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Gold and treasuresRiddles and secrets

Ali Baba et les Quarante Voleurs

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Mais lorsque fut la huit cent cinquante-sixième nuit

Elle dit :

… elle avait emporté la thériaque en question, dont, en réalité, Kassim n’était plus en état de faire usage, et était venue rejoindre son maître Ali Baba. Et, en peu de mots, elle le mit au courant de ce qu’elle comptait faire. Et il approuva son plan, et lui dit toute l’admiration qu’il ressentait pour son ingéniosité.

En effet, le lendemain, la diligente Morgane alla chez le même marchand de remèdeschez le même marchand de drogues, et, avec un visage baigné de larmes, et avec beaucoup de soupirs et d’arrêts dans les soupirs, elle lui demanda un certain électuaire, une préparation médicinale, qu’on ne donne d’ordinaire qu’aux mourants sans espoirelle lui demanda d’un certain électuaire qu’on ne donne d’ordinaire qu’aux moribonds sans espoir. Et elle s’en alla, en disant : « Hélas sur nous ! si ce remède n’agit pas, tout est perdu ! » Et elle prit soin, en même temps, de mettre tous les gens du quartier au courant du prétendu cas désespéré de Kassim, frère d’Ali Baba.

Aussi, quand le lendemain, à l’aube, les gens du quartier furent réveillés en sursaut par des cris perçants et lamentables, ils furent certains que ces cris étaient poussésils ne doutèrent pas que ces cris ne fussent poussés par l’épouse de Kassim, par l’épouse du frère de Kassim, par la jeune Morgane et par toutes les femmes parentes, pour annoncer la mort de Kassim.

Or, pendant ce temps, Morgane continuait à mettre son plan à exécution.

En effet, elle s’était dit : « Ma fille, ça n’est pas tout que de faire passer une mort violente pour une mort naturelle, il faut éviter un danger plus grandil s’agit de parer à un danger plus grand ! Et c’est de ne pas laisser les gens s’apercevoir que le défunt est divisé en six quartiers ! Sinon, notre affaire se fêlera comme une crucheSans quoi, la gargoulette ne restera pas sans fêlure ! »

Et, sans tarder, elle courut chez un vieux savetier, un réparateur de chaussures du quartier,un vieux savetier du quartier qui ne la connaissait pas, et tout en lui souhaitant le salam, elle lui mit dans la main un dinar d’or, et lui dit : « Ô cheikh Mustapha, ta main nous est nécessaire aujourd’hui ! » Et le vieux savetier, qui était un bonhomme plein d’entrain et de gaieté, répondit : « Ô journée bénie par ta blanche venue, ô visage de lune ! Parle, ô ma maîtresse, et je te répondrai sur ma tête et mes yeux !je te répondrai sur ma tête et mes yeux’. » Et Morgane dit : « Ô mon oncle Mustapha, lève-toi simplement et viens avec moi. Mais avant, prends, si tu veux bien, tout ce qui t’est nécessaire pour coudre le cuir ! » Et lorsqu’il eut fait ce qu’elle lui demandait, elle prit un bandeau et lui en banda soudain les yeux, en lui disant : « C’est la condition nécessaire ! Sans quoi rien n’est fait ! » Mais il se récria, disant : « Vas-tu, ô jeune fille, pour un dinar, me faire renier la foi de mes pères, ou commettre quelque volquelque larcin ou crime extraordinaire ? » Mais elle lui dit : « Éloigné soit le Malin, ô cheikh ! Que ta conscience soit en repos ! Ne redoute rien de tout cela, car il s’agit seulement d’un petit travail de couture ! » Et, ce disant, elle lui glissa dans la main une seconde pièce d’or, qui le décida à la suivre.

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Et Morgane le prit par la main et le mena, les yeux bandés, dans la cave de la maison d’Ali Baba. Et là, elle lui ôta le bandeau, et, lui montrant le corps du défunt, qu’elle avait reconstitué en mettant les six quartiers à leur place respective, elle lui dit : « Tu vois à présent que c’est pour te faire coudre ensemble les six quartiers que voici, que j’ai pris la peine de te conduire par la main ! » Et comme le cheikh reculait effaré, l’avisée Morgane lui glissa dans la main une nouvelle pièce d’or, et lui en promit encore une, si le travail était rapidement fait. Ce qui décida le savetier à se mettre à la besogne. Et lorsqu’il eut achevé, Morgane lui rebanda les yeux, et, après lui avoir donné la récompense promise, elle le fit sortir de la cave et le reconduisit jusqu’à la porte de sa boutique, où elle le laissa, après lui avoir retiré le bandeauelle le laissa, après lui avoir rendu la vue. Et elle se hâta de rentrer à la maison, tout en se retournant de temps à autre pour voir si le savetier ne l’observait pas.

