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Le Gambadeur-de-la-Plaine

Une jeune mariée quitte son village pour vivre avec son mari. Elle emmène un buffle appelé le Gambadeur-de-la-Plaine, que seule elle peut voir. Il puise l’eau, ramasse le bois et laboure les champs à sa place. Les villageois admirent le travail de la jeune femme sans connaître son secret. Mais elle a promis de bien nourrir le buffle, et dans sa nouvelle maison, elle ne lui apporte rien à manger.

Content warning: Ce conte contient la mort d’un animal, le suicide d’une famille et le meurtre de petits enfants.

Text version

Un homme et une femme eurent d’abord un garçon, puis une fille. Lorsque la fille eut été mariée en échange de biens remis à sa familleachetée en mariageExplication : La transaction matrimoniale demeure : des biens sont remis à la famille de l’épouse, comme l’explique la note de Junod., les parents dirent au fils : « Maintenant nous avons un troupeau1 à ta disposition ; c’est le moment pour toi de te marierc’est pour toi le moment de prendre femme. Nous allons te chercher une gentille épouse dont les parents soient de braves gens. » Mais il refusa absolument. « Non ! dit-il, ne vous donnez pas cette peine. Je n’aime pas les filles d’iciles filles de par ici. Si je dois me marier, j’irai trouver moi-même celle que je veux. » — « Fais comme tu le désires, lui dirent ses parents. Mais si, plus tard, tu as des malheurs, ce ne sera pas notre faute. »

Il partit, quitta son pays, alla très loin, très loin, dans une région inconnuedans une contrée inconnue. Arrivé dans un village, il vit des jeunes filles qui pilaient le maïs, d’autres qui cuisaient. Il fit son choix en lui-même et se ditIl fit son choix à part lui, et se dit : « C’est celle-ci qui me convient ! » Puis il alla vers les hommes du village : « Bonjour, mes pères, leur dit-il. » — « Bonjour, jeune garçon. Que désires-tu ? » — « Je suis venu voir vos filles, car je veux me marierje veux prendre femme. » — « Bien, bien ! nous allons te les montrer, tu choisiras. »

Toutes furent amenées devant lui et il désigna celle qu’il voulait. Elle donna son consentement, elle aussi.

« Tes parents viendront nous voir, n’est-ce pas, et apporteront eux-mêmes le paiement convenu pour le mariagele douaireExplication : Le douaire désigne ici les biens remis à la famille de l’épouse, d’après la note de Junod. ? » dirent les parents de la jeune fille. — « Pas du tout, répondit-il. J’ai le paiement convenu pour le mariagele douaire avec moi. Prenez, le voici. » — « Alors, ajoutèrent-ils, ils viendront plus tard chercher ton épouse pour la conduire chez eux. » — « Non ! non ! j’ai peur qu’ils vous insultent en donnant des conseils à la jeune fille2 avec dureté.je crains qu’ils ne vous insultent en exhortant la jeune fille2 avec dureté. Laissez-moi la prendre tout de suite. »

Les parents de la nouvelle mariée acceptèrent, mais ils la prirent à part dans une hutte pour lui donner les recommandations habituellesLes parents de la nouvelle mariée y consentirent, mais ils la prirent à part dans une hutte pour lui adresser les recommandations d’usage : « Sois bonne avec tes beaux-parents, soigne bien ton mari. » Ils lui offrirent une fillette1 pour l’aiderpour lui aider dans ses travaux domestiques. Mais elle refusa. On lui en offrit deux, dix, vingt pour qu’elle choisisse. On passa en revue toutes les filles pour les lui proposer.On lui en offrit deux, dix, vingt pour qu’elle choisît ; on passa en revue toutes les filles pour les lui proposer. « Non ! dit-elle, vous devez me donneril vous faut me donner le Buffle du pays, notre Buffle, le Gambadeur-de-la-Plaine (Mutlangu wa libala). C’est lui qui me servira. » — « Comment donc ! dirent-ils. Tu sais que notre vie à tous dépend de lui. Ici, il est bien nourri, il est bien soigné. Que feras-tu de lui dans un autre pays ? Il aura faim ; il mourra et nous mourrons tous avec lui. » — « Mais non ! dit-elle. Je le soignerai bien. »

Avant de quitter ses parents, elle prit avec elle une petite marmite contenant un paquet de racines médicinales, puis une corne servant de ventouse pour les soins, un petit couteau pour faire des incisions et une calebasse, récipient fait d’un fruit vidé et séché, pleine de graisse.puis une corne pour ventouser, un petit couteau à incisions et une calebasse pleine de graisse.Explication : La corne sert ici de ventouse pour les soins décrits dans le récit. La calebasse est un récipient fait d’un fruit vidé et séché ; son espèce n’est pas indiquée.

