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Or et trésorsÉnigmes et secrets

Ali Baba et les Quarante Voleurs

Version du texte

Mais lorsque fut la huit cent cinquante-neuvième nuit

Elle dit :

… Et il s’envola et s’enfonça dans la nuit, anéantissant sous ses pas la distance. Et, arrivé dans sa caverne, il se perdit dans les noires réflexions au sujet de ce qui lui restait à faire désormais pour venger tout ce qu’il avait à venger. Et, pour le moment, voilà pour lui !

Quant à Morgane, qui venait de sauver la maison de son maître et les vies qui s’y abritaient, une fois qu’elle se fut rendu compte que la fuite du faux marchand d’huile avait écarté tout dangerque tout danger était conjuré par la fuite du faux marchand d’huile, elle attendit tranquillement que le jour se lèveelle attendit tranquillement que le jour se levât, pour aller réveiller son maître Ali Baba. Et, une fois qu’il se fut habillé, Morgane le conduisit devant les jarres. Il croyait qu’on l’avait réveillé si tôt pour qu’il aille au hammam, aux bains publics. Elle lui ditune fois qu’il se fut habillé, croyant qu’on ne l’avait réveillé de si bonne heure que pour qu’il allât au hammam, Morgane le conduisit devant les jarres, et lui dit : « Ô mon maître, enlève le premier couvercle et regarde ! » Et Ali Baba, ayant regardé, fut saisi d’effroi et d’horreurfut à la limite de l’effroi et de l’horreur. Et Morgane se hâta de lui raconter tout ce qui s’était passé, depuis le commencement jusqu’à la fin, sans omettre un détail. Mais il n’y a point d’utilité à le répéter. Et elle lui raconta également l’histoire des marques blanches et des rouges sur les portes, dont elle n’avait pas jugé utile de lui parlerdont elle n’avait pas jugé à propos de l’entretenir. Mais, pour cette histoire aussi, il n’y a point d’utilité à la répéter.

Lorsqu’Ali Baba eut entendu le récit de son esclave Morgane, il pleura d’émotion, et serrant la jeune fille avec tendresse contre son cœur, il lui dit : « Ô fille de la bénédiction, béni soit le ventre qui t’a portéebéni soit le ventre qui t’a porté ! Certes, le pain que tu as mangé dans notre demeure n’a pas été mangé par l’ingratitude. Tu es ma fille et la fille de la mère de mes enfants. Et désormais tu seras à la tête de ma maison et l’aînée de mes enfants ! » Et il continua à lui dire des paroles gentilles et à la remercier beaucoup pour son courage, sa perspicacité et son attachementsa vaillance, sa sagacité et son attachement.

Après quoi, Ali Baba, aidé par Morgane et par l’esclave Abdallah, s’occupa de l’enterrement des voleurs. Après réflexion, il décida de les faire disparaître dans une fosse énorme creusée dans le jardin. Il les y enfouit pêle-mêle, sans aucune cérémonie, pour ne pas attirer l’attention des voisinsprocéda à l’enterrement des voleurs, qu’il se décida, après réflexion, à faire disparaître en leur creusant une fosse énorme dans le jardin et en les y enfouissant pêle-mêle, sans aucune cérémonie, pour ne pas éveiller l’attention des voisins. Et c’est ainsi qu’on acheva de se débarrasser de cette engeance maudite. Que c’est bien fait !

Et plusieurs jours se passèrent, dans la maison d’Ali Baba, au milieu des réjouissances et des félicitationsdes congratulations. Et on ne se lassait pas de se raconter les détails de cette aventure prodigieuse, en remerciant Allah de la délivrance, et de faire tous les commentaires qu’elle comportait. Et Morgane était plus choyée que jamais ; et Ali Baba, avec ses deux épouses et ses enfants, s’ingéniait à lui témoigner sa reconnaissance et son amitié.