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Et dès qu’elle fut arrivée, elle lava le corps reconstitué de Kassim, le parfuma d’encens et l’arrosa d’aromates, et, aidée par Ali Baba, elle le mit dans le linceul. Après quoi, pour que les hommes qui apportaient la civière commandée ne puissent se douter de rienafin que les hommes qui apportaient la civière commandée ne pussent se douter de rien, elle alla prendreelle alla prendra elle-même livraison de cette civière, et la paya largement. Puis, toujours aidée par Ali Baba, elle mit le corps dans le bois mortuaire, et recouvrit le tout de châles et d’étoffes achetées pour la circonstance.

Pendant ce tempsSur ces entrefaites, l’imam et les autres dignitaires de la mosquée arrivèrent ; et quatre des voisins assemblés chargèrent la civière sur leurs épaules. Et l’imam prit la tête du cortège, suivi par les lecteurs du CoranKorân. Et Morgane marcha derrière les porteurs, tout en pleurs. Elle poussait des cris lamentables, se frappait la poitrine à grands coups et s’arrachait les cheveux. Ali Baba fermait la marche, accompagné des voisins qui se relayaient de temps en temps pour soulager les porteurs, jusqu’au cimetière. Pendant ce temps, dans sa maison, les femmes venues pour la cérémonie funèbre mêlaient leurs lamentations et emplissaient tout le quartier de cris épouvantablesEt Morgane marcha derrière les porteurs, tout en pleurs, en poussant des cris lamentables, en se frappant la poitrine à grands coups, et en s’arrachant les cheveux, tandis qu’Ali Baba fermait la marche, accompagné des voisins qui se détachaient à tour de rôle, de temps en temps, pour relayer et soulager les autres porteurs, et cela jusqu’à ce qu’on arrivât au cimetière, cependant que dans la maison d’Ali Baba, les femmes accourues pour la cérémonie funèbre mêlaient leurs lamentations et emplissaient tout le quartier de cris épouvantables. Et, de la sorte, la vérité de cette mort resta soigneusement à l’abri de toute divulgation, sans que personne puisse avoir le moindre soupçonsans que personne pût avoir le moindre soupçon sur la funeste aventure. Et voilà pour tous ceux-là !

Quant aux quarante voleurs qui, à cause de la décomposition des six morceaux de Kassim abandonnés dans la caverneà cause de la putréfaction des six quartiers de Kassim abandonnés dans la caverne, s’étaient abstenus pendant un mois de retourner à leur refugeà leur retraite, ils furent, à leur retour dans la caverne, absolument stupéfaits de ne plus trouver ni morceaux de Kassim, ni décomposition de Kassim, ni quoi que ce soit qui y ressemble de près ou de loinà la limite de l’étonnement de ne plus trouver ni quartiers de Kassim, ni putréfaction de Kassim, ni quoi que ce fût qui, de près ou de loin, se rapprochât de cela. Et, cette fois, ils réfléchirent sérieusement à la situation, et le chef des quarante dit : « Ô hommes, nous sommes découverts, il n’y a plus à en douter, et notre secret est connu. Mais si nous ne cherchons pas rapidement une solutionMais si nous ne cherchons promptement à y apporter le remède, toutes les richesses, que nous et nos ancêtres avons amassées avec tant de peine et de fatigues, nous seront bientôt enlevées par le complice du voleur que nous avons châtié. Il faut donc que, sans perdre de temps, après avoir fait périr l’un, nous fassions périr l’autre. Cela établi, il n’y a qu’un moyen d’atteindre notre but. Il faut qu’un homme à la fois audacieux et adroit aille en ville déguisé en derviche étranger, en religieux errant. Il devra user de tout son savoir-faire pour découvrir si l’on parle de l’homme que nous avons coupé en six morceaux et savoir dans quelle maison il vivaitCela établi, il n’y a qu’un moyen pour arriver au but, et c’est que quelqu’un de hardi à la fois et d’adroit, aille à la ville déguisé en derviche étranger, qu’il use de tout son savoir-faire pour découvrir s’il n’est pas question de celui que nous avons coupé en six quartiers, et qu’il sache en quelle maison demeurait cet homme-là. Mais toutes ces recherches devront être faites avec la plus grande prudenceavec la plus grande circonspection, car un mot de trop pourrait compromettre l’affaire et nous perdre sans recours. Aussi j’estime que celui qui assumera cette tâche doit s’engager à subir la peine de mort s’il fait preuve de légèreté dans l’accomplissement de sa mission ! » Et aussitôt l’un des voleurs s’écria : « Je m’offre pour l’entreprise et j’accepte les conditions ! » Et le chef et les camarades le félicitèrent et le comblèrent d’éloges. Et il partit déguisé en derviche.

