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Snow and winterJourneys and adventuresWorking together

La Reine des neiges

Scenes from Childhood, Op. 15 — Of Foreign Lands and People

Robert Schumann
Text version

Cinquième histoire — La petite fille de brigands

On roulait à travers la forêt sombre, mais le carrosse brillait comme une torche. Cela blessait les yeux des brigands, qui ne pouvaient le supporterle carrosse luisait comme un flambeau, cela blessa les yeux des brigands, ils ne pouvaient tolérer cela.

— C’est de l’or, c’est de l’or, crièrent-ils, ils se précipitèrent, arrêtèrent les chevaux, massacrèrent les petits jockeys et les domestiques, et tirèrent de la voiture la petite Gerda.

Illustration

— Elle est grasse, elle est gentille, elle est engraissée au pain d’épice, dit la vieille femme de brigand, qui avait une barbe en broussaille et des sourcils pendant jusque sur ses yeux. — C’est comme un agneau gras, ça sera bon à manger. Et elle tira son couteau aiguisécouteau affilé, qui brilla terriblement. — Aïe, dit la femme aussitôt. Elle venait d’être mordue à l’oreille par sa propre fillette qu’elle portait sur son dos, et qui était sauvage et mal élevée à souhait. — Vilaine enfant ! dit la mère, qui n’eut pas le temps de tuer Gerda. — Elle jouera avec moi, dit la fille de brigand. Elle me donnera son manchon et sa belle robe, et elle couchera dans mon lit. Et elle mordit de nouveau, et la femme sauta en l’air et tourna en rond, et tous les brigands se mirent à rire, disant : — Regardez comme elle danse avec sa petite ! — Je veux aller dans le carrosse, dit la fille de brigand.

Et ce qu’elle voulait, elle le voulait bien, car elle était tenace et très gâtée. Elle et Gerda prirent place dans la voiture et s’enfoncèrent plus loin dans la forêt, secouées en passant sur des souches et des broussaillescahotées par des souches et des broussailles. La fille de brigand était aussi grande que Gerda, mais plus forte, plus large d’épaules, et brune de peau ; ses yeux étaient tout à fait noirs, et avaient un air presque désolé. Elle prit la petite Gerda par la taille et dit :

— On ne te tuera pas tant que je ne serai pas fâchée avec toi. Tu es sûrement une princesse ?

— Non, dit la petite Gerda, et elle raconta tout ce qui lui était arrivétout ce qu’il lui était arrivé, et combien elle aimait le petit Kay.

La fille de brigand la regardait d’un air grave, elle fit un léger signe de tête, et dit :

— Ils ne te tueront pas, même si je suis fâchée avec toi, dans ce cas-là, je te tuerai moi-mêmedans ce cas-là, je le ferai bien moi-même.

Et elle essuya les yeux de Gerda, et fourra ses deux mains dans le beau manchon, qui était si doux et si chaud.

Le carrosse s’arrêta ; elles étaient au milieu de la cour d’un château de brigands, fissuré du haut en bas. Corbeaux et corneillestout lézardé du haut en bas, corbeaux et corneilles s’envolaient de tous les trous, et les deux grands bouledogues, qui avaient l’air de pouvoir chacun avaler un homme, sautaient par grands bonds, mais n’aboyaient pas, car c’était défendu.

Dans la grande vieille salle couverte de suieDans la grande vieille salle enduite de suie, un grand feu était allumé au milieu du dallage; la fumée s’accumulait sous le plafond et devait se chercher elle-même une issue ; une grande marmite de soupe bouillait, et l’on tournait la broche avec des lièvres et des lapins.

— Tu vas dormir avec moi cette nuit près de mes petits animaux, dit la fille de brigand.

Elles eurent à manger et à boire, puis allèrent dans un coin où il y avait de la paille et des couvertures. Au-dessus d’elles, sur des lattes et des barreaux, étaient près de cent pigeons qui avaient tous l’air de dormir, mais ils tournèrent légèrement la tête à l’arrivée des fillettes.

— Ils sont tous à moi, dit la fille de brigand, et elle en attrapa un des plus proches, le tint par les pattes et le secoua, ce qui le fit battre des ailes. — Embrasse-le ! cria-t-elle en le jetant à la figure de Gerda. — Là, ce sont les canailles de la forêt, continua-t-elle en montrant une quantité de barreaux qui fermaient un trou placé haut dans le mur. Ce sont les canailles de la forêt, ces deux-là, ils s’envolent tout de suite et disparaissent, si on ne les a pas bien enfermés. Et ici, c’est mon vieux chéri, Bê !

Et elle tira par les cornes un renne qui portait au cou un anneau de cuivre poli, et qui était attaché. Nous devons bien le tenir, lui aussi, sans quoi il bondit et s’en va.

— Tous les soirs je lui caresse le cou avec mon couteau aiguisécouteau affilé, dont il a si peur.

Et d’une fente du mur, la fillette tira un long couteau qu’elle fit glisser sur le cou du renne ; la pauvre bête ruait et la fille de brigand riait ; puis elle tira Gerda qui tomba sur le lit.

— Vas-tu garder le couteau en dormant? demanda Gerda, qui regardait cette lame avec crainte.