Elle partit avec son mari. Le Buffle la suivit, maisLe Buffle la suivit ; mais il n’était visible que pour elle. L’homme ne le voyait pas. Il ne se doutait pas que le Gambadeur-de-la-Plaine était l’aide qui accompagnait sa femme.Il n’avait aucune idée que le Gambadeur-de-la-Plaine fût l’aide qui accompagnait sa femme.

II

Quand ils furent de retour au village du mari, toute la famille les accueillit avec des exclamations de joie : « Hoyo-hoyo-hoyo ! Tiens, lui dirent les vieux, tu as donc trouvé une épousetu as donc trouvé femme ! Tu n’as pas voulu de celles que nous t’avons proposées, mais peu importe ! C’est bien ! Tu n’en as fait qu’à ta tête.Tu en as fait à ta tête. Si tu as des ennuis, tu ne t’en plaindras pas. »

Le mari accompagna sa femme aux champs et lui montra quels étaient les siens et ceux de sa mère. Elle prit note de tout et retourna avec lui au village. Mais en route, elle dit : « J’ai laissé tomber mes perles dans le champ. Je vais les chercher.J’ai laissé tomber mes perles dans le champ, je vais les rechercher. » C’était pour aller voir le Buffle.

Elle dit à celui-ci : « Tu vois le bord des champs. Reste là !Tu vois la lisière des champs. Demeures-y ! Il y a aussi là une forêt dans laquelle tu peux te cacher. » Il répondit : « C’est cela ! »

Quand elle voulait aller chercher de l’eau, elle n’avait qu’à traverser les champs cultivés et poser sa cruche là où se tenait le Buffle.Quand elle voulait aller à l’eau, elle ne faisait que traverser les champs cultivés et poser sa cruche là où se tenait le Buffle. Celui-ci courait en puiser au lac et rapportait à sa maîtresse la cruche pleinerapportait à sa maîtresse le vase plein. Lorsqu’elle voulait du bois, il allait dans la brousseil allait par la brousse, cassait des arbres avec ses cornes et en rapportait autant qu’il en fallait. Au village, les gens s’étonnaient : « Quelle force elle a, disaient-ils. Elle est tout de suite de retour du puits ! En un clin d’œil elle a ramassé son fagot de bois mortsa gerbe de bois mort ! » Mais personne ne se doutait qu’elle était aidée par un Buffle qui lui servait de petit domestiqueelle était secondée par un Buffle qui lui tenait lieu de petit domestique !

Illustration

Seulement, elle ne lui apportait rien à manger, car elle n’avait qu’une assiette pour elle et son mari. Or, là-bas, à la maison, on avait une assiette réservée au Gambadeur-de-la-Plaineon avait une assiette exprès pour le Gambadeur-de-la-Plaine, et on le nourrissait avec soin. Il eut faim. Elle apporta sa cruche et l’envoya chercher de l’eaul’envoya à l’eau. Il partit, mais il sentait la douleur angoissante de la faim.

