La Légende de Sleepy Hollow
On arrivait précisément à l’heure magique de la nuit quand Ichabod, le cœur lourd et la tête baissée, reprit le chemin du logis. Il longeait les flancs des hautes collines qui dominent Tarry Town et qu’il avait si gaiement traversées dans l’après-midi.On touchait précisément à l’heure magique de la nuit quand Ichabod, lourd de cœur et la tête baissée, reprit le chemin du logis, le long des flancs des collines élévées qui dominent Tarry Town, et qu’il avait si gaiement traversées dans l’après-midi. La nature était aussi lugubre que lui. À ses pieds, tout au fond, le Tappaan Zee étendait sa sombre et indistincte masse d’eau, où se voyait çà et là le mât élancé d’un voilierun sloop à l’ancre sous la côte. Au milieu du silence de mort de minuit, il pouvait même entendre l’aboiement du chien de garde veillant sur la rive opposée de l’Hudson ; mais il était si vague, si faible, qu’il lui faisait seulement sentir combien il était loin de ce fidèle compagnon de l’hommeil lui donnait seulement l’idée de son éloignement de ce fidèle compagnon de l’homme. De temps à autre, aussi, le coquerico longtemps suspendu d’un coq éveillé par erreur s’échappait au loin, bien au loin, de quelque fermequelque métairie perdue entre les collines, — mais à son oreille c’était comme un bruit rêvé. Aucun signe de vie n’apparaissait aux environs, si ce n’est parfois le mélancolique gazouillement d’un grillon, ou bien encore le cri perçant et guttural d’une grenouille, parti d’un marais voisin, comme si elle avait mal dormi et s’était retournéecomme si elle eût mal dormi et se fût retournée tout à coup dans son lit.
Toutes les histoires de fantômes et de lutins qu’il avait entendues dans la soirée lui revinrent alors en foule à l’esprit. La nuit se faisait de plus en plus noire ; les étoiles semblaient plonger plus avant dans le ciel, et des nuages poussés par le vent les cachaient parfois à sa vuedes nuages chassés par le vent les dérobaient parfois à sa vue. Il ne s’était jamais senti si lugubrement isolé, et puis il approchait du lieu même où se déroulaient bien des histoires de revenantsil approchait de l’endroit même où l’on avait placé la scène de mainte histoire de revenant. Au milieu de la route se dressait un énorme tulipier qui, semblable à un géant, s’élevait au-dessus de tous les autres arbres du voisinage et formait une sorte de point de repère. Ses branches étaient pleines de nœuds et fantastiques, assez grosses pour servir de troncs à des arbres ordinaires, et leurs ramifications descendaient presque jusqu’à terre pour s’élancer de nouveau dans l’air. Il se rattachait à la tragique histoire du malheureux André, qui avait été fait prisonnier tout près de là. Les gens du peuple le regardaientLe vulgaire le regardait avec un mélange de respect et de superstition, tant par sympathie pour le sort malheureux de celui dont il portait le nomtant par sympathie pour le sort de celui dont la mauvaise étoile lui avait fait porter le nom, qu’à cause des récits d’apparitions étranges et de funèbres lamentations que l’on faisait à son sujet.
Comme Ichabod approchait de cet arbre sinistre, il se mit à siffler ; il s’imagina qu’on répondait à son sifflement : ce n’était qu’une rafale qui passait furieuse, balayant les branches sèches. Quand il fut un peu plus près, il crut voir quelque chose de blanc se balancer au milieu de l’arbre : — il fit une pause et cessa de siffler, mais en regardant plus attentivement il découvrit que c’était un endroit où l’arbre avait été touché par la foudre, et où la partie blanche du bois restait à découvert. Tout à coup il entendit un gémissement, — ses dents claquèrent et ses genoux heurtèrentses genoux choquèrent contre la selle ; ce n’était que le frottement d’une grosse branche contre une autre, tourmentées qu’elles étaient par le vent. Il dépassa l’arbre sans encombre, mais de nouveaux périls l’attendaient.