— Je dors toujours avec mon couteau, dit la fille de brigand. On ne sait jamais ce qui peut arriver. Mais raconte-moi encore ce que tu disais tout à l’heure du petit Kay, et pourquoi tu es partie dans le vaste monde.

Et Gerda reprit son récit, et les pigeons de la forêt roucoulaient là-haut, dans leur cage, les autres dormaient. La fille de brigand passa son bras autour du cou de Gerda, tout en tenant le couteau de l’autre main, et s’endormit ; on pouvait l’entendre ; mais Gerda ne put fermer les yeux, elle ne savait si elle allait vivre ou mourir. Les brigands étaient assis autour du feu, ils chantaient et buvaient, et la vieille femme faisait des culbutes. Oh, c’était affreux à voir pour la fillette.

Alors les pigeons des bois dirent :

— Crou, crou! nous avons vu le petit Kay. Une poule blanche portait son traîneau, il était assis dans la voiture de la reine des neiges, qui volait bas au-dessus de la forêt, quand nous étions au nid ; elle a soufflé sur nous autres petits, et tous sont morts, sauf nous deux ; crou, crou !

— Que dites-vous là-haut? demanda Gerda. Où allait la reine des neiges? Pouvez-vous le dire?

— Elle allait sûrement en Laponie, où il y a toujours de la neige et de la glace. Tu n’as qu’à interroger le renne qui est attaché à la corde.

— Il y a de la neige et de la glace, dit le renne, c’est agréable et bon ! et l’on saute librement dans les grandes vallées blanches ; c’est là que la reine des neiges a sa tente d’été, mais son château est là-haut vers le pôle Nord, dans l’île qu’on appelle Spitsberg.

— Oh, Kay, petit Kay, soupira Gerda.

— Tu vas te tenir tranquille, hein ! dit la fille de brigand, sans quoi tu auras mon couteau dans le ventre !

Le matin, Gerda lui raconta tout ce qu’avaient dit les pigeons des bois, et la fille de brigands eut un air grave, mais elle hocha la tête et dit :

— Ça m’est égal, ça m’est égal... Sais-tu où est la Laponie ? demanda-t-elle au renne.

— Qui le saurait mieux que moi ? dit l’animal, dont les yeux brillèrent. C’est là que je suis né, que j’ai bondi sur les champs de neige !

— Écoute, dit la fille de brigand à Gerda, tu vois que tous nos hommes sont partis, mais la mère est encore ici ; seulement, plus tard dans la matinée, elle va boire à la grande bouteille, après quoi elle fera une petite siesteelle aura un petit somme; ...alors, je ferai quelque chose pour toi.

Elle sauta du lit, se précipita au cou de sa mère, lui tira les moustaches, et dit :

— Bonjour, mon gentil bouc à moi !

Et la mère lui donna dans le nez une pichenetteune chiquenaude qui le rendit rouge et bleu, mais ce n’était qu’une marque d’amour.

Lorsque la mère eut bu à sa bouteille et se fut endormie, la fille de brigand s’approcha du renne et dit :

— J’aurais bien envie de te chatouiller souvent encore avec le couteau aiguisécouteau affilé, car tu es alors si amusant, mais peu importe, je vais te détacher et t’aider à sortir, afin que tu puisses courir en Laponie, mais il faut que tu ailles très viteil faut que tu ailles grand train et que tu me conduises cette petite fille au château de la reine des neiges, où est son camarade de jeu. Tu as bien entendu ce qu’elle a raconté, car elle parlait assez fortelle parlait assez haut, et tu écoutes tout ! Le renne bondit de joie. La fille de brigand souleva la petite Gerda et prit soin de bien l’attacher et même de l’asseoir sur un petit coussineut la précaution de bien l’attacher, et même de l’asseoir sur un petit coussin. — Ça m’est égal, dit-elle, tu as tes souliers fourrés, car il fera froid, mais le manchon, je le garde, il est trop joli. Tu n’auras tout de même pas froid, voilà les grandes moufles de ma mère, elles montent jusqu’au coude; glisse tes mains là-dedansentre-moi là-dedans !... Voilà que, par les mains, tu ressembles à ma vilaine mère.

Et Gerda versait des larmes de joie.

— Je n’aime pas te voir pleurnicher, dit la fille de brigand. Tu devrais être contente, maintenant ! Et tu as là deux pains et un jambon, tu n’auras pas faim.

Le tout fut attaché sur le renne ; la fille de brigand ouvrit la porte, attira tous les grands chiens dans la salle, puis coupa la corde avec son couteau et dit au renne :

— Allons, cours ! Mais veille bien sur la petite fille !

Et Gerda tendit les mains, avec les grandes moufles, vers la fille de brigand, et dit adieu, et le renne partit à toute vitessele renne détala, par-dessus buissons et souches, à travers la grande forêt, franchit marais et plaines, de toutes ses forces. Les loups hurlaient, les corbeaux croassaient. Et le ciel parla aussi : « Pfut ! Pfut ! » On aurait dit qu’il éternuait rouge.

— Ce sont mes vieilles aurores boréales, dit le renne ; vois, quelles lueurs!

Et il courut encore plus fort, nuit et jour; les pains furent mangés, le jambon aussi, et l’on fut en Laponie.