Rip Van Winkle
Afin d’abréger une longue histoire, disonsnous dirons que la foule se dispersa pour retourner aux affaires plus importantesdissipa pour retourner aux soins plus importants de l’élection. La fille de Rip le prit chez elle pour vivre ensemble ; elle avait une maison confortable et bien équipéebien commode, bien garnie, et pour mari un bon gros fermier en qui Rip reconnut un des bambins qui avaient l’habitude de grimper sur son dos. Quant au fils et à l’héritier de Rip, seconde édition de son père, que Ripqu’il avait vu appuyé contre un arbre, on l’employait à travailler sur la ferme ; mais il montrait un penchant hérité de son père : s’appliquer à toute autre chose qu’à son travailmarquait une disposition héréditaire à s’appliquer à toute autre chose qu’à sa besogne.
Rip reprit alors ses promenades et ses habitudes d’autrefois. Il eut bientôt retrouvé plusieurs de ses anciennes connaissances ; mais leur caractère avait malheureusement changés’était déplorablement modifié avec les années, et il préféra se faire des amis parmi la jeune générationgénération naissante, auprès de laquelle il fut bientôt très appréciéen grande faveur.
N’ayant rien à faire à la maison, et étant arrivé à cet heureux âge où un homme peut rester oisif sans se faire reprocher sa paresseêtre impunément oisif, il reprit sa place sur le banc à la porte de l’auberge, et fut vénéré comme un des patriarches du village, une chronique vivante dudu vieux temps — « avant la guerre. » Il fallutse passa quelque temps avant qu’il puisse participer pleinement aux conversations et comprendrepût prendre part aux causeries d’une façon complète, avant qu’on pût lui faire saisir les événements étranges survenus pendant son sommeil. Ilqui avaient eu lieu pendant sa torpeur ; comment il se faisait qu’il y avait eu une révolution, puis la guerre. Leguerre — que le pays avait repoussé le joug de la vieille Angleterre. AuAngleterre — et qu’au lieu d’être le sujet de Sa Majesté Georges III, Rip était maintenant unS. M. Georges III, il était maintenant citoyen libre des États-Unis. Rip, endans le fait, ne s’intéressait pas à lan’était pas un politique : les changements des États et des empires le touchaient assez peuvariations des États et des empires l’affectaient assez médiocrement ; mais il existait une forme de pouvoir absoluétait une espèce de despotisme sous lequel il avait longtemps gémi — l’empire de la cornette, cette coiffe de femmecornetteExplication : La cornette est une coiffe de femme. L’empire de la cornette est une image moqueuse pour l’autorité de dame Van Winkle sur son mari ; le narrateur ne parle pas d’un véritable empire.. Heureusement que son règne était fini ; il avait retiré son cou du joug du mariagematrimonial, et pouvait entrer et sortir quand celail lui plaisait, sans avoir à redouter la tyrannie de dame Van Winkle. Toutes les fois qu’on prononçait son nom, cependant, il secouait la tête, haussait les épaules et levait les yeux au ciel, ce qui pouvait passer pour l’expression de sa résignation à son destinsa destinée, ou de la joie qu’il éprouvait de sa libérationdélivrance.
Il avait l’habitudecoutume de raconter son histoire à tous les étrangers qui arrivaient à l’hôtel de M. Doolittle. On remarqua d’abord qu’il modifiait quelques détailsvariait sur quelques points chaque fois qu’il la racontait,disait, ce qui, à n’en pas douter, venait de ce qu’il était tout juste réveillé.récemment éveillé. Elle finit cependant par prendre une forme fixeun caractère de fixité : c’est celle-là que nous avons racontée, et il n’y avait pas dans le voisinage un homme, une femme ou un enfant qui ne la sache par cœur. Certains firent toujours minesût par cœur. Il en est bien qui affectèrent toujours de douter de son authenticité. Ilsauthenticité, qui répétèrent que Rip avait eu une absence d’esprit, et que c’était un sujet sur lequel il n’avait pas encore la tête bien saine ; mais les vieux habitants d’origine hollandaise y crurent presque tous,ajoutèrent presque universellement foi, et aujourd’hui même ils n’entendent jamais retentir le tonnerre sur les monts Catskill, par un orageux après-midi d’été, sans direKaatskill, par une orageuse après-midi d’été, qu’ils ne disent : « Hendrick Hudson et sa bande sont en train de jouer aux quilles. » Dans le voisinage,quilles ; » et c’est, dans le voisinage, un vœu familier à tous les maris menés par leurs femmes font souvent le même vœufemmes, quand la vie leur pèse lourd sur les bras :lourde sur les bras, que de pouvoir puiser le repos dans le flacon de Rip Van Winkle.