Le Mont Kachi-Kachi
Un blaireau capturé abuse de la bonté d’une vieille fermière et commet un crime terrible. Pour consoler son mari, un lièvre promet de la venger. Des fèves grillées, une botte de foin et un bateau de terre entrent dans ses plans.
Content warning: Ce conte contient un meurtre, du cannibalisme, des brûlures douloureuses et la mort violente d’un animal. Dans la version modernisée, certains passages ont été adoucis pour les rendre moins choquants pour les enfants.
Shin Kyorei — True Spirit of Emptiness
Il étaity avait une fois un vieux fermier qui cultivait un champ dans les montagnes. Sa femme avait l’habitude de lui apporter son déjeuner ; un jour que, comme d’habitude, elle l’avait déposé près de l’endroit où il travaillait, survint un blaireau qui le vola et le mangea. Le vieillard en fut furieuxcourroucé ; il prit le blaireau vivant et, l’emportant à sa chaumière, le pendit à une poutre par les pattes. Puis il dit à sa femme : « Nous le mangerons pour notre souper ; préparez-lepréparez le bien et faites-lefaites le cuire pour le moment où je reviendrai, » alors il repartit à son travail.
Sa femme pilait, en chantant, de l’orge dans un mortier. Le blaireau lui dit :
« Si vous voulez me sauver la vie, je pilerai l’orge à votre place. » La bonne femme, compatissante, délia la corde et mit le blaireau à terre. Ce fut son malheurMal lui en prit ; car, à peine détaché, le blaireau se jeta sursauta à la gorge deExplication : Le meurtre est conservé sans détail sur l’attaque à la gorge dans le seul mode modernisé, pour les enfants. la vieille et la tua, puis il la fit cuire pour le dîner du fermier. Quand celui-ci revint, le blaireau était assis dans la salle, ayant pris la forme de la femme ; mais lorsque le vieillard se mit à manger, le blaireau reprenant sa forme primitive lui cria : « Vieux mangeur de femme, n’avez-vousn’avez vous donc pas examiné les os ? »
Et, avec un rire strident il s’enfuit et disparut. Le vieillard jeta ses baguettesbâtonnets et se mit à pleurer fort en se lamentant.
Dans la même montagne vivait un vieux lièvre. Entendant la voix et les lamentations du vieillard, il vint, essaya de le consoler et lui promit de venger la mort de sa femme.
« Mais, d’abord, dit-il, grillez-moigrillez moi quelques fèves. » Le vieux fermier en fit aussitôt griller et le lièvre les mettant dans une poche dit : « Maintenant, je repars dans la montagne, » puis il partit. Le blaireau, attiré par l’odeur des fèves grillées vint à la rencontres’en vint au devant du lièvre et lui dit : « Donnez-moiDonnez moi, je vous prie, une poignée de ces fèves. »
C’était là où le lièvre voulait en venir. « Vraiment, je le veux bien, répondit-il ; mais il vous faudra porter pour moi une botte de foin jusqu’à la montagne là-bas. » — « Je le ferai avec plaisir, réponditrepartit le blaireau, mais donnez-moidonnez moi d’abord les fèves. »
Il insista beaucoup mais le lièvre fut intraitable et ne voulut pas les lui donner : « Portez, dit-il, mon foin d’abord. »
Enfin le blaireau s’exécuta, il prit sur son dos une grosse botte de foin et partit en avant. Le lièvre prit alors un caillou, en fit jaillir une étincelle et, mit le feu à la botte.
Le blaireau effrayé au pétillement du feu demanda ce que c’était : « Ce n’est rien, dit le lièvre, c’est la montagne qui résonne, c’est la montagne de la Victoire.[1] » Le feu commença à se répandre dans la botte de foin.
Le blaireau, de nouveau, demanda ce que c’était ; « c’est la montagne de la défaite ne vous inquiétez pas. »
Pendant ce temps, le feu avait, cependant, gagné le dos du blaireau et le brûlait fort. Il cria, se roula et finalement disparut.
Le lièvre, ensuite, mélangea de la sauce et du poivre rouge et fit un cataplasmeemplâtreExplication : Un emplâtre est ici une préparation appliquée sur une blessure ; le faux remède du lièvre est conservé. ; il mit un chapeau et partit pour vendre son remède contre les écorchures et les brûlures. Or le blaireau était couché, sans pouvoir bouger, le dos gravement brûlétout écorché et à vifExplication : La gravité des brûlures est conservée, mais le détail de la chair à vif est adouci dans le seul mode modernisé pour les enfants.. Entendant le lièvre vanter sa médecine il pensa que ce serait bon pour lui, en acheta et se l’appliqua sur ses blessures. Mais aussitôt le poivre rouge sur ses blessuresla chair à nuExplication : Le faux remède reste douloureux. Le détail de la chair à nu est adouci dans le seul mode modernisé pour les enfants. lui produisit une telle sensation qu’il poussa des hurlements en se roulant comme un désespéré sur ses nattes.
Enfin, au bout d’une vingtaine de jours, le dos du blaireau guérit. Le lièvre, à cette époque, était en train de construire un bateau et le blaireau, en le voyant à l’ouvrage, lui demanda ce qu’il avait l’intention d’en faire. « Prendre du poisson », répondit l’animal aux longues oreilles. Mais, en réalité, il trompait le blaireau : il réservait son bateau à un autre emploi.poisson, » répondit l’animal aux longues oreilles, « mais, en réalité, il trompait le blaireau, réservant, en effet son bateau à un autre emploi. »
« Moi aussi, dit le blaireau jaloux, je vais faire un bateau en terre glaise. »
Et s’étant mis à l’œuvre, son bateau fini, il partit en mer en compagnie du lièvre. Mais le bateau en terre glaise sombra, et le blaireau se trouva dans l’eau. Le lièvre prit alors sa rame, en frappa son ennemi,la tête de son ennemiExplication : La mort causée par le coup de rame est conservée, sans détail de l’atteinte à la tête dans le seul mode modernisé pour les enfants. qui mourut ; et ainsi se trouva vengée la mort de la vieille fermière.
[1] Katsi Katsi ; veut dire Victoire et résonner.—(Calembourg).