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Fantômes et espritsHistoires d’amourÉnigmes et secrets

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La Légende de Sleepy Hollow

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Parmi les élèves qui se réunissaient un soir par semaine pour apprendre avec lui le chant des psaumes, il y avait Katrina Van Tassel, la fille et l’unique enfant d’un riche fermier hollandais.Au nombre des élèves en musique qui se réunissaient un soir de chaque semaine pour recevoir ses instructions dans la psalmodie, se trouvait Katrina Van Tassel, la fille et l’unique enfant d’un riche fermier hollandais. C’était une fraîche jeune fille de dix-huit ans à peine, dodue comme une perdrix, mûre, fondante, à la pulpe rosée comme une des pêches de son père, et renommée partout non-seulement pour sa beauté, mais pour le grand héritage qu’elle pouvait espérerpour ses grandes espérances. Elle était avec cela un peu coquettetant soit peu coquette, ainsi qu’on pouvait s’en apercevoir à sa tenue, un mélange de modes anciennes et modernes très propre à donner du reliefsa toilette, laquelle était un mélange de modes anciennes et modernes, comme très-propre à donner du relief à ses charmes. Elle portait les ornements en pur or jaune que sa grand’grand’grand’mère avait apportés de Saardam ; le séduisant corsage lacé du vieux temps, et avec cela le jupon court le plus provocantprovoquant, afin de mettre en évidence les plus jolis pieds et cous-de-pied qu’on puisse voirles plus jolis pied et cou-de-pied qui fussent dans le pays d’alentour.

Ichabod Crane avait pour les femmes un penchant tendre et galant. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’un si friand morceau trouve bientôt grâce à ses yeux, surtout après qu’il fut allé la voir chez son père.Ichabod Crane avait pour le beau sexe une tendre et galante inclination ; il n’y a donc pas à s’étonner de ce qu’un si friand morceau trouva bientôt grâce à ses yeux, plus particulièrement encore après qu’il fut allé la voir dans la maison de son père. Le vieux Baltus Van Tassel était le portrait parfaitla peinture achevée d’un fermier prospère, content, au cœur d’or. Il laissait rarement, il est vrai, ses yeux ou ses pensées errer au-delà des limites de sa propre ferme. Mais, dans ces limites, tout était heureux, bien clos et en bon état.Il laissait rarement errer, il est vrai, ses yeux ou ses pensées au delà des limites de sa propre métairie ; mais tout dans ce rayon était heureux, bien clos et dans de bonnes conditions. Il se réjouissait de sa richesse, mais sans en tirer de l’orgueil. Il était plus fier d’une solide abondance que du raffinement de son mode de vie.Il se réjouissait de son opulence, mais n’en était pas orgueilleux pour cela, et se piquait plutôt d’une solide abondance que de la forme dans sa manière de vivre. Son château fort était situé sur les bords de l’Hudson, dans l’un de ces verdoyants, bien abrités et fertiles recoins où les fermiers hollandais aiment tant à faire leur nid. Un orme immense étendait ses larges branches au-dessus de la maison. À son pied murmurait une source à l’eau très fraîche et très limpide. Elle tombait dans un petit puits formé par un baril, puis se glissait doucement sous l’herbe et étincelait en disparaissant. Elle rejoignait un ruisseau voisin qui gazouillait en courant parmi les aulnes et les saules nains.Un orme immense étendait par-dessus ses larges branches, au pied duquel murmurait une source de l’eau la plus fraîche et la plus limpide, qui tombait dans un petit puits formé par un baril, et puis, se glissant doucement, étincelait en disparaissant sous l’herbe, pour rejoindre un ruisseau voisin qui gazouillait en courant parmi les aulnes et les saules-nains. Attenant à la maisonAttenant au corps de logis, s’élevait une vaste grange qui aurait pu servir d’église, et dont toutes les fenêtres et les fissures semblaient crever sous les trésors de la ferme. Le fléau y résonnait sans se lasser du matin jusqu’au soir. Des hirondelles et des martinets rasaient les gouttières en poussant des cris aigus. Des rangées de pigeons se prélassaient sur le toit, aux rayons du soleil. Les uns regardaient en l’air, comme pour examiner le temps. Certains avaient la tête sous l’aile ou enfouie dans leur jabot. D’autres se gonflaient, roucoulaient et faisaient les galants auprès de leurs compagnes.Le fléau y résonnait sans se lasser du matin jusqu’au soir ; dés hirondelles et des martinets rasaient les gouttières en poussant des cris aigus, et des rangées de pigeons, les uns l’œil regardant en haut, comme s’ils examinaient le temps, ceux-ci la tête sous l’aile ou ensevelie dans leur jabot, d’autres se gonflant et roucoulant et faisant les galants auprès de leurs compagnes, se prélassaient sur le toit aux rayons du soleil. D’énormes porcsD’énormes pourceaux au poil lisse grognaient dans le repos et l’abondance de leur enclosde leurs parc, d’où s’élançaient de temps à autre des bandes de cochons de lait, pour venir renifler l’air. Un grave escadron d’oies blanches comme la neige naviguait dans un étang voisin, escortant des flottilles de canards ; des régiments de dindons glougloutaient dans la cour de la ferme, et des poules d’Afrique l’arpentaient d’un air irritécourroucé, comme des ménagères acariâtres, en poussant leur cri hargneux et rageur. Devant la porte de la grange marchait fièrement le noble coq, ce modèle de l’époux, du guerrier et du fin gentleman. Il faisait claquer ses ailes brillantes et lançait son cocorico, le cœur plein d’orgueil et de joie. Parfois, il déchirait et creusait la terre avec ses ergots, puis appelait généreusement son insatiable famille d’épouses et d’enfants à partager la riche aubaine qu’il avait découverte.Devant la porte de la grange marchait fièrement le noble coq, ce type de l’époux, du guerrier et du fin gentleman, faisant choquer ses ailes brillantes et coqueriquant dans l’orgueil et la joie de son cœur, — déchirant et creusant parfois la terre avec ses ergots, et alors appelant généreusement son insatiable famille d’épouses et d’enfants pour partager la riche aubaine qu’il avait faite.