Or, un jour, le fils aîné d’Ali Baba, qui dirigeait les affaires de vente et d’achat de l’ancienne boutique de Kassim, dit à son père, en rentrant du souk : « Ô mon pèreO mon père, je ne sais comment faire pour rendre à mon voisin, le marchand Hussein, toutes les attentionstoutes les honnêtetés dont il ne cesse de me combler, depuis sa récente installation dans notre souk. Voilà déjà cinq fois que j’ai accepté, sans lui rendre la pareillesans le payer de retour, de partager son repas de midi. Or, je voudrais bien, ô père, le régaler, ne serait-ce qu’une seule foisne fût-ce qu’une seule fois, quitte à le dédommager par la somptuosité du festin, en cette unique fois, de toutes ses dépenses en mon honneur. Car tu conviens avec moi qu’il ne serait pas convenable d’attendre davantage pour lui rendre ses attentionsil ne serait point bienséant de différer davantage à lui rendre les prévenances dont il a usé à mon égard ! » Et Ali Baba répondit : « Certes, ô mon fils, c’est le plus ordinaire des devoirsle plus usuel des devoirs. Et tu aurais dû déjà m’y faire penser plus tôt ! Or précisément c’est demain vendredi, le jour du repos, et tu en profiteras pour inviter le hagg Hussein, ton voisin, à venir partager avec nous le pain et le sel du soir. Et s’il cherche des échappatoires, par discrétion, ne crains pas d’insister et de l’amener à notre maison, où j’espère qu’il trouvera un régal pas trop indigne de sa générosité. »

Et, en effet, le lendemain, le fils d’Ali Baba, après la prière, invita hagg Hussein, le marchand nouvellement établi dans le souk, à l’accompagner pour faire une promenadefaire une partie de promenade. Et il dirigea sa promenade, en compagnie de son voisin, précisément du côté du quartier où se trouvait leur demeure. Et Ali Baba, qui les attendait sur le seuil, s’avança au-devant d’eux, le visage souriant, et, après les salams et les souhaits réciproques, il exprima à hagg Hussein sa gratitude pour les attentions dont il avait comblé son filsles civilités prodiguées à son fils, et l’invita, en le pressant beaucoup, à entrer se reposer dans sa maison et partager avec lui et son fils le repas du soir. Et il ajouta : « Je sais bien que quoi que je puisse faire, je ne pourrai récompenser tes bontés envers mon filsje ne pourrai reconnaître tes bontés pour mon fils. Mais, enfin, nous espérons que tu accepteras le pain et le sel de notre hospitalité ! » Mais hagg Hussein répondit : « Par Allah, ô mon maître, ton hospitalité est certainement une grande hospitalité, mais comment pourrais-je l’accepter alors que j’ai fait, depuis longtemps déjà, le serment de ne jamais toucher aux aliments qui sont assaisonnés de sel, et de ne jamais goûter à ce condiment ? » Et Ali Baba répondit : « Qu’à cela ne tienne, ô hagg béni, je n’aurai qu’un mot à dire à la cuisine, et les mets seront cuits sans sel et sans rien de semblable ! » Et il pressa tellement le marchand qu’il l’obligea à entrer dans la maison. Et aussitôt il courut demander à Morgane de ne pas mettre de sel dans les aliments et de préparer spécialement, ce soir-là, les plats, les farces et les pâtés sans cet assaisonnement habituelil courut prévenir Morgane qu’elle eût à ne pas mêler de sel aux aliments, et qu’elle préparât spécialement, ce soir-là, les mets et les farces et les pâtés sans l’aide de cet ordinaire condiment. Et Morgane, extrêmement surprise de l’horreur du nouvel hôte pour le sel, ne sut à quoi attribuer un goût si extraordinaire, et se mit à réfléchir sur l’affaire. Toutefois elle n’oublia pas de prévenir la cuisinière noire qu’elle devait suivre l’ordre étrange de leur maître Ali Babaelle ne manqua pas d’aviser la négresse cuisinière qu’elle eût à se conformer à l’ordre étrange de leur maître Ali Baba.

