La Dame Hollé
Une jeune fille laisse tomber ce qui lui sert à filer dans un puits. En sautant pour le récupérer, elle se retrouve dans une prairie ensoleillée. Du pain et des pommes lui demandent de l’aide, puis elle arrive chez Dame Holle. Là, même secouer les couvertures produit un effet étonnant ! Dans ce conte des frères Grimm, de petits services rendent possible une aventure dans un monde où rien n’est tout à fait ordinaire.
Scènes d’enfants, op. 15 — Le Poète parle
Une veuve avait deux filles, l’une belle et active, l’autre laide et paresseuse. Mais elle aimait bien plus la fillette paresseuse et laide, parce que c’était sa propre fille. L’autre devait faire tout le travail : c’était la Cendrillon de la maisoncomme étant sa propre fille, que l’autre qui devait faire tout l’ouvrage et qui était la Cendrillon du logis. La pauvre enfant devait se mettre tous les jours sur la grande route, près d’un puits, et filer sans relâche, au point que le sang lui coulait des doigts.
Un jour, sa quenouille était couverte de sang. Comme elle se penchait pour se laver, l’objet lui glissa de la mainIl arriva qu’une fois, comme sa quenouille était couverte de sang et qu’elle se penchait pour se laver, celle-ci lui glissa de la main et tomba au fond du puits. La pauvrette fondit en larmes, et courut chez sa belle-mère à qui elle raconta son malheur. Maiselle conta son malheur ; mais cette femme la gronda durementla gronda rudement et se montra sans pitié. Enfin, elle lui dit :
« Si tu as laissé tomber ta quenouille, va la chercher. »
La jeune fille retourna donc près du puits, mais elle ne savait pas quoi faire. Alors,s’en retourna donc auprès du puits, mais elle ne savait que faire ; et, dans son angoisse, elle sauta par-dessus le bord, pour chercher la quenouille.
Lorsqu’elle revint à elle après le premier étourdissement, elle se vit dans une belle prairiesur une belle prairie, où il faisait un beau soleil et où il y avait des milliers de fleurs. Elle traversa la prairie et arriva près d’un four qui était rempli de pains. Le pain criaitrempli de pains ; et le pain criait :
« Ah ! retire-moi, retire-moi ! Autrement, je brûlerais, car il y a longtemps que je suis cuit. »
Vite, elle se mit au travail, et retira tout. Puis elle continua son chemin, et trouva un pommier chargé de pommes. Il criaitchargé de pommes ; et il criait :
« Ah ! secoue-moi, secoue-moi ! Mes pommes sont toutes mûres. »
Alors elle secoua l’arbre et les pommes tombèrent comme de la grêle, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus une. Puiscomme grêle, jusqu’à ce qu’il n’y en eût plus une ; puis elle s’en alla.
Enfin, elle rencontra une petite maison, d’où une vieille femme semblait la guetter.d’où semblait la guetter une vieille femme ; Mais comme celle-cimais comme celle-ci avait de longues dents, elle eut peur et voulut se sauver. La vieille femme lui dit alors :
« Ne crains rien, chère enfant, reste chez moi, et si tu veux faire avec soin tout le travail de la maisontout l’ouvrage de la maison, tu seras heureuse ici. Mais veille à bien secouer mon édredon jusqu’à ce que les plumes s’envolent. Alors, il neige dans le monde,tu auras du bon temps ; mais il faut prendre garde de bien secouer mon édredon, jusqu’à ce que les plumes s’envolent : alors il neige par le monde ; car je suis la dame Hollé1. »
La vieille parlait si doucement que la jeune fille accepta d’entrer à son service. Elle faisait tout comme il fallaitElle faisait tout à souhait et secouait toujours l’édredon de toutes ses forces ; en retour, elle menait une vie très agréable : aucune parole désagréable,mais aussi avait-elle une vie des plus agréables, point de mauvaises paroles, et chaque jour de la friture et du rôti.