L’eau venait à la bouche du maître d’écoledu pédagogue pendant qu’il embrassait du regard ces magnifiques promesses de splendide régal pour l’hiver. L’œil dévorant de son imagination lui représentaitL’œil dévorant de son esprit lui peignait chaque cochon de lait rôti, circulant à la ronde avec un pudding dans le ventre et une pomme dans son groin ; les pigeons étaient chaudement mis au lit dans un confortable pâté, bien bordés avec une couverture de croûte ; les oies nageaient dans leur propre jus, et les canards s’accouplaient agréablement dans les plats, comme de respectables paires d’époux, avec la quantité convenable de sauce à l’oignon. Dans les porcs, il voyait déjà la savoureuse tranche de lard découpée et l’appétissant, le succulent jambon. Chaque dindon lui apparaissait délicatement troussé, avec son gésier sous son aile et, parfois, un collier de délicieux saucissons. Même le coq à la voix sonore gisait sur le dos, étendu tout de son long dans un des plats disposés sur les côtés. Ses pattes étaient tournées en l’air, comme s’il implorait humblement cette grâce que, de son vivant, son cœur chevaleresque dédaignait de demander.Déjà dans les pourceaux il voyait, découpée, la savoureuse tranche de lard et l’appétissant, le succulent jambon ; pas un dindon qui ne lui apparût délicatement troussé, avec son gésier sous son aile, et, d’aventure, un collier de délicieux saucissons ; jusqu’au coq à la voix sonore lui-même, qui gisait sur le dos, étendu tout de son long et formant un des plats de côté, les pattes tournées en l’air, comme, s’il implorait humblement cette grâce que, vivant, son cœur chevaleresque dédaignait de demander.

