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Gold and treasuresRiddles and secrets

Ali Baba et les Quarante Voleurs

En ramassant du bois, Ali Baba voit des voleurs s’arrêter devant un rocher. Quelques mots suffisent à ouvrir une entrée secrète qui cache un trésor. Il retient la formule, mais emporter un peu de cette richesse va attirer le danger jusqu’à sa porte. Dans ce conte des Mille et Une Nuits, les déguisements et les ruses se multiplient. Une servante attentive pourrait bien remarquer ce que les autres ne voient pas.

Text version

Et Schahrazade dit au roi Schahriar :

Il m’est revenu, ô Roi fortuné, qu’il y avait, il y a très longtemps, dans les jours d’un passé lointain, dans une ville de Perseen les années d’il y a très longtemps et les jours du passé reculé, dans une ville d’entre les villes de la Perse, deux frères dont l’un se nommait Kassim et l’autre Ali Baba. — Exalté soit Celui devant qui s’effacent tous les noms, surnoms et prénoms, et qui voit les âmes dans leur nudité et les consciences dans leur profondeur, le Très-Haut, le Maître des destinées ! Amîn !

Et ensuite !

Lorsque le père de Kassim et d’Ali Baba, qui était un homme du peuple très pauvreun très pauvre homme du commun, fut morteut trépassé dans la miséricorde de son Seigneur, les deux frères se partagèrent équitablement le peu qu’ils avaient reçu en héritagese partagèrent en toute équité de partage le peu qui leur était échu en héritage. Mais ils ne tardèrent pas à manger le maigre fourrage qui était tout leur bien. Du jour au lendemain, ils se retrouvèrent sans pain ni fromage, le nez et le visage bien allongés ; mais ils ne tardèrent pas à manger le maigre fourrage qui était tout leur apanage, et se trouvèrent, du jour au lendemain, sans pain ni fromage, et bien allongés quant à leur nez et à leur visage. Et voilà ce que c’est que d’être sot dans le jeune âge et d’oublier les conseils des sages !

Mais bientôt l’aîné, qui était Kassim, se voyant en train de fondre de faim dans sa peaude fondre d’inanition dans sa peau, se mit à chercher une occupation qui rapporte de l’argentse mit en quête d’une situation lucrative. Et, comme il était avisé et plein de ruseavisé et plein de rouerie, il ne tarda pas à faire la connaissance d’une entremetteuse — éloigné soit le Malin ! — qui, après avoir mis à l’épreuve ses facultés de monteur et ses vertus de coq sauteur et sa puissance de copulateur, le maria à une adolescente qui avait bon gîte, bon pain et muscles parfaits, et qui était une excellente chose, tout à fait. Béni soit le Rétributeur ! Et il eut, de la sorte, outre la jouissance de son épouse, une boutique bien garnie dans le centre du souk des marchands. Car telle était la destinée écrite sur son front, dès sa naissance. Et voilà pour lui !

Quant au second, qui était Ali Baba, voici ! Comme il était d’un naturel sans ambitionComme, de sa nature, il était dénué d’ambition, avait des goûts modestes, se contentait de peu et n’avait pas l’œil aviden’avait point l’œil vide, il devint bûcheronil se fit coupeur de bois, et se mit à mener une vie de pauvreté et de travailune vie de pauvreté et de labeur. Mais il sut, malgré tout, vivre avec tant d’économie, grâce aux leçons de la dure expérience, qu’il put mettre de côté quelque argent qu’il employa sagement à s’acheter un âne, puis deux ânes, puis trois ânes. Et il se mit à les conduire tous les jours avec lui dans la forêt, et à les charger des bûches et des fagots qu’il était auparavant obligé de porter sur son dos.

Or, devenu de la sorte propriétaire de trois ânes, Ali Baba inspira une telle confiance aux gens de son métieraux gens de sa corporation, tous de pauvres bûcherons, que l’un d’eux se fit un honneur de lui offrir sa fille en mariage. Et les trois ânes d’Ali Baba furent inscrits sur le contrat, devant le kâdi et les témoins, comme seuls biens promis à la jeune fille pour son mariage et son éventuel veuvage. De son côté, elle n’apportaitcomme toute dot et tout douaire de la jeune fille, qui, d’ailleurs, n’apportait dans la maison de son époux aucun trousseau ni rien de semblable, vu qu’elle était une fille de pauvres. Mais la pauvreté et la richesse ne durent qu’un temps, alors qu’Allah l’Exalté est l’éternel Vivant.

