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Gold and treasuresRiddles and secrets

Ali Baba et les Quarante Voleurs

Text version

Mais lorsque fut la huit cent cinquante-huitième nuit

Elle dit :

… car Ali Baba en personne était assis sur le seuil et prenait tranquillement le fraisAli Baba en personne était assis sur le seuil qui prenait tranquillement le frais, avant la prière du soir. Et le chef des voleurs se hâta d’arrêter les chevaux, s’avança devant Ali Babas’avança entre les mains d’Ali Baba et lui dit, après les salams et compliments : « Ô mon maître, ton esclave est marchand d’huile et ne sait où aller loger, cette nuit, dans une ville où il ne connaît personne. Il espère donc de ta générosité que, pour Allah, tu lui accorderas l’hospitalité jusqu’à demain matin, à lui et à ses bêtes, dans la cour de ta maison ! »

Illustration

En entendant cette demande, Ali Baba se souvint du temps où il était pauvre et souffrait de la rigueur du mauvais tempsl’inclémence du temps, et son cœur s’émut aussitôt. Et, loin de reconnaître le chef des voleurs qu’il avait naguère vu et entendu dans la forêt, il se leva en son honneur et lui répondit : « Ô marchand d’huile, mon frère, que la demeure te soit reposante, et puisses-tu y trouver aisance et famille. Sois le bienvenu ! » Et, ce disant, il le prit par la main et l’introduisit, avec ses chevaux, dans la cour. Et il appela Morgane et un autre esclave, et leur donna l’ordre d’aider l’hôte d’Allah à décharger les jarres et de donner à manger aux bêtes. Les jarres furent rangées en bon ordre au fond de la cour. Les chevaux furent attachés le long du mur, chacun avec un sac d’orge et d’avoine au cou. Alors Ali Baba, toujours plein d’empressement et de gentillesse, reprit la main de son hôte et le conduisit dans la maison. Il le fit asseoir à la place d’honneur et s’assit à ses côtés pour le repas du soirEt quand les jarres furent rangées en bon ordre au fond de la cour, et les chevaux attachés le long du mur avec, au cou de chacun, un sac rempli d’orge et d’avoine, Ali Baba, toujours plein d’empressement et d’affabilité, reprit la main de son hôte et le conduisit à l’intérieur de sa maison, où il le fit asseoir à la place d’honneur, et s’assit lui-même à ses côtés, pour prendre le repas du soir. Et, après qu’ils eurent tous deux mangé, bu et remercié Allah pour ses faveursEt, après qu’ils eurent tous deux mangé et bu et rendu grâces à Allah pour ses faveurs, Ali Baba ne voulut pas gêner son hôte, et se retira en lui disant : « Ô mon maître, la maison est ta maison, et ce qui est dans la maison t’appartient. »

Or, comme il s’en allait, le marchand d’huile, qui était le chef des voleurs, le rappela, en lui disant : « Par Allah sur toi, ô mon hôte, montre-moi l’endroit de ton honorable maison où je peux soulager mes intestins et aussi aller pisseroù il m’est loisible de donner le repos à l’intérieur de mes intestins et, aussi d’aller pisser. » Et Ali Baba, lui montrant les toilettes situéesle cabinet d’aisances situé précisément à l’angle de la maison, tout près de l’endroit où étaient rangées les jarres, répondit : « C’est là ! » Et il se hâta de s’esquiver, pour ne pas déranger les fonctions digestives du marchand d’huile.

Et, en effet, le chef des voleurs ne manqua pas de faire ce qu’il avait à faire. Toutefois, lorsqu’il eut fini, il s’approcha des jarres, et se pencha sur chacune d’elles, en disant à voix basse : « Ô toi, un tel, dès que tu entendras la jarre où tu es résonner sous le caillou que je lancerai de l’endroit où je loge, ne manque pas de sortir et d’accourir vers moi ! » Et, ayant ainsi donné à ses gens l’ordre de ce qu’ils devaient faire, il rentra dans la maison. Et Morgane qui l’attendait à la porte de la cuisine, avec une lanterne à huile à la main, le conduisit vers la chambre qu’elle lui avait préparée, et se retira. Et il se hâta, pour être bien reposé au moment d’exécuter son projetpour être bien dispos lors de l’exécution de son projet, de s’étendre sur la couche où il comptait dormir jusqu’au milieu de la nuitjusqu’à la moitié de la nuit. Et il ne tarda pas à ronfler comme un chaudron de laveuses de lingecomme un chaudron de lavandières.