Dans son ravissement, Ichabod s’imaginait tout cela. Ses grands yeux verts se promenaient sur les prairies luxuriantes, les fertiles champs de blé, de seigle, de sarrasin et de maïs, et les vergers pliant sous leurs fruits dorés, qui entouraient la confortable demeure de Van Tassel. Son cœur soupirait pour la jeune fille qui devait hériter de ces domaines. Son imagination se dilatait à l’idée qu’il serait bien facile de les vendre pour obtenir de l’argent, puis d’investir cet argent dans une immense étendue de terrains incultes et de palais en planches au milieu du désert.Pendant que, dans son ravissement, Ichabod s’imaginait tout cela ; que ses grands yeux verts se roulaient sur les prairies luxuriantes, les fertiles champs de. blé, de seigle, de sarrasin et de maïs, et les vergers pliant sous leurs fruits dorés, qui entouraient la.confortable demeure de Van Tassel, son cœur soupirait pour la jeune fille qui devait hériter de ces domaines, et son imagination se dilatait à l’idée qu’il serait bien facile de les convertir en espèces et de mettre l’argent dans une immense étendue de terrains incultes et de palais en planches au milieu du désert. Que dis-je ? Son ardente imagination réalisait déjà ses espérances. Il voyait la rougissante Katrina, avec toute une famille d’enfants, juchée au sommet d’un chariot chargé de tout un attirail de ménage d’occasion. Des pots et des chaudrons se balançaient au-dessous. Lui-même chevauchait une paisible jument, un poulain sur ses talons, en route pour le Kentucky, le Tennessee ou Dieu sait où.Que dis-je ? son ardente fantaisie réalisait déjà ses espérances et lui présentait la rougissante Katrina, avec toute une famille d’enfants, juchée sur le faite d’un chariot chargé d’un attirail de ménage d’occasion, de pots et de chaudrons se balançant au-dessous ; et il se voyait chevauchant une paisible jument, laquelle avait un poulain sur les talons, en route pour le Kentucky, le Tennessee, ou Dieu sait quoi.

Quand il eut franchi le seuil de la maison, la conquête de son cœur était achevée. C’était une de ces spacieuses fermes construites dans le style des premiers colons hollandais. Le toit était très haut au sommet, mais descendait très bas. Les gouttières dépassaient assez bas pour former, le long de la façade, un portique qu’on pouvait fermer par mauvais temps.C’était une de ces spacieuses métairies, à l’arête très-élevée, mais à toiture descendant très-bas, construites dans le style transmis par les premiers colons hollandais ; les gouttières, en basse saillie, formant un portique le long de la façade, susceptible de se fermer par le mauvais temps. Sous ce portique étaient suspendus des fléaux, des harnais, divers ustensiles de ménage, et des filets pour pêcher dans la rivière voisine. Des bancs étaient adossés aux parois pour qu’on puisse s’y asseoir l’été. Un grand rouet à filer, placé à un bout, et une baratte à l’autre montraient les différents usages de cet important vestibule.Des bancs étaient adossés le long des parois pour s’y asseoir l’été ; et un grand rouet à filer placé à un bout, et une baratte à l’autre, indiquaient les différents usages auxquels cet important vestibule pouvait être consacré. C’est par ce portique qu’Ichabod, émerveillé, fit son entrée dans la salle, qui formait le centre de la maison et la pièce où l’on vivait habituellementlaquelle formait le centre de la maison et le lieu de résidence habituelle. Ici, des rangées de vaisselle d’étain resplendissante, alignées sur un long meuble à vaisselleun long dressoir, éblouissaient ses yeux. Dans un coin était un gros paquet de laine tout prêt à être filé ; dans un autre, un amas de tissu grossiertiretaine tout nouvellement sorti du métier ; des épis de maïs et des pommes et des pêches séchées, enfilées sur des cordons, pendaient en joyeuses guirlandes le long des murs, mêlés à l’éclat des cosses de poivre rouge. Une porte laissée entrouverte lui permit de jeter un rapide coup d’œil dans la plus jolie pièce. Les chaises à pieds fourchus et les tables en acajou sombre y brillaient comme des miroirs ;des épis de blé de Turquie et des cordons de pommes et de pêches séchées se suspendaient en riants festons le long des murs, se mêlant au clinquant des cosses de poivre rouge ; et une porte laissée entre-bâillée lui permit de jeter un rapide coup d’œil dans la plus jolie pièce, où les chaises à pieds fourchus et les tables en acajou sombre brillaient comme des miroirs ; des chenets, avec la pelle et les pincettes, leurs accessoires obligés, étincelaient du milieu de leur fourré de pointes d’asperges ; de fausses oranges et de grands coquillages décoraient la tablette de la cheminée ; des cordons d’œufs d’oiseaux aux couleurs variées se suspendaient au-dessus ; un grand œuf d’autruche se détachait au milieu de la chambre, et un buffet d’angleun buffet angulaire, laissé ouvert exprèsà dessein, étalait d’immenses trésors de vieille argenterie et de porcelaine habilement rajustée.