Et Ali Baba, grâce à la bénédiction, eut de son épouse, la fille des bûcherons, des enfants beaux comme des lunesdes enfants comme des lunes, qui bénissaient leur Créateur. Et il vivait modestement dans l’honnêteté avec toute sa famille, du produit de la vente en ville de ses bûches et fagots, ne souhaitant de son Créateur rien de plus que ce simple bonheur tranquille.

Or, un jour d’entre les jours, Ali Baba abattait du bois dans un fourré encore vierge de coups de hache. Non loin de là, ses trois ânes attendaient leur charge habituelle en se prélassant, en broutant et en pétant. C’est alors que le coup de la destinée se fit entendre pour Ali Baba dans la forêtcomme Ali Baba était occupé à abattre du bois dans un fourré vierge de coups de hache, alors que ses trois ânes, attendant leur charge habituelle, se prélassaient en paissant et en pétant non loin de là, le coup de la destinée se fit entendre pour Ali Baba dans la forêt. Mais Ali Baba ne s’en doutait pas : il croyait que sa destinée suivait son cours depuis des annéesMais Ali Baba ne s’en doutait pas qui croyait que sa destinée suivait son cours depuis des ans !

Ce fut d’abord un bruit sourd, au loindans le loin, qui se rapprocha rapidement, pour devenir distinct à l’oreille sur le sol, comme un galop multiplié et grandissant. Et Ali Baba, homme paisible et détestant les aventures et les complications, se sentit bien effrayé de se trouver seul avec ses trois ânes pour tous compagnons, dans cette solitude. Et sa prudence lui conseilla de grimper sans retard au haut d’un grand et gros arbre qui s’élevait au sommet d’un petit monticule et qui dominait toute la forêt. Et il put, ainsi posté et caché entre les branches, examiner ce qui pouvait bien se passerquelle pouvait bien être l’affaire.

Or, il fit bien !

Car il était à peine là, qu’il aperçut une troupe de cavaliers terriblement armés qui, à bonne allureune troupe de cavaliers armés terriblement qui, d’un bon train, s’avançaient du côté où il se trouvait. Et à leur mine noire, à leurs yeux de cuivre neuf et à leurs barbes séparées férocement par le milieu en deux ailes de corbeau de proie, il fut certain que c’étaient des brigands voleurs, des bandits de grand cheminil ne douta pas qu’ils ne fussent des brigands voleurs, coupeurs de routes, de la plus détestable espèce.

Ce en quoi Ali Baba ne se trompait pas.

Quand donc ils furent tout près du monticule rocheux où Ali Baba, invisible mais voyant, était perché, ils mirent pied à terre sur un signe de leur chef, un géant. Ils retirèrent les brides de leurs chevaux et prirent les sacs de fourrage pleins d’orge placés derrière les selles, sur la croupe. Ils passèrent un sac au cou de chaque cheval, puis attachèrent les bêtes par le licou aux arbres voisinsils mirent pied à terre sur un signe de leur chef, un géant, débridèrent leurs chevaux, leur passèrent au cou, à chacun, un sac à fourrage plein d’orge, qui était placé sur la croupe, derrière la selle, et les attachèrent par le licou aux arbres avoisinants. Après quoi ils défirent les sacs de voyageles bissacs, et les chargèrent sur leurs propres épaules. Et comme ces sacs de voyageces bissacs étaient très lourds, les brigands marchaient courbés sous leur poids.

Et tous défilèrent en bon ordre au-dessous d’Ali Baba, qui put aisément les compter et trouver qu’ils étaient au nombre de quarante : pas un de plus, pas un de moins…

— À ce moment de sa narration, Schahrazade vitSchahrazade vil apparaître le matin et, discrète, se tut.