Et alors arriva ce qui devait arriver.

En effet, pendant que Morgane était dans sa cuisine en train de laver les plateaux de mets et les casseroles, soudain la lampe, faute d’huile, s’éteignit. Or, précisément, la provision d’huile de la maison était épuisée, et Morgane, qui avait oublié de s’en procurer une nouvelle dans la journée, se désola fort de ce contretempscontre-temps, et appela Abdallah, le nouvel esclave d’Ali Baba, à qui elle fit part de sa contrariété et de son embarras. Mais Abdallah, éclatant de rire, lui dit : « Par Allah sur toi ! ô Morgane, ma sœur, comment peux-tu dire que nous manquons d’huile à la maison, alors que trente-huit jarres pleines d’huile d’olive sont rangées contre le mur de la cour ? À en juger par l’odeur de leurs parois, cette huile doit être de la meilleure qualitéalors que dans la cour il y a, en ce moment, rangées contre le mur, trente-huit jarres pleines d’huile d’olive qui, à en juger par l’odeur des parois qui la contiennent, doit être d’une qualité suprême. Ah ! ma sœur, mon œil ne reconnaît pas ce soir l’active, la compétente, la pleine de ressources Morganela diligente, l’entendue, la pleine de ressources Morgane ! » Puis il ajouta : « Je retourne dormir, ma sœur, pour me lever demain, à l’aube, afin d’accompagner au hammam notre maître Ali Baba ! » Et il la quitta pour aller, non loin de la chambre du marchand d’huile, ronfler comme un buffle des marais.

Alors Morgane, un peu embarrassée par les paroles d’Abdallahun peu confuse des paroles d’Abdallah, prit le pot à huile et alla dans la cour, pour le remplir à l’une des jarres. Et elle s’approcha de la première jarre, la déboucha, et plongea le pot dans l’ouverture béante. Et — ô bouleversement des entrailles, ô dilatation des yeux, ô gorge serrée ! — le pot, au lieu d’entrer dans de l’huile, heurta avec violence quelque chose de résistant. Et ce quelque chose-là remua ; et il en sortit une voix qui dit : « Par Allah, le caillou que le chef a lancé est un rocher pour le moins ! Allons, c’est le moment ! » Et il dégagea sa tête, et se ramassa pour sortir de la jarre.

Tout cela ! Or, quelle créature humaine, trouvant un être vivant dans une jarre au lieu d’huile, n’aurait pas cru voir arriver l’heure fatale du destinquelle créature humaine, trouvant un être vivant dans une jarre au lieu d’y trouver de l’huile, ne se fût imaginé voir arriver l’heure fatale du destin ? Aussi la jeune Morgane, fort saisie au premier moment, ne put-elle s’empêcher de penser : « Je suis morte ! Et tout le monde dans la maison est mort sans recours ! » Mais voici que soudain la violence de son émotion lui rendit tout son courage et toute sa présence d’esprit. Et, au lieu de se mettre à faire des cris épouvantables et du vacarme, elle se pencha sur l’embouchure de la jarre, et dit : « Non pas, non pas, ô gaillard ! Ton maître dort encore ! Attends qu’il se réveille ! » Car Morgane, perspicace comme elle l’étaitsagace comme elle était, avait tout deviné. Et, pour s’assurer de la gravité de la situation, elle voulut inspecter toutes les autres jarres, même si la tentative n’était pas sans dangerbien que la tentative ne fût pas sans danger ; et elle s’approcha de chacune, palpa la tête qui sortait aussitôt que le couvercle était enlevé, et dit à chaque tête : « Patience et à bientôt ! » Et elle compta de la sorte trente-sept têtes de voleurs barbus, et trouva que la trente-huitième jarre était la seule qui soit pleine d’huilela seule qui fût pleine d’huile. Alors elle remplit son pot, en toute tranquillité, et courut allumer sa lampe, pour revenir bientôt exécuter le plan de sauvetage que le danger imminent venait de lui inspirerpour revenir bientôt mettre à exécution le projet de délivrance que venait de susciter en son esprit le péril imminent.