Dès qu’Ichabod eut posé les yeux sur ces lieux enivrants, il perdit sa tranquillité d’esprit. Désormais, il ne pensait qu’à une chose : comment gagner l’affection de l’incomparable fille de Van Tassel ?Du moment où Ichabod eut jeté les yeux sur ces régions enivrantes, sa tranquillité d’esprit disparut, et dès lors son unique souci fut de savoir comment il gagnerait l’affection de l’incomparable fille de Van Tassel. Par malheur, il y avait dans cette entreprise plus de difficultés réelles que n’en rencontrait d’habitude un chevalier errant autrefois. Celui-ci avait rarement à combattre autre chose que des géants, des enchanteurs, des dragons enflammés et d’autres adversaires tout aussi faciles à vaincre. Pour arriver au donjon où la dame de ses pensées était enfermée, il lui suffisait de se frayer une route à travers des portes de fer et de bronze et des murailles de diamant. Il en venait aussi aisément à bout qu’un homme se fraierait une route jusqu’au centre d’un pâté de Noël. Après quoi, la dame lui donnait tout naturellement sa main.Par malheur, il y avait dans cette entreprise plus de difficultés réelles que n’en rencontrait d’habitude autrefois un chevalier errant, lequel avait rarement autre chose que des géants, des enchanteurs, des dragons enflammés, et autres adversaires dont il était tout aussi facile de triompher, à combattre, et n’avait à se frayer une route, pour arriver au donjon du castel où la dame de ses pensées était renfermée, qu’à travers des portes de fer et d’airain et des murailles de diamant ; toutes choses dont il venait aussi aisément à bout qu’un homme s’ouvrirait une route pour parvenir au centre d’un pâté de Noël ; après quoi la dame lui donnait tout naturellement sa main. Ichabod, lui, devait toucher le cœur d’une coquette de campagne. Autour de ce cœur, un labyrinthe de boutades et de caprices faisait sans cesse apparaître de nouvelles difficultés et de nouveaux obstacles. De plus, il devait affronter une multitude de terribles adversaires, bien réels, en chair et en os : les nombreux admirateurs de la campagne qui cernaient tous les chemins menant à son cœur. Ils s’observaient sans cesse avec des regards vigilants et furieux, mais étaient tout prêts à se réunir, dans leur intérêt commun, contre un nouveau rival.Ichabod, lui, avait à toucher le cœur d’une coquette de campagne, flanqué d’un labyrinthe de boutades et de caprices, qui continuellement offraient des difficultés et des obstacles nouveaux ; et de plus il avait à affronter une multitude de terribles adversaires, réels, en chair et en os, les nombreux admirateurs rustiques qui cernaient toutes les avenues de son cœur, ne cessant de promener les uns sur les autres des regards vigilants et courroucés, mais tout prêts à se réunir, dans l’intérêt commun, contre un nouveau compétiteur.