Il y avait déjà quelque temps qu’elle était chez la dame Hollé, lorsqu’elle devint triste jusqu’au fond du cœur. Même si elle était mille fois mieux là que chez sa belle-mère, elle mourait d’envie de revoir son ancienne maison. Enfin,lorsqu’elle devint triste jusqu’au fond du cœur ; et quoiqu’elle fût mille fois mieux là que dans la maison de sa belle-mère, elle mourait d’envie de revoir son ancien logis ; enfin elle dit à la vieille :
« J’ai le mal du pays, et même si je me trouve très bien ici, je ne peuxsi bien que je me trouve ici, je ne puis y rester plus longtemps. »
La dame Hollé lui répondit :
« Je suis contente que tu veuilles retourner chez toiIl me plaît que tu désires retourner chez toi ; et, puisque tu m’as servie fidèlement, je veux t’y ramener moi-même. »
Puis elle la prit par la main pour la conduire sous une grande porte, qui s’ouvrit. Lorsqueune grande porte, qui s’ouvrit ; et lorsque la jeune fille fut juste au-dessous, une abondante pluie d’or en tomba. L’or resta collé à elle et la recouvrit entièrementune pluie d’or abondante en tomba, et l’or resta attaché à elle, de sorte qu’elle en était couverte entièrement.
« Tu auras cela, parce que tu as été appliquée, » dit la dame Hollé ; et elle lui donna aussi la quenouille qui était tombée dans le puits. Ensuite la porte se referma et la jeune fille se trouva de nouveau sur la terre, près de la maison de sa mère. Quandla maison maternelle ; et quand elle entra dans la cour, le coq était perché sur la margelle du puits et chantait :
« Kikeriki, kikeriki !
Notre jeune fille d’orNotre vierge d’or est ici. »
Alors, elle allaelle s’en fut chez sa mère, et comme elle arrivait couverte d’or, elle se trouva la bienvenue.
Quand la mère eut appris comment elle avait reçu cette richessecette richesse lui était échue, elle voulut procurer le même bonheur à sa laide et paresseuse fille. La fille dut se mettre elle aussi à filer près du puits. Pour tacher sa quenouille de sang,Il fallut qu’elle se mît aussi à filer auprès du puits ; et pour que la quenouille fût ensanglantée, elle se piqua le doigt et s’égratigna la main aux épines de la haie. Puisla main aux épines de la haie ; puis elle jeta la quenouille dans le puits, et y sauta elle-même après elle.
Comme sa sœur, elle arriva à la belle prairie et prit les mêmes chemins. Lorsqu’elle atteignit le four, le pain criait :
« Oh ! Retire-moi, retire-moi ! Autrement je brûlerais, car il y a longtemps que je suis cuit. »
La paresseuse répondit :
« Je n’ai pas envie de me salir ! » Et elle continua sa route.
Bientôt elle trouva le pommier, qui s’écria :
« Oh ! Secoue-moi, secoue-moi ! Mes pommes sont toute mûres. »
Elle dit :
« Oui ! N’est-ce pas ? Pour qu’une pomme me tombe sur la tête ! » Et elle s’en alla plus loin.
En arrivant devant la maisondevant le logis de la dame Hollé, elle n’eut pas peur, car elle avait déjà entendu parler de ses grandes dents, et s’y mit tout de suite au travails’y mit tout de suite en service. Le premier jour, elle se força à travailler avec soinelle se contraignit à être appliquée et fit tout comme le lui disait la dame Hollé, car elle pensait à l’or qui lui en reviendrait. Le second jour, elle commença à faire la paresseuse ; le troisième, ce fut encore pirece fut encore pis ; elle ne voulait plus se lever tôt le matinde bon matin, faisait très mal le litfaisait fort mal le lit de la dame Hollé et ne le secouait pas pour en faire voler les plumes. La dame Hollé fut bientôt fatiguée d’elle et la renvoyalui donna son congé. La paresseuse en fut ravie, pensant que la pluie d’or allait venir à présent. La bonne dame la conduisit comme l’autre sous la grande porte, et quand elle se trouva juste au-dessous, au lieu de l’or qu’elle attendait, un chaudron de poix, une matière noire et collante,un chaudron de poix lui fut versé sur la tête.
« Tu as maintenant la récompense de tes services, » dit la dame Hollé en fermant la porte.
C’est ainsi que la paresseuse s’en retourna toute couverte de poix ; et quand le coq, perché sur le puits, l’eut aperçue, il chanta :
« Kikeriki, kikeriki !
Notre enfant malpropre est ici. »
La poix ne voulut jamais s’en aller, et la paresseuse fut obligée de la garder aussi longtemps qu’elle vécut.
1. On dit en Hesse, quand il neige, que la dame Hollé fait son lit.