais j’eus le temps de lui échapper : tandis qu’il étaitétoit occupé à égorger mon père, le grand vizirvisir, qui avaitavoit toujours été fidèle à son maître, vint m’arracher du palais, et me mit en sûreté dans la maison d’un de ses amis, où il me cacha jusqu’à ce qu’un navire préparé secrètement par ses soins soit prêt à partiroù il me retint jusqu’à ce qu’un vaisseau secrètement préparé par ses soins, fût en état de faire voile. Alors je sortis de l’îleisle accompagnée seulement d’une gouvernante et de ce généreux ministre, qui préféra suivre la fille de son maître et partager ses malheurs plutôt que d’obéir au tyranqui aima mieux suivre la fille de son maître, et s’associer à ses malheurs, que d’obéir au tyran.
« Le grand vizirvisir avait l’intentionse proposoit de me conduire dans les cours des rois voisins, de demander leur aide et de les pousser à venger la mort de mon pèred’implorer leur assistance, et de les exciter à venger la mort de mon père ; mais le ciel n’approuva pas une résolution qui nous paraissaitparoissoit si raisonnable. Après quelques jours de navigation, il s’éleva une tempête si furieuse, que malgré l’habileté de nos marinsmalgré l’art de nos matelots, notre vaisseau emporté par la violence des vents et des flotsdes vents et des îlots, se brisa contre un rocher. Je ne m’attarderai pas à vous décrire notre naufrageJe ne m’arrêterai point à vous faire la description de notre naufrage ; je décrirais mal commentje vous peindrois mal de quelle manière ma gouvernante, le grand vizirvisir et tous ceux qui m’accompagnaientm’accompagnoient, furent engloutis dans les abîmesabymes de la mer : la frayeur dont j’étaisj’étois saisie, ne me permit pas de remarquer toute l’horreur de notre sort. Je perdis connaissance. À mon réveil, je me trouvai sur le rivage. Des débris du navire m’avaient peut-être portée jusqu’à la côte. Ou peut-être le ciel, qui me réservait d’autres malheurs, avait-il fait un miracle pour me sauver.Je perdis le sentiment ; et soit que j’eusse été portée par quelques débris du vaisseau sur la côte, soit que le ciel qui me réservoit à d’autres malheurs, eût fait un miracle pour me sauver, quand j’eus repris mes esprits, je me trouvai sur le rivage.
» Souvent les malheurs nous rendent injustes : au lieu de remercier Dieu de la grâce particulière que j’en recevaisrecevois, je ne levai les yeux au ciel que pour lui reprocher de m’avoir sauvéeje ne levai les yeux au ciel, que pour lui faire des reproches de m’avoir sauvée. Loin de pleurer le vizirvisir et ma gouvernante, j’enviaisj’enviois leur destinée, et peu à peupeu-à-peu submergée par les affreuses images qui me troublaient, je décidai de me jeter dans la merma raison cédant aux affreuses images qui la troubloient, je pris la résolution de me jeter dans la mer. J’étaisétois prête à m’y lancer, lorsque j’entendis derrière moi un grand bruit d’hommes et de chevaux. Je tournai aussitôt la tête pour voir ce que c’étaitétoit, et je vis plusieurs cavaliers armés, parmi lesquels il y en avaitavoit un monté sur un cheval arabe : celui-là portaitportoit une robe brodée d’argent avec une ceinture ornée de pierres précieusesune ceinture de pierreries, et il avaitavoit une couronne d’or sur la tête. Même sans reconnaître à ses vêtements qu’il était le chef des autres, je l’aurais compris à l’air majestueux de toute sa personne.Quand je n’aurois pas jugé à son habillement que c’étoit le maître des autres, je m’en serois aperçu à l’air de grandeur qui étoit répandu dans toute sa personne. C’étaitétoit un jeune homme d’une beauté parfaiteparfaitement bien fait, et plus beau que le jour. Surpris de voir en cet endroit une jeune dame seule, il envoya quelques-uns de ses officiersil détacha quelques-uns de ses officiers pour venir me demander qui j’étaisj’étois. Je ne leur répondis que par des pleurs. Comme le rivage étaitétoit couvert de débris de notre vaisseau, ils jugèrent qu’un navire venaitvenoit de se briser sur la côte, et que j’étaisj’étois sans doute une rescapée du naufrageune personne échappée du naufrage. Cette supposition et ma vive douleur aiguisèrent la curiosité des officiersCette conjecture et la vive douleur que je faisois paroître, irritèrent la curiosité des officiers qui commencèrent à me faire mille questions, en m’assurant que leur roi étaitétoit un prince généreux, et que je trouveraistrouverois dans sa cour de la consolation.