Elle lui montra un coin de brousse à labourer. Pendant la nuitDurant la nuit, le Buffle prit la pioche et fit un champ énorme. « Qu’elle est habile, » disait tout le monde. « Comme elle a vite labouré ! »

Mais le soir, il dit à sa maîtresse : « J’ai faim ! Et« J’ai faim ! et tu ne me donnes rien à manger ! Je ne pourrai plus travailler. » — « Hélas ! dit-elle, que puis-je y faire ?qu’y faire ? Il n’y a qu’une assiette à la maison. Les gens avaient raison, chez nous, quand ils disaient que tu devrais te mettre à voler ! Oui ! vole seulement. Viens dans mon champ, ici, et prends un haricot par-ci, un haricot par-là. Puis va plus loin. Ne détruis pas tout au même endroit. Peut-être que les propriétaires ne s’en apercevront pas trop et que leur dos ne se cassera1 pas de surprisede saisissementExplication : Le dos qui se casse est ici une image de la stupéfaction, comme l’indique la note de Junod. L’image reste dans les deux modes. ! »

Pendant la nuitDurant la nuit, le Buffle vint ; il happa un haricot par-ci, il happa un haricot par-là. Il sauta d’un coin à l’autre, puis alla se cacherpuis s’en fut se cacher. Au matin, quand les femmes vinrent aux champs, elles n’en crurent pas leurs yeux : « Hé ! hé ! héééé ! qu’est-ce que cela ? Jamais on n’a rien vu de pareil. Une bête sauvage qui ravage nos plantations et l’on peut suivre ses traces ! Ho ! le pays est bien malade ! » Elles allèrent raconter l’affaire au village.Elles s’en furent conter l’affaire au village.

Le soir, la jeune femme alla dire au Buffle : « Ils ont été bien étonnés, mais pas trop. Ils n’ont pas eu le dos cassé. Va voler plus loin cette nuit. » Ainsi fut fait. Les propriétaires des champs ravagés poussèrent de grands cris. Elles s’adressèrent aux hommes et leur demandèrent d’aller monter la garde avec leurs fusils.Les propriétaires des champs ravagés poussèrent les hauts cris. Elles s’adressèrent aux hommes et les prièrent d’aller monter la garde avec leurs fusils.

Le mari de la jeune femme était un très bon tireurun fort bon tireur. Il se posta dans son champ et attendit. Le Buffle pensait qu’on le guetterait peut-être là où il avait volé la veille. Il revint donc manger les haricots de sa maîtresse, là où il avait brouté le premier jour.Le Buffle pensant qu’on le guetterait peut-être là où il avait volé la veille, revint manger les haricots de sa maîtresse, là où il avait brouté le premier jour. « Tiens, dit l’homme, c’est un buffle. Jamais on n’en avait vu par ici. Voilà une chose étrange. » Il tira. La balle l’atteignit à la tête.La balle entra près du trou de l’oreille, dans la tempe, et sortit de l’autre côté par l’endroit correspondant.Explication : Le tir fatal est conservé. Le trajet graphique de la balle à travers la tête est adouci pour les enfants dans le modernisé. Le Gambadeur-de-la-Plaine fit un saut et tomba mort. « J’ai fait un bon coup », s’écria le chasseur, et il alla l’annoncer au village.

Aussitôt sa femme commença à gémir, à se tordrecommença à geindre, à se tordre : « Aïe ! aïe ! j’ai mal au ventre ! aïe ! » — « Calme-toi », lui dit-on. Elle faisait semblant d’être malade, mais, en réalité, c’était pour donner une raison à ses pleurs et à sa stupeur après avoir appris la mort du Buffle.c’était pour expliquer ses pleurs et son saisissement à l’ouïe de la mort du Buffle. On lui donna un remède, mais elle le jeta derrière elle sans être vue.On lui donna de la médecine, mais elle la jeta derrière elle sans qu’on la vît.

III

Tous se levèrent, les femmes avec leurs paniers, les hommes avec leurs armes, pour aller dépecer le buffle. Elle resta seule au village. Mais bientôt elle alla les rejoindre, se tenant la ceinture, gémissant et criant. « Pourquoi viens-tu ici ?Que fais-tu de venir ici ? lui dit son mari. Si tu es malade, reste à la maison. » — « Non, je ne voulais pas rester seuledemeurer seule au village. » Sa belle-mère la gronda. Elle lui dit qu’elle ne savait pas ce qu’elle faisait, qu’elle se tuerait en agissant ainsi.Sa belle-mère la gronda, lui dit qu’elle ne savait ce qu’elle faisait, qu’elle se tuerait en agissant ainsi.