À cent quatre-vingts mètresdeux cents yardsExplication : Deux cents yards représentent environ 183 mètres. La distance est arrondie à cent quatre-vingts mètres, en conservant « environ ». de l’arbre environ, un petit ruisseau traversait la route et plongeait dans un vallon marécageux, à l’épais ombrage, connu sous le nom de marais de Wiley. Quelques blocs informes placés côte à côte servaient de pont pour franchir ce courant. Du côté de la route où le ruisseau entrait dans le bois, un massif de chênes et de châtaigniers, entrelacés d’un épais tissu de ceps de vigne sauvage, y répandait une obscurité de caverney répandait une caverneuse obscurité. Traverser ce pont était l’épreuve la plus difficile.Passer ce pont constituait la plus rude épreuve. C’était précisément à cette place que le malheureux André avait été arrêté ; c’était sous le couvert de ces châtaigniers et de ces ceps de vigne qu’étaient cachés les farouches soldats qui le surprirent. Depuis lors, on a toujours considéré ce ruisseau comme un endroit hanté, et l’écolier qui doit y passer seul une fois la nuit venue est saisi de terreur.Ce courant a toujours depuis été considéré comme un endroit où il revenait, et ce sont des sentiments de terreur que ceux de l’écolier qui doit y passer seul une fois la nuit venue.
Comme il approchait du ruisseau, son cœur commença à battre ; il rassembla pourtant toute sa déterminationfit appel, cependant, à toute sa résolution, donna à son cheval une demi-douzaine de coups de pied dans les côtes, et essaya de s’élancer bravement sur le pont ; mais au lieu de charger, le vieil animal rétifanimal pervers fit un mouvement latéral et courut obliquement sur la palissade. Ichabod, dont ce retard augmentait les craintes, tira les rênes de l’autre côté et lui allongea de vigoureux coups avec le pied contraire : ce fut en vain. Son coursier partit, il est vrai, mais ce fut seulement pour plonger dans la partie opposée de la route, au milieu d’un fourré d’aulnesun hallier d’aunes et de broussailles. Le malheureux maître d’école frappa alors les côtes décharnées du vieux Gunpowder à la fois avec son fouet et ses talons. Le cheval bondit en avant, reniflant et soufflant, puis s’arrêta net juste à côté du pont. L’arrêt fut si brusque qu’il faillit envoyer son cavalier s’étendre tout de son long par-dessus sa tête.Le malheureux maître d’école y alla lors en même temps du fouet et des talons sur les côtes décharnées du vieux Gunpowder, qui bondit en avant, reniflant et soufflant, mais vint s’arrêter tout court juste auprès du pont, et si brusquement qu’il faillit envoyer son cavalier s’étendre tout de son long par-dessus sa tête. En ce moment même un bruit de pas s’enfonçant dans la bouebourbe du côté du pont frappa l’oreille tendue d’Ichabod. Il vit quelque chose de colossal, d’informe, de noir et d’imposant, dans l’ombre épaisse du massif sur le bord du ruisseau. Cela ne bougeait pas, mais semblait ramassé dans l’obscurité comme un monstre gigantesque prêt à s’élancer sur le voyageur.
Les cheveux du maître d’école épouvanté se dressèrent de terreur sur sa tête.Les cheveux du pédagogue épouvanté se dressèrent de terreur sur sa tête. Que faire ? tourner bride et s’enfuir ? il était maintenant trop tard ; et puis, quelle chance avait-il d’échapper à un fantôme ou à un lutin, si c’était bien ce qu’il avait devant luisi tel il était, qui pouvait chevaucher sur les ailes du vent ? Il rassembla donc un semblant de courage et demanda d’une voix tremblotanteAppelant donc à son aide un semblant de courage, il demanda d’une voie tremblotante : — « Qui êtes-vous ? » Il ne reçut aucune réponse. Il répéta sa demandeIl réitéra sa demande d’une voix encore plus agitée. Cette fois encore il n’obtint pas de réponse. Une fois de plus il laboura les flancs de l’inflexible Gunpowder, et, fermant les yeux, entonna un air de psaume avec une ferveur involontaire. Au même instant la forme indistincte qui lui faisait peurl’objet indécis de ses alarmes se mit en mouvement, et d’un effort, d’un bond, se planta tout à coup au milieu de la route. La nuit était noire et lugubre, mais on pouvait maintenant distinguer un peu la silhouette de l’inconnu.Bien que la nuit fût noire et lugubre, cependant on pouvait maintenant jusqu’à un certain point discerner la forme de l’inconnu. Il se trouva que c’était un cavalier de large carrure, monté sur un cheval noir à vigoureuse charpente. Il ne donnait aucun signe d’hostilité ni de sympathie, mais se tenait à l’écart sur le bord de la route et se déplaçait lentementse mouvait lentement sous l’œil éteint du vieux Gunpowder, qui avait enfin surmonté sa frayeur et son obstination.