» Leur roi, impatient d’apprendre qui je pouvaispouvois être, se lassa d’attendres’ennuya d’attendre le retour de ses officiers : il s’approcha de moi ; il me regarda avec beaucoup d’attention ; et comme je ne cessaiscessois pas de pleurer et de m’affliger, sans pouvoir répondre à ceux qui m’interrogeaientm’interrogeoient, il leur interdit de me fatiguer davantage avec leurs questionsil leur défendit de me fatiguer davantage par leurs questions, et s’adressant à moi : « Madame, me dit-il, je vous en prie, essayez d’apaiser votre douleurje vous conjure de modérer l’excès de votre affliction. Si le ciel en colère vous traite durement, faut-il pour autant vous abandonner au désespoirSi le ciel en colère vous fait éprouver sa rigueur, faut-il pour cela vous abandonner au désespoir ? Gardez courage, je vous en prieAyez, je vous prie, plus de fermeté : le destin qui vous persécute est changeantla fortune qui vous persécute est inconstante ; votre sort peut changer. J’ose même vous assurer que si vos malheurs peuvent être soulagés, ils le seront dans mon royaumeil le seront dans mes états. Je vous offre mon palais : vous demeurerez auprès de la reine ma mère, qui s’efforcera, par ses bons traitementstraitemens, d’adoucir vos peines. Je ne sais pas encore qui vous êtes, mais je sens que je tiens déjà à vousJe ne sais point encore qui vous êtes, mais je sens que je m’intéresse déjà pour vous. »
» Je remerciai le jeune roi de ses bontés ; j’acceptai les offres généreusesles offres obligeantes qu’il me faisaitfaisoit, et pour lui montrer que je n’en étaisétois pas indigne, je lui révélai mon rangje lui découvris ma condition. Je lui décrivis l’audaceJe lui peignis l’audace du jeune SarrasinSarrazin, et je n’eus besoin que de raconter simplement mes malheurs pour exciter sa compassion et celle de tous ses officiers qui m’écoutaientm’écoutoient. Le prince, après que j’eus cessé de parler, reprit la parole, et m’assura de nouveau qu’il était profondément touché par mon malheurqu’il prenoit beaucoup de part à mon infortune. Il me conduisit ensuite à son palais, où il me présenta à la reine sa mère. Je dus alors raconter encore mes aventures et verser de nouvelles larmesIl fallut là recommencer le récit de mes aventures et renouveler les larmes. La reine se montra très sensibletrès-sensible à mes chagrins, et éprouva pour moi une immense tendresseconçut pour moi une tendresse extrême. Le roi son fils de son côté devint éperdument amoureux de moi, et m’offrit bientôt sa couronne et sa main. J’étais encore si absorbée par mes malheurs que, malgré son charme, le prince ne me toucha pas autant qu’il aurait pu le faire à un autre moment.J’étois encore si occupée de mes disgrâces, que le prince, tout aimable qu’il étoit, ne fit pas sur moi toute l’impression qu’il auroit pu faire dans un autre temps. Mais, pleine de reconnaissance, je ne refusai pas de faire son bonheur. Notre mariage fut célébré avec tout le faste imaginable.Cependant pénétrée de reconnoissance, je ne refusai point de faire son bonheur : notre mariage se fit avec toute la pompe imaginable.