Donc, une fois dans la cour, elle alluma un grand feu sous la grande cuve qui servait à faire bouillir le lingela chaudière qui servait à la lessive, et, au moyen du pot, elle remplit d’huile la cuvela chaudière en y vidant le contenu de la jarre. Et comme le feu flambait fort, l’huile ne tarda pas à entrer en ébullition.

Alors Morgane remplit le plus grand seau de l’écurie de cette huile bouillante, s’approcha de l’une des jarres, en souleva le couvercle et, d’un seul coup, versa le liquide exterminateur sur la tête, qui sortait. Et le bandit propriétaire de la tête fut irrévocablement échaudé, et avala la mort avec le cri qui ne sortit pas.

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Et Morgane, d’une main sûre, fit subir le même sort à tous ceux qui étaient enfermés dans les jarrestous les enfermés dans les jarres, qui moururent étouffés et bouillis, car aucun homme, même enfermé dans une jarre à sept parois, ne peut échapper à la destinée attachée à son coucar nul homme, fût-il enfermé dans une jarre à sept parois, ne saurait échapper à la destinée attachée à son cou.

Or, son exploit accompli, Morgane éteignit le feu sous la cuvela chaudière, reboucha les jarres avec les couvercles en fibres de palmier, et revint dans la cuisine où, soufflant la lanterne, elle resta dans l’obscurité, résolue à surveiller la suite de l’affaire. Et, postée de la sorte à l’affût, elle n’attendit pas longtemps.

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En effet, vers le milieu de la nuit, le marchand d’huile s’éveilla, vint mettre la tête à la fenêtre qui donnait sur la cour, et, ne voyant aucune lumière nulle part, et n’entendant aucun bruit, il jugea que toute la maison devait être plongée dans le sommeil. Alors, selon ce qu’il avait dit à ses hommes, il prit des petits cailloux qu’il avait sur lui, et les lança l’un après l’autre sur les jarres. Et, comme il avait l’œil sûr et la main habile, il atteignit sa cible à chaque coup. Il le reconnut au son de la jarre heurtée par le caillouil atteignit le but à chaque coup : ce dont il jugea par le son rendu par la jarre sous le heurt du caillou. Puis il attendit, ne doutant pas qu’il allait voir surgir ses gaillards avec leurs armes brandies. Mais rien ne bougea. Alors, s’imaginant qu’ils étaient endormis dans leurs jarres, il leur jeta de nouveaux cailloux, mais pas une tête n’apparut, et pas un mouvement ne se produisit. Et le chef des voleurs fut extrêmement irrité contre ses hommes qu’il croyait plongés dans le sommeil ; et il descendit vers eux, en pensant : « Les fils de chiens ! ils ne sont bons à rien ! » Et il s’élança vers les jarres, mais ce fut pour reculer, tant était épouvantable l’odeur d’huile brûlante et de chair brûlée qui s’en exhalait. Pourtant il s’en approcha de nouveau et, y portant la main, il en sentit les parois aussi chaudes que celles d’un four. Alors il ramassa une gerbe de paille, l’alluma et regarda dans les jarres. Et il vit ses hommes, l’un après l’autre, bouillis et fumants avec des corps sans âme.

À cette vue, le chef des voleurs, comprenant de quelle mort atroce avaient péri ses trente-sept compagnons, fit un bond prodigieux jusqu’au haut du mur de la cour, sauta dans la rue et laissa ses jambes l’emporter comme le ventlivra ses jambes au vent. Et il s’envola et s’enfonça dans la nuit, anéantissant, sous ses pas, la distance…

— À ce moment de sa narration, Schahrazade vit apparaître le matin et, discrète, se tut.