Or, il entra dans la ville, et toutes les maisons et boutiques étaient encore closes, à cause de l’heure matinale, excepté la boutique de cheikh Mustapha, le savetier. Et cheikh Mustapha, son poinçon de cordonnier à la mainl’alène à la main, était déjà en train de confectionner une babouche en cuir safran. Et il leva les yeux et vit le derviche qui le regardait travailler, en l’admirant, et qui se hâta de lui souhaiter le salam. Et cheikh Mustapha lui rendit son salam, et le derviche s’émerveilla de lui voir, à son âge, de si bons yeux et les doigts si experts. Et le vieux, fort flatté, se redressa fièrementse rengorgea et répondit : « Par Allah, ô derviche, je puis encore enfiler l’aiguille du premier coup, et je puis même coudre les six quartiers d’un mort au fond d’une cave sans lumière ! » Et le derviche-voleur, en entendant ces mots, faillit s’envoler de joie, et bénit sa destinée qui le conduisait par le plus court chemin au but souhaité. Aussi ne laissa-t-il pas échapper l’occasion, et, feignant l’étonnement, il s’écria : « Ô visage de bénédiction, les six quartiers d’un mort ? Que veux-tu dire par ces mots ? Est-ce que c’est par hasard l’habitude, dans ce pays, de couper les morts en six quartiers, puis de les recoudre ? Et agit-on de la sorte pour voir ce qu’il y a dedans ? » Et cheikh Mustapha, à ces paroles, se mit à rire, et répondit : « Non par Allah ! ce n’est pas l’habitude ici. Mais je sais ce que je sais, et ce que je sais nul ne le saura ! J’ai pour cela plusieurs raisons toutes plus sérieuses les unes que les autres ! Et d’ailleurs ma langue est courte ce matin et n’obéit pas au jeu de ma mémoire ! » Et le derviche-voleur se mit à rire à son tour, tant à cause de l’air avec lequel le cheikh savetier prononçait ces sentences, que pour gagner la sympathie du bonhommepour se rendre favorable le bon homme. Puis, faisant semblant de lui serrer la main, il y glissa une pièce d’or, et ajouta : « Ô fils des hommes éloquents, ô oncle, qu’Allah me garde de vouloir me mêler de ce qui ne me regarde pas. Mais en tant qu’étranger curieux de s’informer, j’ai une demande à t’adresser. Fais-moi la grâce de me dire où se trouve la maison dans la cave de laquelle il y avait les six morceaux du mort que tu as raccommodési, en ma qualité d’étranger qui aime à se renseigner, j’ai une prière à t’adresser, ce serait de me faire la grâce de me dire où se trouve la maison dans la cave de laquelle il y avait les six quartiers du mort que tu as raccommodé. » Et le vieux savetier répondit : « Et comment le pourrais-je, ô chef des derviches, puisque je ne la connais pas moi-même, cette maison-là. Sache, en effet, que j’y ai été les yeux bandés, conduit par une jeune fille ensorceleuse qui a fait marcher les choses avec une rapidité sans pareilleavec une célérité sans pareille. Il est vrai toutefois, mon fils, que si on me bandait les yeux de nouveau, je pourrais peut-être retrouver la maison, en me guidant sur certaines remarques que j’ai faites en marchant et en palpant toutes choses sur ma route. Car tu dois savoir, ô savant derviche, que l’homme voit avec ses doigts tout aussi bien qu’avec ses yeux, surtout s’il n’a pas la peau dure comme le dos du crocodile. Et, pour ma part, j’ai parmi les clients dont je chausse les pieds honorables, plusieurs aveugles plus clairvoyants, grâce à l’œil qu’ils ont au bout de chaque doigt, que le maudit barbier qui me rase la tête chaque vendredi en me tailladant le cuir chevelu atrocementle cuir atrocement, — qu’Allah le lui fasse expier…

— À ce moment de sa narration, Schahrazade vit apparaître le matin et, discrète, se tut.