» Pendant que tout le monde étaitétoit occupé à célébrer les noces de son souverain, un prince voisin et ennemi débarqua une nuit dans l’îlevint une nuit faire une descente dans l’isle avec un grand nombre de combattantscombattans : ce redoutable ennemi étaitétoit le roi de Zanguebar ; il surprit tout le monde, et massacra tous les sujetstailla en pièces tous les sujets du prince mon mari. Il faillit même nous capturer tous les deuxPeu s’en fallut même qu’il ne nous prît tous deux ; car il étaitétoit déjà dans le palais avec une partie de ses gens ; mais nous trouvâmes moyen de nous sauver et de gagner le bord de la mer, où nous nous jetâmes dans une barque de pêcheur que nous eûmes le bonheur de rencontrer. Nous voguâmes au gré des vents pendant deux jours, sans savoir ce qui allait nous arriverce que nous deviendrions ; le troisième, nous aperçûmes un vaisseau qui venaitvenoit à nous à toutes voiles. Nous nous en réjouîmes d’abord, parce que nous imaginâmes que c’étaitétoit un vaisseau marchand qui pourraitpourroit nous recevoir ; mais notre surprise fut indescriptible : quand le navire s’approcha, dix ou douze pirates armés apparurent sur le pontnous fûmes dans un étonnement que je ne puis vous exprimer, lorsque s’étant approché de nous, dix ou douze corsaires armés parurent sur le tillac. Ils vinrent à l’abordage ; cinq ou six se jetèrent dans une barque, se saisirent de nous deux, lièrent le prince mon mari, et nous firent passer dans leur vaisseau, où d’abord ils m’ôtèrent mon voile. Ma jeunesse et mes traits les frappèrent : tous ces pirates témoignent qu’ils sont charmés de ma vue. Au lieu de tirer au sort, chacun prétend avoir la préférence, et que je devienne sa proie. Ils s’échauffent, ils en viennent aux mains, ils combattent comme des furieux. Le pont du navireLe tillac en un moment est couvert de corps morts. Enfin, ils se tuèrent tous, à l’exception d’un seulà la réserve d’un seul qui, se voyant maître de moiqui se voyant maître de ma personne, me dit : « Vous êtes à moi : je vais vous conduire au Caire, pour vous livrer à un de mes amis, à qui j’ai promis une belle esclave. Mais, ajouta-t-il en regardant le roi mon époux, qui est cet homme-là ? Quels liens l’attachent à vous ? Est-il de votre famille ou vous aime-t-ilQuels liens l’attachent à vous ? Sont-ce ceux du sang ou ceux de l’amour ? » « Seigneur, lui répondis-je, c’est mon mari. » « Dans ce casCela étant, reprit le corsaire, il faut que je me débarrasse de lui par pitiéil faut que je m’en défasse par pitié ; il souffriraitsouffriroit trop de vous voir entre les bras de mon ami. » À ces mots, il prit ce malheureux prince qui étaitétoit lié, et le jeta dans la mer, malgré tous les efforts que je pus faire pour l’en empêcher. » Je poussai des cris effroyables à cette cruelle action ; et je me serais certainement jetée dans les flots si le pirate ne m’avait pas retenueje me serois indubitablement précipitée dans les flots, si le pirate ne m’eût retenue. Il vit bien que je n’avais aucune autre envieje n’avois point d’autre envie ; c’est pourquoi il me lia avec des cordes au grand mât ; et puis il mit les voiles et navigua vers la côte, où il débarquamettant à la voile, il cingla vers la terre où il alla descendre. Il me détacha, me mena jusqu’à une petite ville, où il acheta des chameaux, des tentes et des esclaves, et prit ensuite la route du Caire, avec le projet, répétait-il, de me présenter à son ami pour tenir sa paroledans le dessein, disoit-il toujours, de m’aller présenter à son ami et de dégager sa parole.
» Il y avaitavoit déjà plusieurs jours que nous étions en marche, lorsqu’en passant hier par cette plaine, nous aperçûmes l’homme noirle nègre qui habitaithabitoit ce château. Nous le prîmes de loin pour une tour ; et lorsqu’il fut près de nous, nous pouvions à peine croire que c’était un hommeà peine pouvions-nous croire que ce fût un homme. Il tira son large sabre courbeson large cimeterre, et ordonna au pirate de se rendresomma le pirate de se rendre prisonnier, avec tous ses esclaves et la dame qu’il conduisaitconduisoit. Le corsaire avaitavoit du courage, et aidé par tous ses esclavessecondé de tous ses esclaves qui promirent de lui être fidèles, il attaqua l’homme noirle nègre. Le combat dura longtempslong-temps ; mais enfin le pirate tomba sous les coups de son ennemi, aussi bien que tous ses esclaves, qui aimèrent mieux mourir que de l’abandonner. Après cela, l’homme noirle nègre m’emmena dans ce château, où il apporta le corps du pirate qu’il mangea à son souper. Vers la fin de cet horrible repasSur la fin de cet horrible repas, il me dit, voyant que je ne faisaisfaisois que pleurer : « Jeune dame, prépare-toi à satisfaire mes désirs au lieu de pleurer ainsidispose-toi à combler mes désirs, au lieu de t’affliger ainsi. Accepte de bon gré ce que tu ne peux éviterCède de bonne grâce à la nécessité : je te donne jusqu’à demain pour réfléchirje te donne jusqu’à demain à faire tes réflexions. Que je te revoie toute consolée de tes malheurs, et ravie d’être réservée à mon lit. » En achevant ces paroles, il me conduisit lui-même dans une chambre, et se coucha dans la sienne, après avoir fermé lui-même toutes les portes du château. Il les a ouvertes ce matin, et refermées aussitôt pour courir après quelques voyageurs qu’il a remarqués de loin ; mais ils ont dû lui échappermais il faut qu’ils lui soient échappés, puisqu’il revenaitrevenoit seul et sans leurs dépouilles, lorsque vous l’avez attaqué. »