Lorsque le repas fut prêt, Morgane le servit sur les plateaux, et aida l’esclave Abdallah à les porter dans la salle de réunion. Et, comme elle était de nature très curieusecomme de sa nature elle était fort curieuse, elle ne manqua pas de jeter des coups d’œil, de temps en temps, sur l’hôte qui n’aimait pas le sel. Et lorsque le repas fut terminé, Morgane sortit pour laisser son maître Ali Baba discuter à son aises’entretenir à son aise avec son hôte invité.

Mais au bout d’une heure, la jeune fille fit de nouveau son entrée dans la salle. Et, à la grande surprise d’Ali Baba, elle était habillée en danseuse, le front couronné de sequins d’orle front diadémé de sequins d’or, le cou orné d’un collier de grains d’ambre jaune, la taille prise dans une ceinture aux mailles d’or, et des bracelets à grelots d’or aux poignets et aux chevilles. Et de sa ceinture pendait, selon la coutume des danseuses de profession, le poignard à manche de jade et à longue lame évidée et pointue qui sert à mimer les figures de la danse. Et ses yeux de gazelle amoureuseenamourée, déjà si grands par eux-mêmes et si profonds d’éclat, étaient durement allongés de kohl noir jusqu’à ses tempes, de même que ses sourcils tendus en arc menaçant. Et ainsi parée et attifée, elle s’avança à pas comptés, toute droite et les seins en avant. Et, derrière elle, entra le jeune esclave Abdallah tenant de sa main gauche, à la hauteur de son visage, un tambour à castagnettes de métal, sur lequel il frappait en mesure, mais très lentement, de façon à rythmer les pas de sa compagne. Et lorsqu’elle fut arrivée devant son maître, Morgane s’inclina gracieusement et, sans lui laisser le temps de se remettre de la surprise de cette entrée inattenduesans lui donner le temps de revenir de la surprise où l’avait plongé cette entrée inattendue, elle se tourna vers le jeune Abdallah et lui fit un léger signe avec ses sourcils. Et soudain le rythme du tambour s’accéléra sur un mode fortement cadencé, et Morgane, glissant comme un oiseau, dansa.

Et elle dansa tous les pas, inlassable, et esquissa toutes les figures, comme jamais ne l’avait fait, dans les palais des rois, une danseuse de profession. Et elle dansa comme seul peut-être, devant Saül noir de tristesse, avait dansé le berger David.

Et elle dansa la danse des écharpes, et celle du mouchoir, et celle du bâton. Et elle dansa les danses des Juives, et celles des Grecques et celles des Éthiopiennes et celles des Persanes, et celles des Bédouines, avec une légèreté si merveilleuse que, certes ! seule Balkis, la reine amoureuse de Soleïmân, aurait pu danser les pareilles.

Et quand elle eut dansé tout cela, quand le cœur de son maître, et celui du fils de son maître, et celui du marchand, l’invité de son maître, furent suspendus à ses pas, et leurs yeux rivés à la souplesse de son corps, elle esquissa la danse onduleuse du poignard. En effet, tirant soudain l’arme dorée de sa gainegaîne d’argent, et tout émouvante de grâce et d’attitudes, au rythme accéléré du tambour, elle s’élança, le poignard menaçant, cambrée, flexible, ardente, rauque et sauvage, avec des yeux en éclairs, et soulevée par des ailes qu’on ne voyait pas. Et la menace de l’arme se tendait tantôt vers quelque ennemi invisible de l’air, et tantôt se tournait de la pointe vers les beaux seins de l’adolescente exaltée. Et l’assistance, à ces moments-là, poussait un long cri d’effroi, tant le cœur de la danseuse paraissait proche de la pointe mortelle. Puis peu à peu le rythme du tambour se fit plus lent et la cadence s’apaisa et s’atténua jusqu’au silence de la peau sonorela cadence fraîchit et s’atténua jusqu’au silence de la peau sonore. Et Morgane, la poitrine soulevée comme une vague de la mer, cessa de danser. Et elle se tourna vers l’esclave Abdallah qui, à un nouveau signe de sourcil, lui jeta, de sa place, le tambour. Et elle l’attrapa au vol et, le retournant, elle s’en servit comme d’une coupe pour recueillir de l’argent. Elle tendit le tambour aux trois spectateurs pour demander, selon la coutume des almées et des danseuses, une marque de leur générositéune sébile pour aller le tendre aux trois spectateurs et solliciter, selon la coutume des almées et des danseuses, leur libéralité. Et Ali Baba, qui, bien qu’un peu choqué par l’action inattendue de sa servantebien qu’un peu formalisé de l’action inattendue de sa servante, s’était laissé gagner par tant de charme et tant d’art, jeta un dinar d’or dans le tambour. Et Morgane le remercia d’une profonde révérence et d’un sourire, et tendit le tambour au fils d’Ali Baba, qui ne fut pas moins généreux que son père.