Ichabod, qui ne se sentait aucun goût pour cet étrange compagnon de minuit et se souvenait de l’aventure de Brom Bones avec le Hessois galopant, stimula son coursier, dans l’espoir qu’il le laisserait derrière lui. Mais l’étranger fit prendre la même allure à son cheval. Ichabod ramena le sien et ne marcha plus qu’au pas, croyant bien qu’il serait dépassé : — l’autre fit de même. Alors son courage commença à lui manquerAlors le cœur commença à lui manquer ; il s’efforça de reprendre son air de psaume, mais sa langue desséchée se colla à son palais et il ne put même pas achever une portéesa langue desséchée s’attacha au palais et il ne put seulement achever une portée. Il y avait quelque chose de mystérieux et de glaçant dans le silence bizarre et chagrin de cet obstiné compagnon. Ce silence eut bientôt son effrayante explication. En gravissant un monticule, Ichabod vit la silhouette de son compagnon de route se détacher nettement sur le ciel. Le cavalier était d’une taille gigantesque et enveloppé dans un manteau. Ichabod fut saisi d’horreur en découvrant qu’il n’avait pas de tête ! — Mais son horreur s’accrut encore lorsqu’il vit où était cette tête : au lieu de reposer sur ses épaules, elle était posée devant lui, sur le pommeau de la selle. Alors sa terreur devint du désespoir. Il fit pleuvoir une grêle de coups de pied et de coups sur Gunpowder, espérant échapper à son compagnon en accélérant brusquement. — Mais le spectre partit du même élan que lui.En gravissant un monticule qui faisait se détacher vigoureusement sur le ciel la forme de son compagnon de route, d’une taille gigantesque, et enveloppée dans un manteau, Ichabod fut saisi d’horreur en découvrant qu’il n’avait pas de tête ! — Mais son horreur s’accrut encore davantage en observant que cette tête, qui aurait dû reposer sur ses épaules, il la portait devant lui sur le pommeau de la selle ; alors sa terreur devint du désespoir ; il fit pleuvoir une grêle de coups de pied et de horions sur Gunpowder, espérant, par un mouvement soudain, échapper à son compagnon : — mais le spectre partit du même élan que lui. Ils se précipitèrent alors en avant, sans s’inquiéter de rien, les pierres volant et les étincelles jaillissant à chaque bond. Les légers vêtements d’Ichabod flottaient au vent pendant qu’il projetait au-dessus de la tête de son cheval, dans l’ardeur de sa fuite, son grand corps décharnéson grand corps efflanqué.
Ils avaient alors atteint la route qui mène à Sleepy Hollowau Vallon endormi ; mais Gunpowder, qui semblait possédé par un démon, au lieu de continuer sur cette route, fit demi-tourau lieu de continuer à s’y maintenir, tourna bride et, descendant la colline, plongea tête baissée vers la gauche. Ce chemin traverse un vallon sablonneux, ombragé par des arbres, surconduit à travers un vallon sablonneux ombragé par des arbres pendant quatre cents mètresun quart de milleExplication : Un quart de mille représente environ quatre cents mètres. L’approximation du récit est conservée. environ. C’est là ; c’est en cet endroit que se trouve le pont fameux dans l’histoire du fantôme. Juste au-delà s’élève la butte verte sur laquelle est bâtie, et précisément au delà se gonfle le tertre vert sur lequel est assise l’église aux murs blanchis à la chaux.