Quand ils eurent rempli les paniers de viande, elle dit : « Laissez-moi porter la tête. » — « Mais non, tu es malade, c’est trop lourd pour toi ! » — « Non, dit-elle ; laissez-moi. » Elle s’en chargea et partit.

Arrivée au village, au lieu d’aller dans sa maisonnette, elle entra dans la petite pièce où l’on gardait les marmitesle réduit des marmites et y déposa la tête du buffle. Elle y resta obstinément. Son mari alla la chercher pour qu’elle revienne dans sa hutte, disant qu’elle y serait mieux.Son mari s’en fut la chercher pour qu’elle revînt dans sa hutte, disant qu’elle y serait mieux. « Ne me dérange pas !Ne me trouble pas ! » répondit-elle durement. Sa belle-mère vint à son tour, lui parla avec douceur. « Pourquoi m’ennuyez-vous ? répondit-elle aigrement. Vous ne voulez pas me laisser dormir un peu ? » On lui apporta de la nourriture, elle la poussa de côté. La nuit vint. Son mari se coucha, mais il ne dormait pas : il écoutait.Son mari se coucha, mais il ne dormait pas, il écoutait.

Elle alla chercher du feu, mit de l’eau à chauffer dans sa petite marmite et y plongea le paquet de remèdes qu’elle avait apporté de chez elle.Elle alla chercher du feu, mit cuire de l’eau dans sa petite marmite, y introduisit le paquet de médecine qu’elle avait apporté de chez elle. Puis elle prit la tête du Buffle et soigna avec ses instruments la blessure faite par la balle. Elle y appliqua la corne servant de ventouse et aspira de toutes ses forces.opéra avec son rasoir des incisions devant l’oreille, à la tempe, là où la balle avait atteint l’animal. Elle y appliqua la corne à ventouser, aspira, aspira de toutes ses forces. Elle réussit à extraire des caillots de sang, puis du sang liquide.Explication : La tentative de guérison, la corne et l’aspiration restent. Les incisions et le sang extrait sont adoucis pour les enfants dans le modernisé. Ensuite elle exposa la blessure à la vapeur d’eau sortant de la marmite, tout en l’enduisant de la graisse conservée dans la calebasse. Après cela, la blessure allait mieux.Ensuite elle exposa la place en question à la vapeur d’eau sortant de la marmite, tout en l’oignant de la graisse conservée dans la calebasse. Cela fait, la blessure était allégée. Alors elle chantonna ce qui suit :

Illustration

E ! Tatana ! Matlangu-wa-libala !
Ba hlayile ba ndi byela, Matlangu-wa-libala
Ba ku : U rwala munyama u ngumbangumbala ni busiku,
Matlangu-wa-libala.
U ka nhlampfura ya marumbi ! Nwantabu-ntabu !
Muntlhanti wa sibulwa ! Matlangu-wa-libala !

Hé ! mon père ! Gambadeur-de-la-Plaine !
Ils me l’ont bien dit, ils me l’ont bien dit, Gambadeur-de-la-Plaine :
Ils m’ont dit : C’est toi qui vas dans l’obscurité profondevas par l’obscurité profonde, qui erres de tous côtés durant la nuit, Gambadeur-de-la-Plaine !
C’est toi la jeune plante de ricin qui pousse sur les ruinescroît sur les ruines, qui meurt avant son tempsmeurt avant le temps, dévorée par le ver rongeur…
Toi qui fais tomber fleurs et fruits dans ta course, Gambadeur-de-la-Plaine !

Quand elle eut fini ses incantations, la tête bougea. Les membres revinrent. Le Buffle commença à se sentir revivre ; il secoua ses oreilles et ses cornes ; il se dressa, étendit ses membres.

Mais voilà le mari, qui ne dormait pas dans sa huttelequel ne dormait pas dans sa hutte, qui sort en se disant : « Pourquoi mon épouse pleure-t-elle donc si longtemps ?Qu’a-t-elle donc à pleurer si longtemps, mon épouse ? Il faut que j’aille voir pourquoi elle pousse ces gémissements. » Il entre dans la petite pièce des marmitesle réduit aux marmites et l’appelle. Elle lui répond d’un ton plein de colère : « Laisse-moi. » Mais voilà la tête du buffle qui retombe par terre, morte, avec sa blessure comme auparavantmorte, transpercée comme auparavantExplication : La tête retombe morte et toujours blessée. Le détail de la blessure transperçante est adouci pour les enfants dans le modernisé. !