Le plus formidable d’entre eux était un gros, bruyant et joyeux compère du nom d’Abraham Van Brunt, ou Brom, suivant l’abréviation hollandaise. C’était le héros de tout le pays à la ronde, où retentissaient ses prodiges de force et d’audace.Le plus formidable d’entre eux était un gros, bruyant, joyeux compère, du nom d’Abraham, ou, suivant l’abréviation hollandaise, Brom Van Brunt, le héros de tout le pays à la ronde, lequel retentissait de ses prodiges de force et d’audace. Il était large d’épaules et aux articulations très souplesà jointures doubles, avec des cheveux de caniche, noirs et courts, et une mine joufflue, bien qu’assez agréable, car il y avait dans son air un mélange d’arrogance et de gaieté. Son corps d’HerculeSa charpente herculéenne et la force peu commune de ses membres lui avaient fait donner le surnomle sobriquet de Brom Bones (Brom les Os), sous lequel il était généralement connu. Il était renommé pour sa connaissance des chevauxses connaissances hippiques et son adresse en équitation, sachant aussi bien monter à cheval qu’un Tartare. Il était au premier rang à toutes les courses et à tous les combats de coqs. Grâce à l’autorité que la force physique donne toujours dans la vie à la campagne, il était l’arbitre de toutes les disputes. Il mettait son chapeau sur l’oreille et rendait ses jugements d’un air et d’un ton qui n’admettaient ni contradiction ni appel.Il était au premier rang à toutes les courses, à tous les combats de coqs, et, par suite de l'ascendant que la force corporelle donne toujours dans la vie rustique, était l’arbitre de toutes les disputes, mettant son chapeau sur l’oreille et rendant ses arrêts d’un air et d’un ton qui n’admettaient ni contradiction ni appel. Il était toujours là, qu’il s’agît d’une bataille ou d’une espièglerie ; mais il y avait plus de malice que de méchanceté dans ses actionsdans son fait, et, malgré son insolente rudesse, une forte dose de bonne humeur plaisante au fond de tout cela. Il avait avec lui trois ou quatre bons compagnons de sa trempe, qui le regardaient comme leur modèle, et à la tête desquels il battait la campagne, prenant part à toutes les scènes de querelle ou de fêtede querelle ou de gala qui se produisaient dans un rayon de plusieurs kilomètresmillesExplication : La distance reste vague : le rayon de plusieurs milles est exprimé en kilomètres, sans lui attribuer de chiffre précis.. Par les temps froids on le reconnaissait à son bonnet en fourrure, surmonté d’une triomphante queue de renard ; et quand les gens occupés à moissonner dans la campagne voyaient poindre dans le lointain ce panache historique, allant et venant au milieu d’une escouade de hardis cavaliers, ils s’arrêtaient toujours pour les acclamer. Parfois, à minuit, on entendait sa bande passer bride abattue devant les fermes, avec des hop ! hop ! comme une troupe de Cosaques du Don ; et les vieilles femmes, réveillées en sursaut dans leur sommeildans leur somme, prêtaient un instant l’oreille jusqu’à ce que le fracas de ce tohu-bohu se fût éloigné, puis s’écriaient : « Allons, c’est encore Brom Bones et sa clique ! » Les voisins le considéraient avec un mélange de crainte respectueuse, d’admiration et de sympathie. Si quelque folle aventure ou quelque dispute entre paysans avait lieu dans les environs, ils ne manquaient jamais de secouer la tête et de jurer qu’il y avait du Brom Bones là-dessous.Les voisins le considéraient avec un mélange de crainte respectueuse, d’admiration et de sympathie ; et si quelque folle équipée, ou quelque dispute entre paysans, avait lieu dans les environs, ne manquaient jamais de secouer la tête et de jurer qu’il y avait du Brom Bones là-dessous.

Ce héros d’extravagance avait depuis quelque temps choisi la rougissante Katrina pour cible de ses rudes avances amoureuses. Ses cajoleries amoureuses ressemblaient un peu aux galantes caresses et aux jeux délicats d’un ours ; pourtant, on se disait tout bas qu’elle ne décourageait pas complètement ses espoirs.pour but de ses rudes galanteries ; et bien que ses cajoleries amoureuses ressemblassent quelque peu aux galantes caresses et aux badinages délicats d’un ours, cependant on se disait tout bas qu’elle ne rebutait pas complètement ses espérances. Toujours est-il que, pour les candidats rivaux qui ne se sentaient pas d’humeur à contrarier un lion dans ses amours, ses avances étaient un ordre de se retirer. Quand, un dimanche soir, on voyait son cheval attaché à la palissade de Van Tassel, on savait donc que son maître faisait sa cour, ou, comme on dit, « contait fleurette », dans la maison. Tous les autres prétendants passaient tranquillement leur chemin et allaient porter la guerre dans d’autres parages.pour les candidats ses rivaux qui ne se sentaient pas d’humeur à traverser un lion dans ses amours, ses avances étaient une injonction de se retirer ; si bien que quand, un dimanche soir, on voyait son cheval attaché à la palissade de Van Tassel, indice certain que son maître était à faire sa cour, ou, comme on dit, « à conter fleurette », dans la maison, tous autres prétendants passaient tranquillement leur chemin, et allaient porter la guerre dans d’autres parages.