Cependant la terreur panique qui s’était emparée de l’animal avait donné dans la poursuite un avantage évident à son triste cavalier. Mais, juste au milieu du vallon, les sangles de la selle cédèrent, et il la sentit s’échapper, glisser sous lui., quand, juste comme il avait à demi traversé le vallon, les sangles de la selle cédèrent, et qu’il la sentit s’échapper, glisser sous lui. Il la saisit par le pommeau et essaya de la maintenir, mais en vain. Il eut juste le temps d’éviter une chute en jetant ses bras autour du cou du vieux Gunpowder. Une seconde plus tard, la selle tombait à terre, et il entendait son poursuivant la piétiner.Il la saisit par le pommeau, et s’efforça de la tenir ferme, mais en vain ; il n’eut que le temps de se préserver d’une chute en jetant ses bras autour du cou du vieux Gunpowder, car une seconde après la selle tombait à terre et il entendait son persécuteur la fouler aux pieds. Un instant, il songea avec terreur à la colère de Hans Van Ripper : c’était sa selle des dimanches ! Mais ce n’était pas le moment de s’arrêter à de petites craintes. Le fantôme était là, sur ses talons. Maladroit cavalier qu’il était, Ichabod avait toutes les peines du monde à rester en place. Il glissait parfois d’un côté, parfois de l’autre. Parfois aussi, il rebondissait sur l’arête saillante de la colonne vertébrale de son cheval, avec une violence qui menaçait, il ne le craignait que trop, de le blesser gravement.Un instant la terreur que lui inspirait le courroux de Hans Van Ripper traversa son esprit, — car c’était sa selle des dimanches ; mais ce n’était pas le moment des craintes légères ; le fantôme était là, sur son dos, et (le maladroit cavalier qu’il était !) il avait beaucoup à faire de se maintenir en place ; glissant parfois d’un côté, parfois d’un autre, et quelquefois cahoté sur l’arête élevée de l’épine dorsale de son coursier, avec une violence qui menaçait, il ne le craignait que trop, de le séparer en deux.Explication : Adoucit pour les enfants une blessure imaginaire très graphique ; les cahots restent dangereux. La construction ancienne est reprise aux articulations naturelles pour suivre les actions et leurs sujets. Les détails, images et degrés de certitude du passage sont conservés.
Une éclaircie au milieu des arbres vint le ranimer et lui donner l’espoirlui faire concevoir l’espérance que le pont de l’église était proche. Le reflet vacillantLa vacillante réflexion dans le sein du ruisseau d’une étoile au front d’argent lui prouva qu’il ne se trompait paslui prouva qu’il ne se trompait point. Il voyait les murs de l’église jeter de ténébreuses lueurs sous les arbres qui l’abritent. Il reconnut l’endroit où le fantôme rival de Brom Bones avait disparu. « Si je puis seulement atteindre le pont, se dit Ichabod, je suis sauvé. » Au même moment il entendit le noir coursier qui haletait et soufflait tout derrière lui ; il s’imagina même sentir sa brûlante haleine. Un nouveau coup de pied convulsif dans les côtes, et le vieux Gunpowder s’élança sur le pont. Il passa comme la foudre sur les planches retentissantes et gagna l’autre rive. Alors Ichabod jeta un regard derrière lui pour voir si son poursuivant s’évanouirait, comme il se devait, dans une traînée de feu et de soufre.Un autre coup de pied convulsivement donné dans les côtes, et le vieux Gunpowder s’élança sur le pont ; il passa comme la foudre sur les planches retentissantes, gagna le bord opposé, et alors Ichabod jeta un regard derrière lui pour voir si son persécuteur s’évanouirait, suivant la règle, dans un sillon de feu et de soufre. À cet instant même, il vit le fantôme se dresser sur ses étriers et s’apprêter à lui lancer sa tête.En ce moment même il vit le fantôme qui se dressait sur ses étriers, et qui précisément s’apprêtait à lui lancer sa tête. Ichabod essaya d’éviter l’effroyable projectile, mais trop tard. Elle heurta son crâneElle rencontra son crâne avec un bruit épouvantable ; — il fut renversé tout de son long dans la poussière, et Gunpowder, le coursier noir et le Cavalier fantôme passèrent près de lui comme un tourbillon.
Le lendemain matin on trouva le vieux cheval, veuf de sa selle et la bride sous les pieds, qui, le plus gravement du monde, broutait l’herbe à la porte de son maître : Ichabod ne parut pas à déjeuner ; — l’heure du dîner arriva, pas d’Ichabod. Les enfants s’amassèrent devant l’école et errèrent paresseusementvaguèrent paresseusement le long des bords du ruisseau ; pas de maître d’école. Hans Van Ripper commença alors à éprouvercommença lors à éprouver quelque inquiétude sur le sort du pauvre Ichabod et de sa selle. Une enquête fut ouverte, et après d’actives investigations on finit par retrouver ses traceson finit par tomber dans sa trace. Sur la route qui menait à l’église, on trouva la selle piétinée et couverte de boue. Des traces de sabots de chevaux, profondément marquées dans le sol, révélaient une course furieuse. On les suivit jusqu’au pont. Au-delà, à un endroit où l’eau du ruisseau coulait noire et profonde, on découvrit le chapeau du malheureux Ichabod et, tout près, une citrouille en éclats.Sur une partie de la route qui menait à l’église on trouva la selle, foulée aux pieds et couverte de boue ; des traces de sabots de chevaux profondément empreints sur le sol, qui dénotaient évidemment une course furieuse, furent suivies jusqu’au pont, au-delà duquel, sur un point du ruisseau où l’eau coulait noire et profonde, fut découvert le chapeau du malheureux Ichabod, et tout auprès une citrouille en éclats.