Le mari rentra dans sa hutte. Il ne comprenait rien du tout et n’avait rien vu.Le mari rentra dans sa hutte, n’y comprenant rien du tout, et n’ayant rien vu. Alors elle prit de nouveau sa marmite, fit chauffer le remèdecuisit la médecine, soigna la blessurefit des incisionsExplication : La seconde tentative de soin reste. Le détail des incisions est adouci pour les enfants dans le modernisé., appliqua la ventouse, exposa la blessure à la vapeur et chanta comme auparavant.

Hé ! mon père ! Gambadeur-de-la-Plaine !
Ils me l’ont bien dit, ils me l’ont bien dit, Gambadeur-de-la-Plaine !
Ils m’ont dit : C’est toi qui vas dans l’obscurité profondevas par l’obscurité profonde, qui erres de tous côtés durant la nuit, Gambadeur-de-la-Plaine !
C’est toi la jeune plante de ricin qui pousse sur les ruinescroît sur les ruines, qui meurt avant son tempsmeurt avant le temps dévorée par le ver rongeur !
Toi qui fais tomber fleurs et fruits dans ta course, Gambadeur-de-la-Plaine.

Le Buffle se redressa de nouveau. Ses membres revinrent. Il commença à se sentir revivre. Il secoua ses oreilles et ses cornes, puis s’étira.Il commença à se sentir revivre, il secoua ses oreilles et ses cornes, il s’étira. Mais le mari revint, inquiet, pour voir ce que faisait sa femme. Elle se fâcha contre lui. Alors il s’installa dans la petite pièce des marmitesil s’établit dans le réduit des marmites pour voir ce qui se passait. Elle prit son feu, sa marmite et tous ses autres ustensiles, et sortit.Elle prit son feu, sa marmite, tout le reste de ses ustensiles, alla dehors. Puis elle arracha de l’herbe pour faire un brasier et se mit une troisième fois à ressusciter le buffle.

L’aurore apparaissait déjà, mais sa belle-mère arriva et la tête retomba de nouveau à terre. Le jour se leva et la blessure s’aggrava.Le jour parut, la blessure se corrompit.Explication : La blessure se détériore au lever du jour et la tentative de guérison échoue. Le détail de sa décomposition est adouci pour les enfants dans le modernisé.

Elle leur dit : « Laissez-moi aller au lac me laver toute seule ». On lui répondit : « Comment y arriveras-tu, malade comme tu es ? » Elle partit pourtantElle partit néanmoins et revint en disant : « J’ai rencontré sur le chemin quelqu’un de chez nous. Il m’a dit que ma mère est très, très malade. Je lui ai dit de venir jusqu’au village. Il a refusé, car il a dit : “On m’offrira de la nourriture et cela me retardera.”Il a refusé, car, a-t-il dit, on m’offrira de la nourriture et cela me retardera. Il est reparti sur-le-champ, me disant de me dépêcher de peur que ma mère meure avant mon arrivée.me disant d’aller en hâte de peur que ma mère ne meure avant mon arrivée. Maintenant adieu, je pars. » Or, tout cela, c’étaient des mensonges. Elle avait eu l’idée d’aller au lac pour inventer toute cette histoire. Il lui fallait une raison d’aller chez les siens leur annoncer la mort de leur Buffle.Elle avait eu l’idée d’aller au lac pour arranger toute cette histoire et afin de trouver une raison d’aller chez les siens leur annoncer la mort de leur Buffle.

IV

Son panier sur la tête, elle partit, chantant le long des chemins le refrain du Gambadeur-de-la-Plaine. Les gens se rassemblaient derrière elleLes gens s’attroupaient après elle partout où elle passait, et ils l’accompagnèrent au village. Là elle leur annonça que le buffle était mortelle leur fit savoir que le buffle n’était plus.