Tel était le formidable rival contre lequel Ichabod Crane avait à lutter. Tout bien considéré, un homme plus hardi aurait reculé devant la lutte, un plus sage aurait désespéré.avait à lutter, et, toutes choses considérées, un plus hardi que lui aurait reculé devant la lutte, un plus sage aurait désespéré. Mais il y avait dans sa nature un heureux mélange de docilité et de persévérance ; il ressemblait, par la forme et par le fond, à une tige souple de plante grimpanteun jack flexibleExplication : Le mot anglais « supple-jack », rendu par « jack » dans cette traduction, désigne notamment une plante grimpante à tige souple et résistante. La comparaison conserve cette souplesse tenace, sans identifier une espèce. Sources : texte anglais de Washington Irving conservé dans le corpus ; Dictionary.com, https://www.dictionary.com/browse/supplejack., — sans résistance, mais tenace ; il pliait, mais ne rompait jamais ; et même s’il se courbait sous la plus légère pression, dès que celle-ci disparaissaitbien qu’il courbât, sous la plus légère pression, du moment où elle n’existait plus — crac — il était aussi droit et portait la tête aussi haute qu’auparavant.

Affronter ouvertement son rival aurait été de la démence, car celui-ci n’était pas homme à se laisser contrarier dans ses amours, pas plus que ce tempétueux amant, Achille.Prendre ouvertement du champ contre son rival eût été de la démence, car celui-ci n’était pas homme à se laisser traverser dans ses amours, non plus que ce tempétueux amant, Achille. Ichabod fit donc sa cour d’une façon paisible et doucement insinuante. Sous couvert de son rôle de maître de chantSous le manteau de son caractère de maître à chanter, il rendait de fréquentes visites à la ferme. Il n’avait pourtant rien à craindre des interventions indiscrètes des parents, si souvent une pierre qui fait trébucher les amoureux sur leur chemin.visites à la ferme ; non pas qu’il eût la moindre chose à appréhender de l’indiscrète intervention des parents, qui si souvent est une pierre d’achoppement dans le sentier des amoureux. Balt Van Tassel était une personne accommodante et indulgenteune commode et indulgente personne ; il aimait sa fille plus encore que sa pipe, et, en homme raisonnable comme en père excellent, la laissait en toute chose agir à sa guise. Son active petite femme avait, de son côté, bien assez à faire avec son ménage et sa volaille. Comme elle le faisait sagement remarquer, les canards et les oies sont de folles créatures : il ne faut jamais les perdre de vue. Les jeunes filles, elles, peuvent bien se surveiller toutes seules.Son active petite femme, de son côté, avait bien assez à faire de s’occuper de son ménage et de diriger la volaille ; car, ainsi qu’elle en faisait sagement la remarque, les canards et les oies sont de folles créatures, et il ne faut jamais les perdre de vue, mais les jeunes filles peuvent bien se garder elles-mêmes. Ainsi, cette remuante dame courait, affairée, dans la maison ou faisait tourner son rouet à un bout du hangar. À l’autre bout, l’honnête Balt était assis et fumait sa pipe du soir. Il observait les mouvements d’un petit guerrier de bois qui, une épée dans chaque main, combattait vaillamment le vent au sommet de la grange.De sorte que, tandis que cette remuante dame courait affairée dans la maison ou faisait aller son rouet à un bout du hangar, l’honnête Balt était assis à l’autre, fumant sa pipe du soir et observant les évolutions d’un petit guerrier de bois vaillamment occupé, une épée dans chaque main, à guerroyer avec le vent sur le pinacle de la grange. Et pendant ce temps-là Ichabod menait ses affaires auprès de la fille, sous le grand orme au bord de la source, ou l’entraînait dans le crépuscule, cette heure si propice à l’éloquence des amants.