On fouilla le ruisseau, mais le corps du maître d’école ne se retrouva pas. Hans Van Ripper, chargé de régler la succession du maître d’école, examina le paquet qui contenait toutes ses richesses en ce monde.Hans Van Ripper, comme liquidateur de la succession de ce dernier, procéda à la visite du paquet, qui contenait toutes ses richesses en ce monde. Elles consistaient en deux chemises d’homme et demiedeux chemises d’homme et demi, deux cols, une paire ou deux de bas de laine, une vieille paire de culotteshauts-de-chausses en velours de coton à côtes, un rasoir rouillé, un livre d’airs de psaumes, plein de pages cornéesun livre d’airs de psaumes, plein de cornes, et un diapason brisé. Les livres et le mobilier de l’école appartenaient à la communauté. Seuls trois livres faisaient exception : l’Histoire de la Magie, de Cotton Mather, un Almanach de la Nouvelle-Angleterre et un livre sur les rêves et la bonne aventure. Dans ce dernier se trouvait une feuille de papier de format pot, couverte de gribouillages et de ratures : plusieurs tentatives infructueuses d’écrire un poème en l’honneur de l’héritière de Van Tassel.Quant aux livres et à l’ameublement de l’école, ils appartenaient à la communauté, à l’exception de l'Histoire de la Magie, par Cotton Mather, d’un Almanach de la Nouvelle-Angleterre, et d’un livre traitant des songes et de la bonne aventure ; dans ce dernier se trouvait une feuille de papier pot très-griffonnée, raturée, par suite de plusieurs infructueuses tentatives pour faire une pièce de vers en l’honneur de l’héritière de Van Tassel. Hans Van Ripper jeta aussitôt ces livres et ce gribouillage poétique dans les flammes. Il se promit de ne plus jamais envoyer ses enfants à l’école. Il fit observer qu’il n’avait jamais rien vu de bon sortir de ces satanées activités : lire et écrire.Ces livres et le gribouillage poétique furent incontinent livrés aux flammes par Hans Van Ripper, lequel se promit bien de ne plus jamais envoyer de la vie ses enfants à l’école, faisant observer qu’il n’avait jamais rien vu sortir de bon de toutes ces satanées lecture et écriture. Quant à l’argent du maître d’école, il devait l’avoir sur lui au moment de sa disparition. Il avait reçu sa paye du trimestre un jour ou deux seulement auparavant.Ce que le maître d’école possédait d’argent, et il avait reçu sa paye du trimestre un jour ou deux seulement auparavant, il devait l’avoir eu sur lui au moment de sa disparition.
Ce mystérieux événement occupa beaucoup les esprits à l’église le dimanche suivant.Ce mystérieux événement causa bien des distractions à l’église le dimanche suivant. Des groupes de curieux et de commères étaient réunis dans le cimetière, sur le pont, et à l’endroit où le chapeau et la citrouille avaient été trouvés. Les histoires de Brouwer, de Bones et une foule d’autres revinrent en mémoire. Les curieux les examinèrent toutes soigneusement et les comparèrent aux indices de cette affaire. Ils secouèrent la tête et finirent par conclure qu’Ichabod avait été enlevé par le Hessois galopant.Les histoires de Brouwer, de Bones, et toute une kyrielle d’autres, revinrent en mémoire ; et quand ils les eurent toutes soigneusement considérées et rapprochées des indices qui se rencontraient dans le cas actuel, ils secouèrent la tête et finirent par conclure qu’Ichabod avait été enlevé par le Hessois galopant. Comme il était célibataire et ne devait rien à personne, personne ne se cassa davantage la tête à son sujet. L’école fut déplacée dans un autre quartier du vallon, et un autre maître d’école régna à sa place.Comme il était garçon et ne devait rien à personne, personne ne se cassa davantage la tête à son sujet ; l’école fut transférée dans un quartier différent du vallon, et un autre pédagogue régna à sa place.