On envoya de toutes parts des messagers pour rassembler tous les habitants du pays. Ils firent de grands reproches à la jeune femme, en lui disantIls firent de grands reproches à la jeune femme lui disant : « Tu vois, nous te l’avions bien dit. Tu refusais toutes les jeunes fillesjeunettes que nous t’offrions, et tu as absolument voulu le Buffle. Tu nous as tous tués ! » Ils étaient là, lorsque le mari qui avait suivi sa femme entra dans le village. Il alla appuyer son fusil contre un tronc d’arbre et s’assit. Alors tous le saluèrent en lui disant : « Salut ! criminel. Salut ! toi qui nous as tous tués. » Il n’y comprenait rien et se demandait comment on pouvait l’appeler meurtrier, criminel. « J’ai bien tué un Buffle, pensait-il, c’est tout. » — « Oui, mais ce Buffle c’était l’aide de ta femme. Il allait puiser l’eau pour elle ; il coupait son bois, il labourait son champ. » Le mari tout étonné leur dit : « Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit ?Pourquoi ne me l’avez-vous pas fait savoir ? Je ne l’aurais pas tué. » — « Et voilà, ajoutèrent-ils, notre vie dépendait de lui. »

Alors tous commencèrent à mettre fin à leurs jourstous commencèrent à se couper le couExplication : Le suicide collectif reste explicite. La méthode est omise pour les enfants dans le modernisé., la jeune femme la toute première, en criant :

Hé ! mon père, Gambadeur-de-la-Plaine…

Puis ses parents, ses frères, ses sœurs vinrent, l’un après l’autre, en faire autant. L’un ditvinrent, l’un après l’autre en faire autant ; l’un dit :

C’est toi qui vas dans l’obscuritévas par l’obscurité !

L’autre reprit :

Toi qui vas de tous côtéste portes de tous côtés durant la nuit !

Un autre :

Tu es la jeune plante de ricin qui meurt avant son tempsmeurt avant le temps.

Un autre :

C’est toi qui fais tomber fleurs et fruits dans ta course…

Ils mirent tous fin à leurs jours et tuèrent même les petits enfants que l’on portait sur le dos dans des peauxIls se coupèrent à tous le cou et exécutèrent même les petits enfants que l’on portait sur le dos dans des peauxExplication : Le suicide collectif et le meurtre des petits enfants restent explicites. La méthode de suicide est omise pour les enfants dans le modernisé. ; « car, disaient-ils, à quoi bon les laisser vivre, puisqu’ils perdraient quand même la raisonpuisqu’ils deviendraient quand même fous ».

Le mari retourna chez lui et raconta aux siens comment il avait ainsi causé leur mort à tous en tirant sur le Buffle.vint raconter aux siens comme quoi il s’était trouvé les avoir tous tués en tirant le Buffle. Ses parents lui dirent : « Tu vois bien. Ne t’avions-nous pas bien dit qu’il t’arriverait malheur ? Quand nous t’offrions de te choisir une fille convenable et sage, toi, tu as voulu n’en faire qu’à ta têtetoi, tu as voulu en faire à ta tête. Tu as perdu ta fortune à présent. Qui te la rendra ? Les parents de ta femme, à qui tu avais donné ton argent, sont tous morts !Qui te la rendra, puisqu’ils sont tous morts, les parents de ta femme à qui tu avais donné ton argent ? »

C’est la fin.


Notes de bas de page

1 (p. 353). Selon Junod, les biens donnés pour épouser une des filles, qu’il s’agisse de bœufs ou de livres sterling, servent presque toujours à procurer une épouse à l’un des fils de la famille.Le douaire payé pour acheter une des filles, qu’il consiste en bœufs ou en livres sterling, sert presque toujours à procurer une femme à l’un des fils de la famille.

2 (p. 353). Voir des détails sur cette curieuse coutume : Les Ba-Ronga, page 37.

1 (p. 354). C’est la coutume qu’une sœur cadette aille aider la nouvelle mariée à couper son bois, puiser son eau. Elle sera plus tard la nounou des enfants qui naîtront.Elle sera plus tard la bonne des enfants qui naîtront.

1 (p. 355). Expression qui désigne l’étonnement extrême, la stupéfaction.

Quiz

Question 1 / 3

Que fait un buffle lorsqu’il rumine ?