Je n’ai pas la prétention de savoir comment s’attaquent et se conquièrents’attaquent et s’enlèvent les cœurs de femme. Ils ont toujours été pour moi un sujet d’énigme et d’étonnement. Ceux-ci semblent n’avoir qu’un point vulnérable, qu’une porte d’entrée, tandis que d’autres ont mille avenues, et peuvent se capturer de mille façons différentes. C’est un chef-d’œuvre d’habileté que de conquérir les premiers, mais une preuve plus grande encore de talent stratégique que de se maintenir en possession des derniers, car il faut alors guerroyer pour sa forteresse à chaque porte, à chaque fenêtre. Celui qui prend d’assaut mille cœurs ordinairesmille cœurs vulgaires a donc droit à quelque renommée ; mais celui qui règne sans partage sur le cœur d’une coquette est à coup sûr un héros. Ce qui est certain, c’est que ce n’était pas le casCertain est-il que tel n’était pas le cas du redoutable Brom Bones ; et du moment où Ichabod Crane eut posé sa candidature, les actions du premier dégringolèrent affreusement. On ne vit plus dès lors son cheval attaché aux palissades les dimanches soirs, et une haine mortelle s’éleva peu à peu entre lui et l’instituteur de Sleepy Hollowdu Vallon endormi.

Brom avait dans sa nature une certaine rudesse chevaleresque. Il aurait volontiers réglé l’affaire sur un terrain de combat pour départager leurs prétentions sur la dame. Il aurait suivi la méthode de ces logiciens si expéditifs et si naïfs, les chevaliers errants du temps jadis : un duel. Mais Ichabod connaissait trop bien la force supérieure de son adversaire pour se battre contre lui.Brom, qui avait une certaine dose d’aspérité chevaleresque dans sa nature, aurait volontiers porté l’affaire en champ clos, et vidé leurs prétentions sur la dame suivant la méthode de ces expéditifs et candides logiciens, les chevaliers errants du temps jadis — dans un combat singulier ; mais Ichabod avait trop conscience de la force supérieure de son adversaire pour entrer en lice contre lui. Il avait eu vent de la bravade de Bones, « qu’il plierait en deux le maître d’école et le placerait sur une étagère de sa classeun rayon de sa classe, » et il était bien trop avisé pour lui en donner l’occasion. Cette obstination pacifique avait quelque chose d’extrêmement provocant. Elle ne laissait à Brom qu’une seule solution : faire avancer son corps de réserve, les malices de campagne dont il disposait, et essayer de grossières plaisanteries aux dépens de son rival.Il y avait quelque chose d’extrêmement provoquant dans ce système d’obstination pacifique ; il ne laissait à Brom d’autre alternative que de faire avancer son corps de réserve, les malices rustiques à sa disposition, et d’essayer de grossières plaisanteries pratiqués sur son rival. Ichabod devint un objet de persécution fantastique pour Bones et sa bande d’incultes cavaliers. Ils harcelèrent ses domaines jusque-là paisibles ; enfumèrent sa classe de chant, en bouchant la cheminée ; envahirent l’école pendant la nuitenvahirent nuitamment l’école, en dépit de ses formidables attaches d’osier et des pieux garnissant les fenêtres, et mirent toutes choses sens dessus dessous : si bien que le pauvre maître d’école commença à croire que toutes les sorcières de la contrée s’y donnaient rendez-vous. Mais le plus contrariant, c’était que Brom saisissait toutes les occasions de le tourner en ridicule devant sa bien-aimée. Il avait un misérable chien auquel il apprenait à gémir de la façon la plus grotesque. Il le présenta à la jeune fille comme un rival d’Ichabod, chargé de lui enseigner le chant des psaumes.Mais ce qu’il y avait de plus contrariant, c’est que Brom saisissait toutes les occasions de le tourner en ridicule en présence de sa maîtresse, et avait un misérable chien auquel il apprenait à se plaindre de la façon la plus grotesque, et qu’il lui présenta, comme un rival d’Ichabod, pour l’instruire dans la psalmodie.