Il est vrai qu’un vieux fermier descendit jusqu’à New-York au cours d’un voyage, plusieurs années plus tard. C’est de lui que nous tenons le récit de cette fantastique aventure. Il rapporta au pays qu’Ichabod Crane était encore vivant. Celui-ci avait quitté le voisinage par crainte du fantôme et de Hans Van Ripper, mais aussi par humiliation après le refus de l’héritière. Il s’était installé dans une partie reculée de la contrée, où il avait tenu une école tout en étudiant le droit. Il était ensuite devenu avocat, puis homme politique, avait sollicité les électeurs et écrit pour les journaux. Enfin, il avait été nommé juge de la cour des Dix Livres.Un vieux fermier, il est vrai, qui était, dans une tournée, descendu jusqu’à New-York plusieurs années après, et de qui l’on tient le récit de cette fantastique aventure, rapporta au pays la nouvelle qu’Ichabod Crane était encore vivant, qu’il avait quitté le voisinage tant par crainte du fantôme et de Hans Van Ripper que par mortification d’avoir été lestement congédié par l’héritière ; qu’il avait établi ses quartiers dans une partie reculée de la contrée, avait tenu une école et étudié en même temps les lois, avait été admis dans le barreau, était devenu homme politique, avait travaillé les électeurs, écrit pour les journaux, et finalement avait été nommé juge de la cour des Dix Livres. Peu après la disparition de son rival, Brom Bones conduisit en triomphe à l’autel la rougissante Katrina. On remarqua aussi qu’il semblait parfaitement renseigné chaque fois qu’on racontait l’histoire d’Ichabod. Il éclatait toujours joyeusement de rire dès qu’on parlait de la citrouille. Certains soupçonnèrent donc qu’il en savait plus sur cette affaire qu’il ne jugeait bon d’en dire.On remarqua aussi que Brom Bones, qui peu de temps après la disparition de son rival conduisit en triomphe à l’autel la rougissante Katrina, semblait parfaitement renseigné toutes les fois qu’on racontait l’histoire d’Ichabod, et partait toujours d’un joyeux éclat de rire à la mention de la citrouille ; ce qui fit soupçonner à quelques-uns qu’il en savait plus long sur ce sujet qu’il ne lui convenait d’en dire.
Cependant, les vieilles ménagères, qui sont les meilleurs juges dans ces affaires, soutiennent encore aujourd’hui qu’Ichabod fut enlevé par des moyens surnaturels. C’est l’une de leurs histoires préférées, souvent racontée le soir dans le voisinage, autour du feu d’hiver.Les vieilles ménagères, cependant, qui sont les meilleurs juges en ces matières, soutiennent encore aujourd’hui qu’Ichabod fut enlevé par des moyens surnaturels ; et c’est une histoire favorite, souvent racontée le soir dans le voisinage autour du feu d’hiver. Le pont inspira plus que jamais une crainte superstitieuse. C’est peut-être pour cette raison que, quelques années plus tôt, on modifia le trajet de la route. On arrive maintenant à l’église par le bord de l’étang.Le pont devint plus que jamais un objet de crainte superstitieuse ; et c’est peut-être là le motif qui a fait, il y a quelques années, modifier la route à ce point qu’on arrive maintenant à l’église par le bord de l’étang. L’école abandonnée tomba bientôt en ruine. On prétendit qu’elle était hantée par le fantôme du malheureux maître d’école. Le laboureur qui regagne lentement son logis, par une silencieuse nuit d’été, s’est souvent imaginé entendre sa voix dans le lointain, chantant un air de psaume mélancolique parmi les tranquilles solitudes de Sleepy Hollow.L’école, étant abandonnée, tomba bientôt en ruine ; on prétendit qu’elle était hantée par le fantôme de l’infortuné pédagogue ; et le laboureur, regagnant à pas lents son logis par une silencieuse nuit d’été, s’est imaginé souvent entendre sa voix dans le lointain ; chantant un air de psaume mélancolique parmi les tranquilles solitudes du Vallon endormi.