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Alors, tenant toujours le tambour de la main gauche, elle le présenta à l’hôte qui n’aimait pas le sel. Et hagg Hussein tira sa bourse et se disposait à y puiser quelque argent pour le donner à la si désirable danseuse, quand soudain Morgane, qui avait reculé de deux pas, puis bondi en avant comme un chat sauvage, lui enfonça dans le cœur, jusqu’à la gardela lamelle de garde, le poignard brandi de la main droite. Et hagg Hussein, les yeux soudain rentrés dans leurs orbites, ouvrit la bouche et la referma, en poussant à peine un demi-soupir, puis s’affaissa sur le tapis, sa tête précédant ses pieds, et déjà corps sans âme.

Et Ali Baba et son fils, saisis d’épouvante et d’indignationà la limite de l’épouvante et de l’indignation, s’élancèrent vers Morgane qui, bien que tremblante d’émotion, essuyait sur son écharpe de soie le poignard ensanglanté. Et, comme ils la croyaient prise de délire et de folie, et qu’ils lui saisissaient la main pour lui en arracher l’arme, elle leur dit d’une voix tranquille : « Ô mes maîtres, louanges à Allah qui a dirigé le bras d’une faible jeune fille pour vous venger du chef de vos ennemis ! Voyez si ce mort n’est pas le marchand d’huile, le capitaine des voleurs lui-même avec son propre œil, l’homme qui ne voulait pas goûter le sel sacré de l’hospitalité ! » Et, parlant ainsi, elle dépouilla de son manteau le corps gisant, et fit voir sous sa longue barbe et le déguisement dont il s’était affublé pour la circonstance, l’ennemi qui avait juré leur destruction.

Lorsqu’Ali Baba eut reconnu de la sorte, dans le corps inanimé de hagg Hussein, le marchand d’huile maître des jarres et chef des voleurs, il comprit que, pour la seconde fois, le dévouement attentif et le courage de la jeune Morgane l’avaient sauvé, lui et toute sa familleil comprit qu’il ne devait, pour la seconde fois, son salut et celui de toute sa famille qu’au dévouement attentif et au courage de la jeune Morgane. Et il la serra contre sa poitrine et l’embrassa entre les deux yeux, et lui dit, les larmes aux yeux : « Ô Morgane, ma fille, veux-tu, pour porter mon bonheur à son comblepour mener mon bonheur à ses limites, entrer définitivement dans ma famille en épousant mon fils, le beau jeune homme que voici ? » Et Morgane baisa la main d’Ali Baba et répondit : « Sur ma tête et mes yeux ! »

Et le mariage de Morgane avec le fils d’Ali Baba fut célébré sans retard, devant le kâdi et les témoins, au milieu des réjouissances et des divertissements. Et l’on enterra secrètement le corps du chef des voleurs dans la fosse commune qui avait servi de sépulture à ses anciens compagnons, — qu’il soit maudit !

Et, après le mariage de son fils…

— À ce moment de sa narration, Schahrazade vit apparaître le matin et, discrète, se tut.